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Olise : danse comme Michael

Olise : danse comme Michael

Dès le début de sa carrière, Michael Olise cultive sa différence. Entre ses multiples nationalités et son ascension rapide, il s’est vite distingué.

Depuis les Jeux olympiques de Paris 2024, il semble avoir embrassé son destin en rejoignant le gratin du football. Sous les couleurs du Bayern Munich, il éblouit les pelouses européennes. « Pour la France, c’est une chance inouïe d’avoir récupéré un candidat au Ballon d’Or », constate Nabil Djellit, journaliste chez France Football.

Devenu en quelques mois une star du ballon rond, le natif de Londres détonne par son approche médiatique et sa discrétion en dehors du rectangle vert. Pour lui, seul le terrain compte. Comme un enfant qui ne pense qu’à s’amuser, le joueur tricolore cherche avant tout le plaisir.

En réalité, peu de personnes connaissent vraiment Michael Olise, hormis ses coéquipiers et sa famille. Et cela ne devrait pas changer. 

À 24 ans, il est l’un des footballeurs les plus captivants du continent. Une créativité offensive qui contraste avec un tempérament réservé, guidé par une seule ligne de conduite : rester fidèle à lui-même.

S’imposer dans le dur

Né le 12 décembre 2001 à Londres d’un père nigérian et d’une mère franco-algérienne, Michael Olise a grandi dans un foyer multiculturel, ce qui en fait un véritable citoyen du monde. « J’ai beaucoup de connexions. Ce n’est pas quelque chose auquel je pense tous les jours, c’est normal pour moi. J’ai des petites choses de chaque pays. Ça m’a ouvert l’esprit, car ces cultures sont assez différentes. Je n’ai pas dû forcer ce mélange », expliquait l’intéressé à L’Équipe.

Michael Olise avec ses parents.

Pour la France, c’est une chance inouïe d’avoir récupéré un candidat au Ballon d’Or.

Si, à l’époque, sa nationalité ne représentait aucun enjeu, la question est rapidement devenue un sujet important au cours de sa carrière.

Avant que les courtisans ne soient nombreux, Michael Olise fait ses gammes au sein du club de Hayes & Yeading United, à l’ouest de Londres. Dès 8 ans, il rejoint l’académie d’Arsenal, puis celle de Chelsea. « Michael a été le meilleur joueur de sa catégorie d’âge tout au long de sa carrière. Parfois, cela a même joué contre lui. Il ne pouvait pas comprendre la nécessité de travailler aussi dur », détaillait Sean Colon, formateur de Michael Olise à l’académie We Make Footballers. 

Non conservé, l’ailier droit enchaîne alors des essais infructueux à Manchester City et Tottenham en 2016. Sans le savoir, ces clubs laissent filer un talent hors norme. À l’époque, ils ne voient qu’un adolescent un peu distrait, loin d’imaginer la suite. Une désillusion qui ne freine en rien son ambition. 

Sans club, Michael Olise repart de zéro et n’a d’autre choix que de retourner vers le football amateur. Un univers plus rude, plus exigeant, où le talent seul ne suffit pas. Un mal pour un bien qu’il ne perçoit pas encore. Ce détour par l’ombre lui permet pourtant de forger sa singularité.

Quelques mois plus tard, il est finalement repéré par l’académie du Reading FC, avec qui il termine sa formation. Un pari gagnant de la part du club. 

Son premier match chez les professionnels intervient le 12 mars 2019 face à Leeds United, en Championship (ndlr : deuxième division anglaise). À 17 ans, la fusée Michael Olise est officiellement lancée.

En parallèle, il est sélectionné avec l’Équipe de France des moins de 18 ans afin de disputer le Tournoi de Toulon (ndlr : une compétition réputée pour avoir vu passer certains des plus grands espoirs du football mondial). Le début d’une grande aventure.

C’est un joueur délicieux de classe mondiale. On a l’impression qu’il plane sur le terrain avec sa gestuelle.

Les JO de Paris : un tournant 

Après deux saisons d’apprentissage dans un quasi-anonymat, Michael Olise se révèle avec Reading lors de la saison 2020/2021 de Championship. En disputant 44 matchs sur 46 possibles, pour 7 buts et 12 passes décisives, il est élu meilleur jeune de la saison. 

