« À la recherche de grandeur. » C’est tout simplement ce à quoi aspire Paul Denis Navero, dit Paul Dena.
Son nom est sur toutes les lèvres depuis plusieurs mois. La raison ? Des débuts parfaits en professionnel après un passage ultra-médiatisé en amateur.
Avec trois victoires en autant de combats à Hexagone MMA, le Rennais semble confirmer les attentes placées en lui : celles d’un espoir capable de s’imposer comme une future tête d’affiche du MMA français.
Au vu de son parcours, rien ne le destinait à devenir un tel talent. Porté par une confiance assumée, le combattant de 24 ans avance avec une feuille de route claire. Il veut gravir les échelons sans brûler les étapes, en profitant de l’engouement autour de lui.
Mais qui est vraiment Paul Dena, ce gladiateur des temps modernes à la « gueule d’ange » ? Booska-P est parti à la rencontre de son entourage pour mieux cerner l’homme comme le combattant.
Un parcours singulier
Le dépassement de soi a toujours constitué le leitmotiv de Paul Dena. Après avoir exploré plusieurs sports de combat durant son enfance (judo, lutte, aïkido), il n’a pas encore trouvé le terrain d’expression idéal pour s’accomplir. « Je savais que je voulais faire quelque chose de particulier de ma vie. Je ne voulais pas être salarié ou faire des études classiques. Je cherchais une vocation », a-t-il détaillé dans les colonnes de Canal + en janvier 2025.
Jusqu’au jour où Paul Dena tombe sur le film Conor McGregor : Notorious. En visionnant les images, il comprend que sa réussite passera par le MMA. Au risque de déplaire à ses parents, le jeune Breton est déterminé à se faire un nom. Aucun plan B n’est envisagé. « Paul a une grande confiance en lui. Il ne visualise que l’option de gagner un combat. Il est obstiné par sa passion et son envie de remplir ses objectifs », dévoile Ugo-Antton Vidal, partenaire d’entraînement de Paul et combattant à Hexagone MMA.

Paul est obstiné par sa passion et son envie de remplir ses objectifs.
À l’époque, le MMA n’est pas encore légal en France. Il ne le deviendra qu’en 2020. Paul Dena mise sur une discipline encore émergente, mais promise à régner dans le pays.
Du haut de ses 18 ans, il part seul à Dublin pour devenir bilingue. Enfin, c’est ce qu’il vend à ses parents. La réalité est tout autre. Sur place, il rejoint le Straight Blast Gym Ireland, fief de Conor McGregor, pour s’entraîner. Une expérience fondatrice, qui lui apporte beaucoup.
De retour à la maison après son année sabbatique, Paul Dena n’a qu’une idée en tête : mettre en pratique ce qu’il a appris en Irlande. Malheureusement à Rennes, le MMA reste encore peu développé. Il décide alors de quitter sa ville natale pour « s’installer » à Paris. Le début d’une grande aventure.

Avec les échos que j’avais, je ne voyais pas en lui le futur du MMA français. Un bon prospect, oui, mais sans plus.
Étape par étape
Sans argent, Paul Dena est obligé de dormir dans sa voiture afin de poursuivre son rêve. Il vit au jour le jour, s’entraînant partout où il le peut pour se faire repérer.
Durant cette période, il fait une rencontre décisive : celle de son futur manager et agent. « J’ai rencontré Paul lors d’un sparring. Après l’entraînement, on a discuté, et il m’a confié qu’il était un peu à la rue. Sans vraiment penser qu’il accepterait, je lui ai proposé de venir dormir chez moi. Avec le recul, c’est une dinguerie, je ne le connaissais pas du tout. Finalement, il est resté six mois à la maison. Aujourd’hui, Paul, c’est comme mon petit frère », confie Alex Coeuret.

Une relation de confiance s’installe rapidement entre les deux hommes, qui choisissent de travailler ensemble. Fort de son vécu avec Morgan Charriere, Alex Coeuret insuffle une rigueur à la trajectoire de Paul Dena. « Ça m’arrive d’être dur et strict, mais c’est parce que j’ai envie de lui éviter toutes les erreurs que j’ai pu faire », poursuit-il.
Son passage au YFC (Your Fight Club), fondé par le créateur de contenu IbraTV, constitue un véritable tournant dans sa jeune carrière. Il se fait d’abord connaître sur internet, avant la cage. « Paul voulait y aller pour marquer les esprits. Il a réussi son coup puisque sa notoriété a explosé », confesse son manager.
En parallèle, Paul Dena devient champion de France amateur en 2023. L’année suivante, il obtient une médaille de bronze au championnat d’Europe IMMAF.

