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Gaël Monfils : la dernière danse d’un monument du tennis français

Gaël Monfils : la dernière danse d’un monument du tennis français

« 2026, notre dernière année ensemble. Rendons-la inoubliable », a clamé Gaël Monfils, suite à l’annonce de sa retraite. Après vingt-deux ans au haut niveau, le dernier des quatre mousquetaires (Gilles Simon, Jo-Wilfried Tsonga et Richard Gasquet), encore en activité, s’apprête à tirer sa révérence

Plus qu’un simple sportif, le Parisien s’est imposé comme une figure à part entière d’un tennis intense, surprenant, capable de soulever les foules bien au-delà du score final. S’il n’a jamais remporté de tournoi du Grand Chelem, il a marqué durablement l’esprit des suiveurs. Et c’est peut-être là l’essentiel. « C’est une icône du tennis français et le seul à pouvoir avoir ce statut malgré un palmarès qui ne suit pas. Il a apporté tellement d’autres choses comme son côté showman », signale Marvin Nonone, fondateur du média digital Univers Tennis.

Pour sa dernière danse sur le circuit, Gaël Monfils est célébré partout où il passe, avec des hommages à la hauteur de son parcours, mais surtout des émotions qui n’ont jamais cessé d’accompagner ses performances.

Le tennis tricolore se prépare aux adieux de « La Monf », un monument de son histoire. 

Icône sans palmarès : un statut paradoxal 

Le 1er octobre dernier, le monde du tennis s’est arrêté quelques instants. Gaël Monfils a révélé qu’il mettrait un terme à sa carrière à la fin de la saison 2026. Une décision pressentie depuis plusieurs années, tant les questions sur son avenir revenaient régulièrement, mais qui reste un choc symbolique.

Car même lorsqu’elle semble attendue, l’annonce de la retraite d’un joueur majeur conserve une portée particulière. Elle marque la fin d’un cycle et réveille instantanément les souvenirs.

Ça fait un bon moment que j’y pense. Je suis enfin prêt à dire au revoir à ce sport qui m’a tout donné.

Dans le cas de Monfils, c’est toute une époque du tennis moderne qui s’apprête à tirer sa révérence. « Ça fait un bon moment que j’y pense. Je suis enfin prêt à dire au revoir à ce sport qui m’a tout donné. J’adore toujours le tennis. Mais là, c’est plutôt l’âge, la récupération. J’ai une famille maintenant, d’autres responsabilités. Les performances sont beaucoup plus dures aussi à enchaîner. Ce sont des choses tout simplement naturelles pour tout sportif. À un moment, il y a une fin », avait-il glissé chez RTL

Quand le jeune Gaël Monfils commence sa carrière en 2004, il incarne déjà un profil atypique avec un jeu instinctif. À cette période, il est encore difficile d’imaginer que ce talent brut s’inscrira dans la durée. 

Au fil du temps, le Parisien façonne un style bien à lui : une folle explosivité, un service puissant et un coup droit redoutable. Gaël Monfils s’impose comme un défenseur de qualité, adepte du contre, capable d’user ses adversaires jusqu’à la faute. En 2022, lors du Master 1000 d’Indian Wells, il signe le second coup droit le plus rapide de l’histoire du tennis avec une vitesse de 199,56 km/h. « C’est l’un des joueurs de tennis les plus athlétiques de tous les temps et l’un des plus spectaculaires à regarder. Je l’ai toujours adoré », confiait Novak Djokovic en mars. 

Quand il est programmé, les courts sont pleins. Il se passe toujours quelque chose avec lui dans un match.

Avec une longévité remarquable, faite de résilience et de retours de blessures, Gaël Monfils a influencé toute une génération de joueurs et de fans. Si bien qu’au-delà de son palmarès, il est considéré par un bon nombre comme une figure de son sport. « Gaël a une aura singulière. Quand on regarde ses highlights sur YouTube, on se régale. Il aime se faire plaisir et régaler le public. Quand il est programmé, les courts sont pleins. Il se passe toujours quelque chose avec lui dans un match. Par contre, il est capable de tout : du meilleur comme du pire », raconte Inès Lagdiri-Nastasi, journaliste au service des sports de France Télévisions, spécialiste tennis et commentatrice de Roland-Garros.

