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« Panthéon » de Booba fête ses 18 ans : 18 références de l’époque expliquées

« Panthéon » de Booba fête ses 18 ans : 18 références de l’époque expliquées

Retour au début du siècle…

2004, c’est l’année où Mark Zuckerberg a lancé son site internet The Facebook, l’année du bicentenaire de l’abolition de l’esclavage, l’année où Michael Schumacher est devenu pour la septième fois champion du monde de F1, l’année du décès de Yasser Arafat, l’année de la découverte de l’astéroïde 2004 VD17 susceptible de percuter la Terre le 4 mai 2012, l’année du second Kill Bill de Quentin Tarantino.

Dit comme ça, 2004 c’était à la fois hier et il y a une blinde.

Pour les fans de Booba, 2004, c’était aussi et surtout l’année des premiers succès de Pitbull, K.Maro et M.Pokora l’année de sortie de Panthéon, son très attendu album sophomore – notre chronique du sol au plafond, c’est ici.

Pas encore rappeur superstar, mais déjà plus qu’une petite vedette, sa musique et sa personne cristallisaient les passions, notamment en raison de ses textes d’une noirceur et d’une férocité inédites.

Plutôt que de revenir une énième fois sur leur fulgurance, amusons-nous plutôt à disséquer la pluie de références qu’ils contenaient.

L’un dans l’autre, c’est à la fois l’occasion de leur donner une nouvelle jeunesse pour qui ne les a pas écoutés à l’époque, et l’occasion de donner une nouvelle jeunesse à ceux qui les ont écoutés à l’époque.

MC Jean Gab’1

La ref’ ? Bien que nullement mentionné dans Tallac, son ombre plane sur tout le morceau.

Auteur un an plus tôt du brûlot J’t’emmerde, il est rentré dans les livres d’histoire pour avoir été le premier à clasher nommément tout le gratin du rap français, là où auparavant les emcees se contentaient de piques larvées.

Adressé façon How to Rob de 50 Cent à tous les plus gros vendeurs hexagonaux, J’t’emmerde s’en prenaient évidemment à Booba, que ce soit en moquant son pseudo (à l’entame de son troisième couplet, il parodie le générique de Bouba, le petit ourson chanté par Chantal Goya) ou ses origines ethniques (« Même pas renoi même pas rabza/Juste un jaune d’œuf mal ssé-ca »).

S’il n’est pas dit que Tallac constitue une réponse directe aux facéties de l’ancien Requin Vicieux, toujours est-il qu’elles ont participé à motiver l’une des meilleures performances de la carrière de Booba.

Cerise sur le gâteau, ce petit bijou de concision et de rugosité se terminait par un sample in extenso de l’outro de l’ultime épisode du dessin animé qui le comparait à « une bête féroce qui décime les troupeaux ».

Ou quand les battles avaient de la gueule.

Eddie Barclay

La ref’ ? « Inédit, Panthéon débarque chez Eddie Barclay » dans Le mal par le mal

Moins de deux ans après avoir clamé sur Temps mort ô combien il était « bandant d’être indépendant », Booba quitte 45 Scientific, se sépare d’Ali et s’en va signer (en licence) chez Barclay.

Fondée en 1954 par Eddie Barclay (Édouard Ruault de son vrai nom), la maison de disques est indissociable de la chanson française, tous les gros noms ou presque y ayant un jour posé leurs valises (Léo Ferré, Jacques Brel, Michel Delpech, Jean Ferrat, Charles Aznavour, Dalida…).

Eddie Barclay quitte ensuite progressivement le navire à compter de 1978, date à laquelle il revend en partie son bébé qui deviendra par la suite propriété pleine et entière du groupe Universal.

Outre ses activités dans le monde de la musique, il se taille en parallèle une réputation de fêtard invétéré (ses fameuses soirées blanches tropéziennes courues par tout le gotha), doublée de celle d’indécrottable séducteur (huit mariages au total, le dernier avec une femme âgée de 45 ans de moins que lui).

Décédé en 2005 à 84 ans, s’il avait copié sa célèbre moustache sur celle de Clark Gable, clairement Puff Daddy et Hugh Hefner lui ont tout piqué.