Après une dernière victoire en amateur contre Allan Landouzy, le Breton est enfin prêt à passer chez les professionnels. Il débarque avec un bilan prometteur (ndlr : 13 victoires pour 5 défaites).
Surtout, sa popularité est au plus haut. « Avec les échos que j’avais, je ne voyais pas en lui le futur du MMA français. Un bon prospect, oui, mais sans plus. J’avais aussi un regard biaisé par les sommes qu’il touchait. Paul gagnait déjà plus que certains combattants professionnels, alors qu’en amateur, tu n’es pas censé être payé », expose Antoine Simon, journaliste pour RMC Sport et voix française de l’UFC aux côtés de Taylor Lapilus.
Afin de ne pas brûler les étapes, Paul Dena choisit l’organisation française Hexagone MMA pour ses débuts chez les professionnels. Un choix logique pour se faire connaître en France.
En trois combats (contre Sabir Talmoust, David Daniel Komar et Paulo Santos), le Rennais réalise un sans-faute avec trois victoires par KO. Si l’adversité restait abordable, il envoie un message clair : Paul Dena est bien plus qu’un feu de paille. « Son style était restreint en amateur. En pro, on a plus de temps pour analyser avec 3 rounds de 5 minutes. Paul aime être dans la gestion et donner de fausses informations », reconnaît Ugo-Antton Vidal.

En un temps éclair, Paul Dena s’impose comme l’une des têtes d’affiche de son organisation. Un cas rare en France. « Il est déjà sur la carte principale, alors qu’il n’a que 3 combats pro dans les jambes. C’est inédit dans le MMA », souligne Antoine Simon.
Pour les non-initiés, il est considéré comme un combattant spectaculaire. À l’aise aussi bien en striking qu’au sol, il est complet. Au-delà des résultats obtenus, c’est la manière qui interpelle. « Paul est un artiste. Je ne lui dicte rien pour ne pas le brider. En combat, il applique les stratégies, tout en créant », narre Johnny Frachey, entraîneur de Paul.
Le Breton dégage une maturité rare pour un combattant aussi peu expérimenté chez les professionnels. « Paul a une superbe compréhension de l’espace et du temps. Il a un très bon timing et il connaît son corps. C’est ce qui fait de lui un excellent combattant. Plus qu’être intelligent dans la cage, il est conscient de tous les aspects. Enfin, il sait gérer le stress et la pression. Être un champion, c’est être capable de performer au bon moment », énonce Alex Coeuret.

Son style était restreint en amateur. Paul aime être dans la gestion et donner de fausses informations.
Un profil unique
Actuellement suivi par plus d’un million de personnes sur les réseaux sociaux (ndlr : 420 000 abonnés sur Instagram et 240 000 sur YouTube), Paul Dena s’est construit une communauté engagée au fil des années. Loin d’être un talent inné, il a énormément travaillé pour devenir un combattant, mais aussi une figure populaire. Il est le symbole d’une génération de sportifs connectés. « Paul a très vite compris qu’il était difficile de faire son trou dans le MMA. Si tu ne pérennises pas un écosystème à côté, c’est dur de vivre de ce sport. En plus, le public a besoin de contenus additionnels pour s’attacher à un combattant », rappelle son agent.
Dès ses débuts, Paul Dena maîtrise les nouveaux codes du combattant moderne. Sur les réseaux sociaux, il travaille autant son image que ses performances. Une approche stratégique. « Paul est un passionné. Il a cette faculté à rallier les foules. Il arrive à s’éloigner des réseaux au bon moment, sans en être dépendant ni perturbé », décrypte Johnny Frachey.
Sur YouTube, le Rennais documente son quotidien entre entraînements et combats, mais aussi des instants de vie qui permettent au public de découvrir l’homme derrière le combattant. Ses contenus inspirent et fédèrent. « Je veux utiliser cette chaîne comme un journal de bord où je vous raconte, semaines après semaines, mon évolution. Je vous partage les hauts et les bas, ainsi que mes doutes et mes réflexions pour toujours m’auto-analyser afin d’atteindre mes objectifs », peut-on lire dans la description de sa chaîne.