Des performances qui suscitent les convoitises en Premier League. Crystal Palace remporte la mise pour environ 9 millions d’euros. 

En trois saisons irrégulières avec les Eagles, il se fait un nom et devient l’un des grands espoirs du championnat. La question de la sélection nationale commence à se poser sérieusement.

Alors qu’il a la possibilité de jouer pour le Nigeria, l’Angleterre ou l’Algérie, son choix est déjà arrêté depuis longtemps : l’Équipe de France. Au-delà de la possibilité de garnir son armoire à trophées, il souhaite défendre le blason frappé du coq, le pays de sa mère. À la maison, elle lui a toujours parlé français. 

Durant son enfance, il passait régulièrement ses vacances à rendre visite à des membres de sa famille dans l’Hexagone. « Pour être honnête, j’ai toujours été sûr de vouloir jouer pour la France », glissait-il dans les colonnes du journal Säbener 51.

Absent de la liste de Didier Deschamps pour l’Euro 2024, cela ne le décourage pas pour autant. Et il a raison puisque Thierry Henry fait appel à lui pour disputer les Jeux olympiques de Paris. Un tournoi qui le révèle aux yeux du monde entier. « C’est un joueur délicieux de classe mondiale. Il a quelque chose de particulier. On a l’impression qu’il plane sur le terrain avec sa gestuelle », assure Giovanni Castaldi, journaliste et présentateur sur L’Équipe TV.

En 9 rencontres, il inscrit 2 buts et délivre 5 passes décisives. Michael Olise est le maître à jouer d’une équipe composée d’Alexandre Lacazette, Désiré Doué ou encore Jean-Philippe Mateta. Avec une médaille d’argent à la clé, le plus anglais des Français marque les esprits. « Les JO, ça a été la plus belle expérience foot de ma vie. En voyageant dans le pays, j’ai senti une ferveur, la puissance d’être à la maison. Je ne sais pas si j’étais très connu en France, avant ça. J’avais seulement joué avec les sélections jeunes, mais je crois que les Jeux ont permis aux gens d’apprendre à me connaître », racontait-il à L’Équipe.

Ses prouesses avec les Bleus font de lui l’un des hommes les plus convoités du mercato estival 2024. En concurrence avec Arsenal, le Paris Saint-Germain et Manchester United, le Bayern Munich s’attache ses services pour la somme de 50 millions d’euros. Un montant exorbitant hors du monde du football, mais qui s’apparente à une bonne affaire dans un marché des transferts toujours plus démesuré. 

Dès septembre, il est appelé pour la première fois avec l’Équipe de France A. Un véritable soulagement pour celui qui avait choisi le maillot tricolore depuis de nombreuses années, malgré les appels du pied de son pays de naissance. « C’est une telle fierté d’y aller, de porter ce maillot. Je me souviens de l’appel de Didier Deschamps. J’étais trop heureux », avouait-il. 

À 22 ans, Michael Olise rejoint enfin le sommet du football européen. Et il ne compte pas laisser passer cette occasion.

L’explosion bavaroise

En Bavière, Michael Olise explose tout sur son passage. Son profil et ses caractéristiques en font l’un des meilleurs au monde. Vincent Kompany fait de lui l’une des pièces maîtresses de son système de jeu. « Quand on le regarde, on est un peu comme à l’opéra. Il a une conduite de balle fantastique. C’est le genre de footballeur pour lequel on paie un billet pour aller au stade. En plus d’être esthétique, il a l’efficacité des plus grands. Il est à la fois buteur, passeur, ailier, numéro 10, tout en conservant de l’explosivité. C’est un joueur moderne qui a du volume et qui a le sens du collectif », détaille Nabil Djellit.  

« Monsieur Nonchalant », comme il est surnommé, est d’une polyvalence rare. Il est aussi bien capable d’éliminer ses adversaires avec une facilité déconcertante, que de dribbler et de réaliser des passes tranchantes. Sa vision du jeu et son timing sont uniques. « Il combine les points forts de plusieurs stars. Il a le toucher de balle de Riyad Mahrez, la frappe côté opposé d’Arjen Robben et le côté soliste d’Angel Di Maria. C’est une synthèse de ces joueurs-là », poursuit le journaliste de France Football.  

