Numéro 1 français sur le circuit, Arthur Fils incarne aujourd’hui le renouveau du tennis tricolore. Professionnel depuis 2021, le natif de Bondoufle a gravi les échelons à une vitesse foudroyante, jusqu’à s’installer parmi les meilleurs de sa génération.
Ambitieux, le joueur de 22 ans est pour le moment freiné par une santé fragile et un manque de résultats dans les tournois du Grand Chelem.
Malgré ces obstacles, il reste, plus que jamais, le principal espoir hexagonal. Une question demeure : peut-il faire mieux que les quatre mousquetaires (Jo-Wilfried Tsonga, Richard Gasquet, Gilles Simon et Gaël Monfils) qui ont marqué l’histoire du tennis national ?
La raquette : prolongement naturel de son bras
Arthur Fils a choisi le tennis, et le tennis le lui rend bien. Né le 12 juin 2004 dans l’Essonne, il grandit avec la raquette comme prolongement naturel de son bras, guidé en partie par son père, Jean, qui l’initie à la discipline. « Mes parents jouent un rôle important dans mon développement, peut-être même le plus important. Sur le terrain, c’est moi qui joue et qui tient la raquette, mais ils me soutiennent toujours », reconnaissait-il.
Très vite, les courts municipaux deviennent son terrain de jeu quotidien. Dans des infrastructures modestes, Arthur Fils fait ses gammes. À ses côtés, la machine lance-balles installée par son père devient un outil central de sa progression, lui permettant d’enchaîner les frappes et d’automatiser certains réflexes. « Son père le cadrait beaucoup. Quand il sentait qu’il n’en faisait pas assez, il était derrière lui », témoignait Morgan Ferguson, ancien coach de l’actuel 21e mondial, au journal L’Équipe.
Licencié au tennis-club de Saint-Michel-sur-Orge, Arthur Fils est vite repéré. Il rejoint le pôle espoirs de Poitiers, puis le Centre national d’entraînement (CNE) à Paris.

2021 : la révélation
2021 est une année fondatrice dans le parcours d’Arthur Fils. Il marque les esprits au tournoi junior de Roland-Garros. Il perd en finale contre son compatriote Luca Van Assche (ndlr : actuel 100e mondial) et s’impose en double avec Giovanni Mpetshi Perricard face à la paire composée du Belge Martin Katz et de l’Ukrainien German Samofalov. Des prestations qui attirent l’œil des observateurs.

Afin de gravir méthodiquement les échelons, Arthur Fils passe professionnel la même année et poursuit son apprentissage en Futures et en Challengers. Ces tournois permettent aux jeunes joueurs de gagner leurs premiers points ATP.
Pour le grand public, Arthur Fils se révèle en 2023. Début février, il est invité à l’Open de Montpellier, un tournoi classé ATP 250. Le Français y enchaîne les performances en éliminant successivement Richard Gasquet, l’Espagnol Roberto Bautista-Agut (24e mondial à l’époque) puis Quentin Halys, avant de s’incliner en demi-finale face à un certain Jannik Sinner, alors membre du Top 20.

Un parcours qui ne reste pas sans suite, puisqu’il atteint les demi-finales à l’Open 13 de Marseille, où il s’incline cette fois face à Benjamin Bonzi. Surtout, il décroche quelques mois plus tard son premier titre sur le circuit à Lyon, en dominant l’Argentin Francisco Cerúndolo lors de l’ATP 250. Ces résultats lui permettent d’intégrer le Top 100, directement à la 63e place mondiale.

L’année suivante, Arthur Fils confirme son changement de statut en remportant deux nouveaux titres ATP 500, à Hambourg puis à Tokyo. Une progression impressionnante qui fait de lui un membre du Top 20 mondial.