Paul est un passionné. Il a cette faculté à rallier les foules.
Son authenticité et sa détermination captivent un nombre grandissant de suiveurs. « C’est quelqu’un de simple. Il n’est pas très matérialiste. Tu lui donnes un kebab et un ballon de foot sur la plage, il passe sa meilleure journée », indique Ugo-Antton Vidal.
Cette stratégie lui permet de se révéler très tôt comme une personnalité singulière dans le MMA français. À ce moment-là, il faisait partie des rares combattants à disposer d’une communauté aussi importante sans être professionnel. « Paul sait communiquer. Ces derniers mois, il a franchi un cap médiatique. Il est en train de devenir une personnalité publique, plus qu’un simple combattant comme Cédric Doumbè, Ciryl Gane ou encore Benoît Saint-Denis », enchaîne le combattant Hexagone MMA.
Avec ce parcours atypique, Paul Dena voit les détracteurs se multiplier. Pour certains, il est davantage un créateur de contenus qu’un combattant. « On voulait qu’il soit perçu comme tel. C’était notre stratégie de communication jusqu’à ce qu’il commence à performer au haut niveau », déclare Alex Coeuret.
Avec son exposition grandissante, le profil du Breton a suscité des récupérations dans certaines sphères, notamment à l’extrême droite. Son béret vissé sur la tête et le drapeau français posé sur les épaules, alimentent l’idée d’un possible porte-étendard. Dans ce contexte, une partie du public s’interroge sur ses intentions politiques.

Face à ces réactions, le combattant breton profite de son premier combat professionnel à Hexagone MMA pour clarifier sa position. « Je ne représenterai jamais l’extrémisme. Je suis fier de la devise liberté, égalité, fraternité. Ce n’est pas parce que je suis blanc que je représente les blancs. Je représente tous les Français et je suis fier de ça. J’aime mon pays et j’en suis fan même s’il y a des choses qui ne vont pas », avait-il déclaré dans l’octogone après sa victoire face à Sabir Talmoust.
Paul est en train de devenir une personnalité publique, plus qu’un simple combattant comme Cédric Doumbè, Ciryl Gane ou encore Benoît Saint-Denis.
Un duel au sommet contre Anzor Baybatyrov
Paul Dena s’apprête à disputer l’un des premiers grands tests de sa carrière. Le 12 juin prochain, à la LDLC Arena de Lyon, il affrontera Anzor Baybatyrov, nouvelle recrue d’Hexagone MMA. Ce duel est attendu de longue date par les suiveurs de la discipline. « L’organisation a réussi à vendre toutes les places de la salle en un temps record seulement avec le combat de Paul. C’est invraisemblable », notifie Antoine Simon.
En effet, les deux hommes partagent une histoire commune depuis leur passage au YFC. Le 17 août 2023, à l’issue d’une victoire de Paul Dena, Anzor Baybatyrov avait surgi dans l’espace de combat, provoquant un face-à-face improvisé sous haute tension. L’épisode avait marqué les esprits et alimenté la montée en puissance médiatique de Paul.

Depuis, la rivalité s’est renforcée. Après la victoire par KO de Paul Dena contre Paulo Santos le 9 janvier dernier, Anzor Baybatyrov a réclamé un duel. Une proposition aussitôt acceptée par le natif de Rennes. « C’est le combat qui plait le plus au public, celui qui va faire le plus de bruit. J’aime bien quand il y a de la tension », a-t-il expliqué à L’Équipe.
À l’occasion de son quatrième combat chez les professionnels, Paul Dena remettra en jeu son statut d’invaincu. Il devra faire face à un adversaire réputé pour sa discipline technique. « Il est au-dessus d’Anzor. Il devrait gagner le combat. Cependant, j’attends de le voir dans le dur. Pour le moment, on ne l’a pas encore observé dans une situation inconfortable. Il devra faire face à des guerres dans la cage. C’est inévitable », nuance le journaliste de RMC Sport.

Surtout, les deux combattants ne seront pas dans leur catégorie habituelle (ndlr : -61kg pour Paul Dena et -66kg pour Anzor Baybatyrov). Afin que l’affrontement ait lieu, les deux camps ont trouvé un terrain d’entente en -64kg.
En cas de victoire, Paul Dena se rapprocherait d’une première ceinture à Hexagone MMA, avant, peut-être, de viser l’UFC. Car oui, le Rennais veut marquer les esprits et représenter la France à l’international. « Il peut aller où il a envie. Paul veut devenir quelqu’un au-delà du MMA. Il veut marquer son temps », lâche Alex Coeuret.
Paul veut devenir quelqu’un au-delà du MMA. Il veut marquer son temps.

Dans un paysage du MMA français orphelin de Cédric Doumbè, les personnalités capables de fédérer autour d’elles sont rares. « Ce que je veux vraiment, c’est choquer les gens. J’espère que je pourrai faire rayonner mon pays mondialement », conclut Paul Dena. Un objectif désormais à portée.