Joey Starr & Francis Lalanne

La ref’ ? « Beaucoup d’ennemis, on va les égorger halal/Jour et nuit comme Joey Starr, Francis Lalanne » dans Le mal par le mal

A priori drôle d’idée que d’associer le côté sombre des Nick Ta Mère et l’Assurancetourix de la variété française, sauf qu’en 2003 Canal + a mis en scène leur quotidien dans 60 jours, 60 nuits, une télé-réalité gentillette (c’étaient pas les débilos Nice People et Greg le millionnaire) diffusée quotidiennement à l’heure du JT.

Déjà bien barré (même si en comparaison beaucoup moins qu’aujourd’hui), Francis L. était des deux celui assurait le plus le show. Chaussé de bottes de sept lieux et coiffé d’un catogan, il régalait le public de punchlines toutes plus bio les unes que les autres (« On devrait prendre des douches d’air comme on prend des douches d’eau », « Quand je compose ici, j’ai la certitude que les arbres m’écoutent »…).

De son côté, Joey Starr, qui il y a encore peu critiquait vertement IAM pour être allé sauter sur des ballons chez Christophe Dechavanne, avait accepté une telle intrusion dans sa vie privée en échange d’un bon gros chèque et du financement de son studio d’enregistrement.

Notez qu’à cette période, Booba le tenait plutôt en estime (c’est d’ailleurs la seconde fois qu’il le name droppait) et n’était pas encore à le traiter « d’antiquité ».

Renaud

La ref’ ? « Le temps est assassin » sur Hors-saison et « C’est pas la mer qui prend l’Homme, c’est Christophe Colomb » sur Commis d’office

Que Booba soit fan de l’über mélancolique Mistral gagnant de Renaud, ce n’est un secret pour personne, lui qui au cours de sa carrière a samplé ce titre qu’il écoutait en boucle dans sa cellule de prison, non pas une fois, non pas deux fois, mais trois fois (Le bitume avec une plume en 2002/Pitbull en 2006/Petite Fille en 2017)

« Ce morceau est magique, j’adore son écriture visuelle, sa sincérité, c’est le plus beau texte que j’ai jamais lu de ma vie. »

Si sur Panthéon il ne résiste pas au plaisir de lui piquer l’attrape-cœur « Le temps est assassin et emporte avec lui les rires des enfants », c’est toutefois une autre de ses punchlines empruntée au renard qui a marqué les esprits.

Quand ce dernier chantait « C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme (ta-ta-tin !) » sur Dès que le vent soufflera en 1983, Booba détourne ce chiasme pour désigner le découvreur de l’Amérique responsable indirect de 400 ans de Traite négrière.

Princesse Aniès

La ref’ ? « Spécialisé sans Princesse Aniès » dans Hors-saison

Qui a dit que B2O a attendu les réseaux sociaux pour balancer des Scuds gratuits à la concurrence ?

Sans que l’on sache s’il existe un début de raison (d’autant plus que son feat de triste mémoire avec Laam ne sortira que quatre ans plus tard), il cite ici un brin agressif la rappeuse du Val-d’Oise, moitié du duo Les Spécialistes en binôme avec le regretté Tepa – un album éponyme en 1999, Reality Show en 2005.

Nicolas Sarkozy

La ref’ ? « Nicolas calmer la banlieue ? Même pas en rêve ! » dans R.A.P.

Ministre de l’Économie et des Finances au moment de la sortie de Panthéon, le futur taulard président de la République avait précédemment officié comme ministre de l’Intérieur de 2002 à 2004.

Comme tout bon premier flic de France qui se respecte, il ne s’était guère fait apprécier par le milieu rap. Ergo cette saillie.

Tout ceci n’était cependant que de la petite bière comparé à son retour place Beauvau en 2005 où, suite à sa promesse de nettoyer la cité des 4000 « au Karcher », il dut faire face à l’embrasement généralisé des banlieues.

En observateur avisé, Booba constatera cette évolution et l’apostrophera de manière légèrement moins élégante en 2006 sur Ouest Side« Nicolas on te b*ise-b*ise toi et ta p*te ».

Les Renault Baccara

La ref’ ? « Karima Karima kiffe les Baccara ! » dans Baby

Honneur sur ce coup à Nessbeal qui débarque sur la prod’ de Skread avec cette ligne qui en a amusé plus d’un.

Dans les années 80, l’industrie automobile allemande s’arroge des parts de marché de plus en plus importantes. Sommés de réagir, les constructeurs français répliquent chacun à leur façon. Citroën dégaine la carte de l’originalité, Peugeot celle du sport avec ses GTI, Renault celle du luxe pour tous.