Ça y est, Arthur Fils touche du doigt son rêve d’appartenir au gratin.
Il n’y a aucun débat sur le fait qu’Arthur Fils est le plus bankable des Français sur le circuit.
Le potentiel d’un futur patron
Avec les retraites de Richard Gasquet et Jo-Wilfried Tsonga, ainsi que celle à venir de Gaël Monfils, rares sont les talents capables d’intégrer le Top 10 et de s’y installer sur le long terme. Si Arthur Rinderknech, Ugo Humbert et Corentin Moutet parviennent à signer quelques résultats intéressants, aucun d’entre eux ne semble posséder les armes pour tutoyer les sommets.
Pourtant, douze Français figurent actuellement dans le Top 100. Un chiffre remarquable qui témoigne de la profondeur du tennis hexagonal, mais qui doit être relativisé par leur position dans la hiérarchie mondiale.


Depuis son ascension fulgurante, Arthur Fils est devenu naturellement la coqueluche du tennis tricolore par son classement (ndlr : il est 21e mondial) et son potentiel. « Il n’y a aucun débat sur le fait qu’Arthur Fils est le plus bankable des Français sur le circuit. Même s’il est irrégulier, personne ne le dépasse. Le seul qui a le potentiel pour est Moïse Kouamé, mais il est encore trop jeune. Arthur a les qualités pour faire mieux que Tsonga », affirme Marvin Nonone, fondateur du média digital Univers Tennis.
À chaque saison, Arthur Fils franchit un cap supplémentaire, que ce soit dans la gestion des matchs, la qualité de ses séquences offensives ou sa constance sur la durée.
Son style de jeu participe largement à cette impression. Agressif et endurant, capable de prendre la balle tôt et de dicter les échanges, il impose une intensité qui met rapidement ses adversaires sous pression. Sa capacité à mieux construire ses points et à s’adapter aux surfaces attire également l’attention.

Malgré sa taille moyenne pour un tennisman (ndlr : 1,85m), il dispose d’un coup droit lourd et d’un service ultra-puissant. « C’est un bagarreur de fond de court. En une frappe, il peut te clouer sur le sol. C’est un destructeur sur le court. Il sort un peu de l’uniformisation des styles sur le circuit, c’est-à-dire de grands joueurs par la taille avec de bons services. Il n’a pas de grosses lacunes, mais ça reste un attaquant. Il va chercher à mettre son adversaire en difficulté très rapidement », glisse Marvin Nonone.
Sa personnalité est en phase avec les exigences du circuit moderne. Sans excès, concentré, mais déjà affirmé dans ses choix, il dégage une forme de maturité qui contraste avec son âge. « Arthur a un physique de démolisseur et des qualités énormes. Il a une forte personnalité et dégage beaucoup de confiance en lui. Il a ce côté chef de file », indiquait Sébastien Poublet, formateur au CNE, à Ouest-France en 2023.
Contrairement à certaines idées reçues sur le mental des tennismen français, Arthur Fils a, à plusieurs reprises, démontré une solidité mentale remarquable. Il est capable de hausser son niveau dans les moments clés et de renverser des situations compromises. « Arthur a un gros mental. Il l’a déjà prouvé avec des sauvetages de balles de match. C’est un vrai combattant. On sent qu’il aime ça. C’est un aspect sous-estimé chez lui. En 2024, il remporte à Tokyo un titre en sauvant une balle de match. Cette année, il en sauve quatre contre Tommy Paul à Miami », ajoute Marvin Nonone.

Comme Ben Shelton, Holger Rune ou encore Carlos Alcaraz, Arthur Fils s’inscrit dans une nouvelle génération qui bouscule les codes d’un sport longtemps perçu comme normé. Celle-ci assume davantage ses émotions, son style et sa personnalité sur le court. « Il a son caractère. De la nervosité et de l’impatience peuvent s’installer parce qu’il est très exigeant envers lui-même », lâchait Laurent Raymond, ancien coach d’Arthur Fils entre 2022 et 2023.
À l’image de Gaël Monfils, qu’il cite comme référence, Arthur Fils possède ce côté spectaculaire et instinctif qui séduit le public. « J’en fais presque trop. Je me suis calmé. Mais c’est un truc que j’aimerais apporter dans le tennis », racontait-il en 2023.
Est-ce suffisant pour dépasser les frontières du tennis ? Pas encore. Ses performances sportives restent la clé pour devenir une véritable icône.
Dans ce sens, Arthur Fils rejoint en 2024 la famille Lacoste. « Son profil plaît aux marques. Lacoste ne mise pas sur n’importe qui. Afin de dépasser le cadre du tennis, il faudrait qu’il soit un peu plus présent sur les réseaux et qu’il prenne davantage la parole dans les médias. Pour avoir ce côté mondial, il va devoir en faire plus et en montrer plus », insiste Marvin Nonone.