Michael Olise n’en oublie pas les tâches défensives, qu’il exécute avec une grande énergie. « Pour un offensif, il est teigneux et n’a pas peur du contact. Il ne refuse jamais le combat et ne rechigne pas sur les tâches défensives », analyse Giovanni Castaldi. 

Lors de sa première saison, le numéro 17 du Bayern Munich s’impose immédiatement comme un élément clé du dispositif bavarois. Couronné champion d’Allemagne, il s’adjuge également le titre de meilleur passeur de Bundesliga. 

En 55 rencontres disputées toutes compétitions confondues, il compile 20 buts et 20 passes décisives. Des chiffres qui traduisent autant son efficacité que son influence dans le jeu. Michael Olise ne se contente pas de marquer, il fait aussi jouer les autres. Une année de haut vol, qu’il ne tarde pas à dépasser lors de l’exercice suivant.

Dans une équipe portée par un trio offensif redoutable aux côtés de Harry Kane et Luis Díaz, « Monsieur Nonchalant » est l’un des grands artisans de la saison historique du Bayern Munich. Sa créativité, sa justesse technique et sa capacité à faire la différence dans les moments clés accompagnent un collectif en état de grâce. 

Le club bavarois décroche un nouveau titre de champion d’Allemagne avec un total impressionnant de 122 buts inscrits, s’offre la Coupe nationale et atteint les demi-finales de la Ligue des champions. 

Sur le plan individuel, le représentant de la génération 2001 est désigné meilleur joueur de Bundesliga et meilleur Français évoluant à l’étranger aux trophées UNFP. Des distinctions avant un potentiel Ballon d’Or ? « Il fait partie des favoris pour remporter le trophée dès cette année. Pour tous les supporters et les gens qui aiment le beau football, c’est un plaisir de le voir jouer », lâchait Luis Figo, lauréat du trophée en 2000.

Malgré toutes ces réussites, Michael Olise n’est pas encore à son prime. Il reste perfectible sur certains points, comme son jeu de tête. « Lorsqu’il rate le premier quart d’heure d’un match à forte intensité, il peut parfois avoir tendance à s’effacer. Cela s’est notamment vu cette saison face au PSG et au Real Madrid en Ligue des Champions. Sa capacité à rapidement reprendre le fil du match sera un point clé dans son évolution », déclare Giovanni Castaldi.

C’est quelqu’un d’attachant, car il est authentique. Il ne joue pas un rôle.

Un personnage atypique 

Michael Olise intrigue autant qu’il fascine les observateurs. À l’aise ballon au pied devant des milliers de spectateurs, il incarne pourtant tout l’inverse une fois en dehors du football. 

Quand les caméras s’allument, « Monsieur Nonchalant » semble basculer dans une autre dimension, presque inaccessible. Une carapace soigneusement construite pour mieux se préserver ? « Il ne se la raconte pas. Il ne faut pas se fier aux apparences. On ne connaît jamais vraiment la vie des gens. Les footballeurs ne sont pas des robots. Ils peuvent avoir leur sensibilité et avoir du mal face aux médias. Il faut apprécier le spectacle qu’il nous offre. C’est quelqu’un d’attachant, car il est authentique. Michael Olise ne joue pas un rôle », développe Margot Dumont, journaliste chez Canal +

En privé, son attitude est, à priori, totalement différente. Loin du loup solitaire décrit, Michael Olise est un coéquipier apprécié. « C’est drôle parce qu’il n’est pas aussi réservé quand il est avec nous. De l’extérieur, on ne dirait pas, mais il est très ouvert. Dans le vestiaire, on rigole beaucoup avec lui. Je crois juste que ce n’est pas son truc d’être devant les caméras », révélait Jonathan Tah, son coéquipier au Bayern Munich. 

Un avis partagé par Margot Dumont, qui l’a souvent croisée en zone mixte. « Quand tu lui parles en off, il est comme monsieur tout le monde. En revanche, quand les caméras s’allument, il n’est pas à l’aise. Je suis amie avec Raphaël Guerreiro, l’un de ses coéquipiers au Bayern. Il m’a dit que c’était quelqu’un de particulièrement joyeux, à l’opposé de la perception dans les médias. Il a probablement besoin d’être dans son cocon pour exprimer sa personnalité. »

Crédit : L’Équipe.

