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Ce jour où Young Jeezy a vendu le t-shirt le plus sulfureux du rap

Posté le 04 Octobre 2018 à 13h31, par Aurelien
Ce jour où Young Jeezy a vendu le t-shirt le plus sulfureux du rap

Qui se souvient de Mike Jones ? Étoile filante du rap, il a néanmoins marqué le game en 2005 avec une technique marketing pour le moins originale pour de faire parler de lui : dans le morceau Back Then il donne carrément son numéro de téléphone, le (281) 330-8004, numéro qu’il duplique ensuite sur des t-shirts à son effigie.

L’histoire ne dit pas s’il a été inspiré par notre Doc gynéco national qui avait inventé la formule une décennie plus tôt sur Viens voir le docteur, mais toujours est-il que le natif de Houston s’assure là un joli coup de buzz et voit son premier album Who is Mike Jones certifié platine deux mois après sa sortie.

La même année, un autre artiste originaire du sud s’apprête à faire ses grands débuts en major dans le game : Young Jeezy avec son solo Let's Get It: Thug Motivation 101.

Désireux de s’assurer le même niveau de promotion que Jones, il met au défi son équipe de trouver un artifice du même ordre pour gagner en visibilité à l’échelle nationale.

Pour cela, il va aller chercher du côté de son passé proche de dealeur...

« I know Big Meech, the real Big Meech »

Contrairement à bon nombre de ses congénères qui rappent une vie qu’ils n’ont pas directement connu, Jeezy lui peut se targuer d’avoir vendu des cailloux de crack depuis la puberté.

Devenu rappeur à succès sur le tard, il bénéficie d’une crédibilité de rue d’autant plus solide qu’il est soutenu par la Black Mafia Family, l’un des gangs les plus puissants à avoir jamais existé dans le pays.

[Pour l’anecdote, quand le jour de la séance photo de la cover de TM101, il découvre à sa grande surprise que les liasses de billets empilées dans les boites en carton sont de la « prop money », des faux billets, il passe immédiatement un coup fil pour se faire livrer près de deux millions de dollars en petites coupures.]

La poudre blanche constituant son fonds de commerce depuis toujours, Jeezy choisit ainsi de se surnommer le Snowman et de faire du bonhomme de neige son logo officiel.

Dessiné à la main sur une feuille de papier par la directrice marketing de Dej Jam Ashaunna Ayars, ce dernier ressemble à un bonhomme de neige tout ce qu’il a de plus lambda à ceci près que ses sourcils pointent en oblique vers le bas et que sa bouche rectiligne n’affiche pas la moindre once de jovialité.

Après avoir s'être fait fondre une chaîne incrustée de diamants à son image (celle-là même qu’il arbore sur la photo ci-dessus), le rappeur décide ensuite de l’imprimer sur quelques centaines de t-shirts conçus par la marque newyorkaise Miskeen Originals afin de les porter dans ses clips et lors de ses apparitions publiques.

Le nouveau roi de la trap

Le Snowman est alors aperçu une première fois au mois d’avril dans Icy avec Gucci Mane où histoire de mettre les choses au clair, il balance : « Get it? Jeezy the Snowman / I’m iced out, plus I got that snow, man ».

Viennent ensuite les vidéos And Then What et Make It Work For You de Juelz Santana qui poussent Jeezy à augmenter les cadences de production.

Quand le 26 juillet sort enfin Let's Get It: Thug Motivation 101, l’engouement franchit un nouveau cap devant le carton critique et commercial du projet.

Dans une ambiance gothique et triomphante, Jeezy rappe ses exploits de roi de la poudreuse sur les beats à la cadence volontairement ralentie, le tout ponctué de gimmicks ravageurs à la « Aaaayy », « Yeahhhh » et autres ad-libs en « Ha-Ha ».

Classé numéro deux des charts en première semaine, ce Get Rich or Die Tryin’ à la sauce dirty South dépasse le cap du million d’exemplaires écoulés avant même la fin de l’été.

Résultat, dès la rentrée des classes suivante, dans tout le pays des adolescents fans de rap se pointent au bahut habillés de t-shirts trois fois trop grands à l’effigie d’un bonhomme de neige.

Succès oblige, très vite apparaissent sur le marché des contrefaçons où sont ajoutés couleurs, guns et bandanas au dessin originel.

Même son de cloche du côté du rappeur qui avoue que les gens l’appellent de plus en plus Snowman et de moins en moins Jeezy.

Des codes de rue inconnus des parents

Reste qu’après un temps de latence, certains parents et associations finissent par découvrir que leurs doux chérubins portent un t-shirt soutenant à leurs nez à leurs barbes le trafic de narcotiques.

Alarmés, plusieurs établissements décident alors de bannir purement et simplement le t-shirt de leurs enceintes.

Dans la foulée, plusieurs articles et reportages apparaissent dans les médias mainstream.

Loin de paniquer face à l’ampleur que prend la polémique, Jeezy tend plutôt à s’en réjouir. Non seulement, il bénéficie d’une publicité gratuite sans précédent, mais selon lui ses détracteurs se méprennent sur le sens à donner à ce t-shirt qui serait en réalité une sorte de passe pour le ghetto.

« Il faut comprendre que ce qu’il représente. Il est le symbole de tous ces jeunes hustlers, c’est un peu l’équivalent du ‘white tee’. En soirée, tu peux porter un Snowman et ça passe. Tout le monde ne peut pas s’offrir du Gucci. »

Et d’ajouter : « Le Snowman est un mec cool. C’est aussi un gangster. Il y a un Snowman dans chaque quartier. Tu te dois d’être celui que l’on admire, celui qui a la voiture et la meuf qui va avec. Peu importe ce que tu fais dans la vie, sois le meilleur, parce que c’est ce que le Snowman va faire. »

Jeezy aborde ensuite le sujet en musique notamment dans les titres Can’t Ban The Snowman (« I bow down to no man / I say all that to say that you can’t ban the Snowman », soit « Je ne me prosterne devant aucun homme / Et si je dis ça c’est pour dire qu’ils ne peuvent pas interdire le Snowman ») et Jeezy The Snowman (où il s’enorgueillit du « million de motherf*ckers qui pense comme [lui] »).

Si la mode finit par passer et la controverse par se tasser, en 2008 Jeezy a de nouveau fait l’actualité dans la rubrique faits divers lorsqu’il manque de peu d’être inculpé dans le procès de la Black Mafia Family, un témoin ayant affirmé l’avoir vu acheter plusieurs kilos de cocaïne à l’organisation.

Le rappeur n’en a pour autant jamais renié ses débuts. En 2016, il a ainsi intitulé son septième album Trap or Die 3, tandis qu’aujourd’hui encore, il est possible de commander sur sa boutique officielle du merchandising floqué du bonhomme à la tête d’émoji.

Retrouvez tous les articles de la série « Ce jour où… » en cliquant ici.

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Auteur (@AurelienBurlet )

Aurelien : « Certains veulent un boule, d'autres des sapes, beaucoup veulent faire fortune, je voulais juste être cool » (1456 articles publiés) Aurelien est sur twitter, vous pouvez le contacter sur @AurelienBurlet.

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