Arthur Fils cultive une certaine discrétion médiatique. Tant qu’il n’aura pas pleinement atteint ses objectifs sportifs, il privilégie le terrain aux projecteurs et limite son exposition en dehors des courts. « On fait en sorte qu’il soit focalisé sur son travail et qu’il soit prêt pour ses ambitions élevées. Ce n’est même pas de la protection, c’est naturel. Il y a un temps pour tout », détaillait Philippe Weiss, son agent, à 20 Minutes en février 2025.
Malgré tout, il est actif depuis janvier sur sa chaîne YouTube afin de documenter son parcours et de partager les coulisses de sa carrière.
En tout cas, Arthur Fils n’a jamais caché ses ambitions, et c’est précisément ce qui nourrit les attentes placées en lui. « Je ne me mets pas de limites, je n’en ai aucune. Quand j’étais petit, j’ai toujours voulu être numéro 1 mondial. Je voyais Federer remporter les plus grands titres et je me disais que c’était un truc facile. Maintenant, je n’ai plus le même avis (rires) », avouait-il.
Alors que manque-t-il au numéro un Français pour s’inviter à la table de Carlos Alcaraz et Jannik Sinner ? « Il faut encore progresser dans tous les secteurs. En dehors de ces deux extraterrestres, il peut regarder tout le monde dans les yeux », rappelait Arnaud Clément, ancien capitaine de l’équipe de France de Coupe Davis, à France Info.

C’est un destructeur sur le court. Il sort un peu de l’uniformisation des styles sur le circuit,
Une santé inquiétante
En 2025, les difficultés commencent pour Arthur Fils. Sa progression est freinée par une fracture de fatigue au dos, qui le contraint à porter un corset, lors de Roland-Garros.
Ce pépin physique l’éloigne des courts pendant plus de huit mois : une éternité à ce niveau. « J’ai encore du temps sur le circuit, ce n’est pas le moment où il faut que je me presse, où il faut que j’accélère. Au contraire, si je peux prendre un peu plus de temps pour bien récupérer et être prêt à jouer toute la saison sur dur et la fin de l’année, ce n’est pas plus mal », confiait-il durant sa convalescence.
Une absence aussi longue suscite forcément des interrogations. « Cette blessure l’a fait grandir, lui a permis de se poser certaines questions, lui a donné du temps pour travailler certains points, mais aussi pour affronter le doute », constatait Nicolas Escudé, ancien directeur technique national de la FFT entre 2021 et 2024, à France Info.

En février 2026, Arthur Fils effectue son grand retour à Montpellier, le tournoi où il s’était révélé quelques années plus tôt. S’il s’incline en quart de finale face à Félix Auger-Aliassime, le natif de Bondoufle rassure malgré tout : il n’a rien perdu de son tennis. « À son retour, il est un joueur métamorphosé. Il est même l’un des meilleurs de la saison, alors qu’il en a raté la moitié. Il a progressé dans la fluidité physique de ses déplacements sur le court. Durant sa convalescence, il a perdu six à sept kilos », relate Marvin Nonone.
En quelques mois seulement, Arthur Fils retrouve des sensations solides et confirme qu’il reste un sérieux prétendant aux sommets du circuit. « Envoyer de la lourdeur en coup droit, des missiles au service, il savait déjà le faire. Mais quand le faire, comment construire ses matchs, comment éteindre ses adversaires, il l’a appris. Il fait tout comme avant, mais mieux pensé et travaillé. À Barcelone, ça a été un récital », enchaînait Nicolas Escudé.
Ainsi, il multiplie les prestations abouties : une finale à Doha, une demi-finale à Miami, avant de s’adjuger l’ATP 500 de Barcelone puis de figurer dans le dernier carré du Masters 1000 de Madrid. Arthur Fils est inarrêtable et réintègre le Top 15.