En 1988, la marque commercialise ainsi la Supercinq Baccara, une version haut de gamme de sa Supercinq : direction assistée, vitres électriques, condamnation centralisée, climatisation, jantes alliage, placages en bois, sans oublier ce fameux cuir beige qui recouvre les sièges.

Les résultats suivent et très vite Renault étend cette finition premium à tous ses modèles… pour le plus grand bonheur de Karima qui peut y frotter à loisir « son gros tarma ».

Ironiquement, au couplet suivant Booba rééquilibre la Force en intimant ces dames de « faire c’qu’il lui dit sans faire d’chichis même s’il roule en Twingo ».

[Notez toutefois qu’en 2004 l’âge d’or des Baccara était largement révolu, et qu’il est donc très possible que ladite Karima soit en réalité une authentique amatrice de vintage.]

Jamel Debbouze

La ref’ ? « Prêt à agresser pour percer à la Jamel Debbouze » dans La faucheuse

Croyez-le ou non, mais au début des années 2000, l’ami Jamel était l’humoriste français le plus crédible dans la street (c’était avant les chapeaux, le vote François Hollande, Alad’2 et Mélissa Theuriau).

Érigé en modèle de réussite, sa success story était néanmoins entachée d’une rumeur qui lui colle encore aujourd’hui aux basques : il aurait perdu l’usage de son bras droit en se faisant percuter par un train, non pas par accident, mais en poussant l’un de ses amis sur la voie ferrée.

Bien qu’aucune enquête officielle n’accrédite cette version des faits, la famille de la victime l’accuse depuis de meurtre.

Nelly

La ref’ ? « Pas comme Nelly j’suis vraiment blessé quand j’vois un frère le baggy baissé » dans La faucheuse

Tandis que cette année 2022 marque les 20 ans de Nellyville (7 fois platine aux US), rappelons-nous que Cornell Haynes Jr. pouvait un temps s’autoproclamer numero uno du game sans souffrir de la moindre contestation.

Décrié pour son flow mélodieux, ses instrus flirtant avec la pop et ses accointances avec le boys band N’Sync, son influence était cependant telle qu’il popularisa des modes aussi incongrues que porter son jersey à l’envers ou se coller un faux pansement sur la joue – à la base une façon de dédicacer son demi-frère City Spudd condamné à 10 ans de placard pour braquage.

Perçu par beaucoup comme l’un des fossoyeurs du rap, il mérite au contraire d’être crédité comme l’un de ceux qui ont grandement participé à élargir la culture (pas de Nelly Nell’, pas de Drake, pas de Fetty Wap, pas de Flo Rida, pas de Ty Dolla $ign, etc.)

Et tant pis pour les tenants d’un rap engagé et militant.

Christine Arron

La ref’ ? « Black blanche beurre t’es bienvenue si t’as le boule à Christine Arron » dans Mon son

Certes, de l’autre côté de l’Atlantique les cainris avaient les vixens, mais la Douce France n’avait pour autant pas à rougir de la comparaison (Julia Channel, Sonia Rolland, Louisy des L5…).

Dans un genre un peu différent, du haut de son mètre 77, la sprinteuse recordwoman d’Europe du 100 mètres en 1998 (un record qui tient toujours à l’heure actuelle) se distinguait par ses courbes sculptées autour des pistes de course du monde entier, sa peau couleur caramel et son accent délicieusement nonchalant.

Outrageusement sous-cotée, gloire à Booba de lui avoir ici rendu hommage.

PS : 20 ans plus tard, le cheveu plus long, elle est toujours aussi douce et souriante.

Gladiator

La ref’ ? « Quand j’déchaîne les enfers comme Maximus » dans Alter Ego

En 180, sur le point de donner l’ordre à ses légions d’aller mater les féroces Marcomans sur les limes du Danube, le général romain Maximus Decimus Meridius lance à son second : « À mon signal, déchaîne les enfers ».

Cette réplique culte prononcée par Russell Crowe dans le film de Ridley Scott sorti en 2000 a ensuite été reprise à foison par l’Ourson, qu’il interpelle sur scène son DJ Medhi Med ou qu’il la sample en introduction de son Autopsie Vol. 3 en 2009.

New Jack City

La ref’ ? « Comme Nino Brown et Gee Money, je ne rêve que d’assassinat » dans Alter ego

Le duo d’amis d’enfance à la tête des redoutables Cash Money Brothers, ce gang de dealeurs qui fait régner la terreur dans le classique de la hoodploitation réalisé par Mario Van Peebles.