Pour l’ancien ailier de Reading, les réponses doivent d’abord se donner sur le terrain. Une vision presque à contre-courant, à l’heure de l’ultra-communication. « Ce n’est pas quelqu’un qui s’exprime par la voix. Quand il s’exprime fort, c’est par ce qu’il fait sur le rectangle vert », commentait Max Eberl, directeur du football du Bayern Munich. 

Ce détachement interroge autant qu’il dérange. Certains observateurs lui reprochent ce rapport distant à l’exposition médiatique, allant parfois jusqu’à juger sévèrement cette réserve, perçue comme un manque d’implication. « Cela fait du bien d’avoir un joueur comme Olise dans le foot. Ça détonne. C’est aussi plus simple de s’identifier à ce type de joueur, car il ne se prend pas pour une star. Il ne cherche pas à s’adapter au monde qui l’entoure et à la société. Il reste lui-même à 100% », enchaîne-t-elle. 

Michael Olise surprend également par son absence de sponsoring. Éloigné des campagnes publicitaires, il n’est l’égérie d’aucune marque et évolue avec ses propres crampons. Une posture rare dans le football moderne, qui renforce encore son image à part. 

Le numéro 11 des Bleus souhaite que l’on s’intéresse à lui uniquement pour ses performances sportives. En dehors du terrain, il ne changera sans doute jamais. Son authenticité et son naturel priment sur tout le reste. « Il a un côté enfantin dans son approche du football. C’est un compétiteur qui cherche à s’amuser et à prendre du plaisir », énonce Giovanni Castaldi.  

Crédit : L’Équipe.

 Il ne cherche pas à s’adapter au monde qui l’entoure et à la société. Il reste lui-même à 100%.

Le Mondial pour entrer dans une autre dimension

Depuis son arrivée chez les Bleus, Michael Olise s’est installé dans le onze de Didier Deschamps, au point de devenir l’un des premiers noms inscrits sur la feuille de match. Avec Kylian Mbappé, Désiré Doué et Ousmane Dembélé, il forme un quatuor offensif effrayant pour ses adversaires.

Après une saison exceptionnelle en club, le milieu offensif entend prolonger cette dynamique en sélection. Son triplé face à l’Irlande du Nord, juste avant le départ pour les États-Unis, symbolise parfaitement son changement de dimension. Désormais, il s’impose comme l’un des ailiers les plus dangereux de sa génération.

On ne connaît pas encore ses limites.

Pour sa première participation à la Coupe du monde, Michael Olise nourrit de grandes ambitions. En cas de sacre et de performances marquantes, il pourrait même s’inviter dans la course au Ballon d’Or, face à la concurrence de ses partenaires de sélection. « Il va porter l’Équipe de France. En plus de son talent, il est hermétique à la pression. Si les Bleus sont en difficulté, il sortira un coup de son chapeau. S’il réalise une bonne compétition, je le mets dans mes favoris au Ballon d’Or », affirme Margot Dumont. 

Surtout, Michael Olise peut définitivement entrer dans le cœur des Français. Encore relativement méconnu du grand public, il deviendrait impossible à ignorer en cas de titre mondial.

Sa cote pourrait également exploser durant la compétition. Actuellement, il est estimé à 150 millions d’euros par le site spécialisé Transfermarkt. Le Real Madrid et le Paris Saint-Germain suivraient de près le Bavarois d’adoption. Pour autant, son avenir devrait s’inscrire sur le long terme en Allemagne

Sous contrat jusqu’en 2029 avec le Bayern Munich, un départ paraît très improbable. Comme l’affirmait un membre du conseil d’administration du club à L’Équipe : « Olise n’a pas de prix, même à 500 M€, il ne partira pas ».

Avant de penser à l’avenir, place donc à la Coupe du monde. « On ne connaît pas encore ses limites. Je ne sais pas sur quel aspect il peut progresser, car il est déjà au sommet. Avec lui, il s’agit de constance pour faire une carrière similaire aux plus grandes stars du football comme Lionel Messi et Cristiano Ronaldo », glisse Nabil Djellit. 

À sa manière, sans bruit ni détour, Michael Olise s’est installé parmi les grands noms du football. Et son histoire est loin d’être terminée.

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