Sans avoir disputé l’Open d’Australie, il se hisse à la 4e place à la Race (ndlr : classement spécifique utilisé sur le circuit ATP pour suivre les résultats des joueurs sur une saison donnée), derrière Jannik Sinner et Carlos Alcaraz. Tout simplement monumentale.
Ce retour en fanfare s’explique par un changement majeur dans sa carrière. En mars 2025, Arthur Fils met fin à sa collaboration avec son entraîneur, Sébastien Grosjean, pour passer un cap. Il entame alors un nouveau partenariat avec Ivan Cinkus et Goran Ivanisevic, ex-coach de Novak Djokovic. « Ça change de la mentalité française où on va passer par cent chemins pour te dire quelque chose. C’est très droit et c’est très bien. S’il veut me dire que je suis nul et que je joue mal, il va me le dire et il aura raison », narrait-il au détour d’une conférence de presse à l’Open d’Australie.
Malheureusement, le retour à la réalité est brutal pour Arthur Fils. Au premier tour du Masters 1000 de Rome, il abandonne face à l’Italien Andrea Pellegrino à cause d’une blessure à la hanche.

Par la suite, Arthur Fils déclare forfait à Roland-Garros ainsi qu’à l’ensemble des tournois disputés depuis. Il peut nourrir quelques regrets concernant l’édition parisienne. Le tableau s’était considérablement ouvert avec le forfait de Carlos Alcaraz et l’élimination surprise de Jannik Sinner.

Si sa progression continue d’être linéaire avec moins de pépins physiques, il fera partie des cinq meilleurs du circuit.
Quel avenir ?
À 22 ans, Arthur Fils entretient un rapport complexe avec les tournois du Grand Chelem. Plusieurs forfaits et abandons en cours de route viennent ternir un début de carrière prometteur.
Parviendra-t-il à évoluer sur le long terme au plus haut niveau sans être freiné par des blessures de plusieurs mois ? Les inquiétudes autour de l’état physique du 21e mondial sont naturelles. « Je crains qu’il ne rechute à chaque retour », confie le fondateur du média digital Univers Tennis.
Pour l’heure, seul le natif de Bondoufle détient la réponse. « Il est plus sujet aux blessures qu’un Jannik Sinner, qui a un tennis différent, mais Carlos Alcaraz a aussi enchaîné les pépins sur le plan musculaire », commentait Marion Bartoli, sur We Love Tennis.
Pour l’ancienne vainqueure de Wimbledon, le jeu explosif et athlétique de Fils met une pression constante sur ses articulations.
Jusqu’à présent, Arthur Fils n’a jamais dépassé les huitièmes de finale, à l’exception de Wimbledon en 2024, où il avait atteint ce stade pour la seule et unique fois.

À l’approche de son grand retour à Wimbledon ce lundi, son nom est sur toutes les bouches. Il affrontera le Belge Raphaël Collignon (43e mondial) au 1er tour. « Normalement, je devrais être à 100 %, c’est toujours la question. On ne sait jamais vraiment quoi répondre »
, a-t-il dit dans des propos relayés par L’Équipe.

S’il stabilise son état physique et enchaîne les tournois, Arthur Fils peut devenir un modèle pour toute une génération. « Si tout se passe bien, je ne vois pas ce qui pourrait l’empêcher d’entrer dans ce top 10 », glissait Laurent Raymond à L’Équipe.
Un avis partagé par Marvin Nonone. « Si sa progression continue d’être linéaire avec moins de pépins physiques, il fera partie des cinq meilleurs du circuit. Je ne sais pas s’il gagnera un Grand Chelem dans sa carrière. En revanche, il peut devenir le troisième homme derrière Alcaraz et Sinner. »
Seul l’avenir nous le dira.