Interprétés par Wesley Snipes et Allen Payne, nos Abel et Cain du crack finissent par entredéchirer une fois au sommet. La faute à Gee Money qui se met à magouiller en solo, non sans tomber accroc à sa propre camelote. La faute aussi et surtout à Nino Brown qui se tape sa meuf dans son dos, puis l’exécute de sang-froid.

Edouard Baer

La ref’ ? « On les fait monter et descendre un peu comme Otis » dans Alter ego

Fact : Otis, fabricant dascenseurs, monte-charges et escaliers mécaniques bien connu, tire son nom de l’assistant de Numérobis, l’architecte en charge de construire le palet de Cléopâtre une cinquantaine d’année avant la naissance de Jésus.

Réticent à tout jugement de valeur un peu trop hâtif sur sa situation, un jour où il était seul chez lui, il s’est laissé aller à accepter, non sans humanité, cette main qui lui était tendue. Guidé par le goût de la chose bien faite, porté par le don de soi, on raconte qu’il s’est depuis mis au service la communauté, dansant et chantant la vie à chaque rencontre nouvelle.

Source : Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre d’Alain Chabat

Maître Le Bras

La ref’ ? « Dos au mur la position, Lebraz’ la solution » dans Bâtiment C

Avril 2002. Pris dans une fusillade sur le parking d’une boîte de nuit d’Aubervilliers qui a laissé un jeune de 20 ans blessé par balle, Booba se retrouve accusé de tentative d’homicide volontaire.

Place en détention provisoire, sa famille sollicite les services de Me Yann Le Bras

« Son label 45 Scientific lui avait également proposé un avocat pour le défendre, mais Booba a rapidement fait le choix de ne garder que moi » expliquait ainsi ce dernier en 2015 dans les colonnes des Inrockuptibles.

Dès lors, « une relation de confiance de l’ordre de l’instantané » se noue entre les deux hommes, d’autant plus que Booba n’en a pas fini avec les ennuis judiciaires.

Soupçon de recel de voiture en 2003, kidnapping de sa mère et de son frère en 2008, bagarre générale avec Kaaris à l’aéroport d’Orly en 2018… à chaque fois le rappeur fait appel à l’avocat pour le tirer d’affaire.

Reconnaissant, B2O le dédicace régulièrement dans ses textes (« Au tribunal j’ai rien à craindre j’ai maître Le Bras » sur Ouest Side en 2006,« Je re-ressors de taule, j’ai eu chaud au cul, Yann Lebras t’as mon big up » sur Lunatic 2010, « Ça tire, j’prends Maître Lebras, j’m’en tire avec du sursis » sur Wesh Morray en 2012, « Les portes sont fermées, je suis habitué, Maître Lebras : acquitté » sur Ratpis en 2015…), quand il ne fait pas chanter son nom par la foule lors de ses concerts (« Cela fait un certain effet à la Cigale, une drôle de sensation au Zénith, un grand frisson à Bercy… »).

Un temps en charge de lui trouver « le meilleur contrat possible » dans l’industrie, Yann Lebraz est ainsi rapidement devenu le baveux le plus célèbre du game, à tel point qu’il arrive régulièrement qu’en garde à vue des prévenus réclament aux policiers « l’avocat de Booba ».

Roll-K

La ref’ ? « Et tu mouilles comme Roll-K face à l’équipe » dans Pazalaza pour sazamuser

Sorte de Lil Kim à la française, Roll-K c’était « la nana qui s’en bat le clit’ ».

Avec deux albums au compteur, Sex, Drogue & Roll.K en 2000 et Roll Kamasutra en 2003, on lui doit d’avoir tenté d’importer dans nos contrées l’esthétique porno de ses consœurs nord-américaines. Le succès n’a toutefois pas été au rendez-vous malgré ses courageux efforts en la matière (la trilogie Superlopsa, l’ode adolescente à son prof de gym, ce genre de dinguerie…).

Qu’à cela ne tienne, en 2010 elle effectue son retour avec un troisième essai intitulé Labriko. Du haut de son lead single String party, Roll-K proposait un spin-off officieux du Booba universe en s’associant avec Felina, la meuf qui se déhanchait dans le clip de Repose en paix.

Bon en vrai, si musicalement rien de tout cela n’était bien ouf, elle a tout de même laissé une trace dans l’histoire du mouvement.

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