Corentin Moutet, Alexander Bublik, Nick Kyrgios, Ben Shelton, Arthur Fils et Frances Tiafoe font partie de ceux qui s’inspirent de lui. La nouvelle génération est toujours heureuse de l’affronter. Elle entretient avec Gaël Monfils des échanges chaleureux, car ils ont grandi avec sa présence sur le circuit. Il leur a transmis une liberté de jeu et une audace qui ont contribué à façonner leur propre identité sur le court.

Gaël Monfils a eu une portée large dans un sport longtemps codifié et peu diversifié. En s’imposant au plus haut niveau, il a incarné une forme de singularité dans le tennis masculin. 

Sans jamais se réduire à ce statut, il a contribué à ouvrir l’imaginaire autour du tennis. Il a montré qu’un autre rapport au corps, à l’expression et au style pouvait exister sur les plus grandes scènes du sport mondial. « Quand Gaël débarque, le microcosme du tennis est lisse et sage. Il n’y avait pas beaucoup de joueurs noirs performants. Il est clivant dès le départ avec ses danses et son attitude. Avec le temps, il a mis tout le monde d’accord », explique le fondateur du média Univers Tennis.

Durant son parcours, Gaël Monfils a enthousiasmé les fans avec un sens du spectacle unique. Capable d’embraser les foules à travers le globe grâce à ses gestes et son goût du show, il a laissé une empreinte forte. « Son impact dépasse le cadre du tennis. Je pense qu’il est le joueur français le plus connu et l’un des rares à savoir comment aller chercher les spectateurs dans les moments creux d’un match. Il a créé un lien particulier avec les fans, car il en a besoin pour performer », poursuit Inès Lagdiri-Nastasi. 

Un avis partagé par Marvin Nonone. « Il est aimé par le public international. Peu importe qui il affronte et son classement, les gens sont là pour lui. Aller voir Gaël sur le court, tu en as pour ton argent. Une grande majorité préfère observer ses prouesses que celles du 5e joueur mondial. Il ne faut pas banaliser ça. C’est complètement dingue. »

Confronté à une génération dorée (Roger Federer, Rafael Nadal, Novak Djokovic et Andy Murray), Gaël Monfils a tout tenté pour se faire une place dans un circuit d’une densité exceptionnelle. « Même si j’en ai été proche, je n’ai jamais remporté de Grand Chelem. Croyez-moi quand je dis que je n’ai aucun regret. Ce que j’ai, en revanche, c’est le sentiment d’avoir été chanceux. »

Capable d’éliminer les plus grands grâce à des performances mythiques, « La Monf » pouvait aussi céder dès le tour suivant face à un adversaire supposément inférieur. Cela suscitait de vives critiques à son égard. « On était nombreux à penser qu’il aurait pu faire mieux, mais qui sommes-nous pour l’affirmer ? Pendant plus de 20 ans, il a donné le meilleur de lui-même. Les gens sous-estiment son côté cérébral. Pour rester performant aussi longtemps, c’est qu’il a forcément des qualités mentales », développe Pier Gauthier, coach mental et ancien entraîneur de Gaël Monfils durant 6 mois entre 2006 et 2007. 

Tout au long de sa carrière, la solidité mentale du natif de Paris a été interrogée. « À ce niveau, Gaël a des qualités que peu ont. Il a une grande confiance en lui. Il peut être l’égal de n’importe qui. Il arrive aussi à être relâché dans des moments charnières à grande pression. En revanche, il lui a manqué certains aspects comme la régularité et une concentration sur le long terme », rappelle Pier Gauthier.

Je pense qu’il est le joueur français le plus connu et l’un des rares à savoir comment aller chercher les spectateurs dans les moments creux d’un match.

Des statistiques historiques malgré tout

Pour mesurer ce qu’a représenté Gaël Monfils, il faut revenir sur quelques chiffres emblématiques de son histoire.

En 22 saisons chez les professionnels, il a gagné 586 matchs contre 356 défaites. Il a remporté 13 titres sur le circuit, dont trois ATP 500 (Washington 2016, Rotterdam 2019 et 2020). Des trophées qui lui permettent d’être dans le Top 5 des Français les plus titrés de l’histoire derrière Gilles Simon (14), Richard Gasquet (16), Jo-Wilfried Tsonga (18) et Yannick Noah (23). 

Il est aussi le joueur tricolore le plus victorieux en Master 1000 avec 145 succès. 

Au total, Gaël Monfils a disputé 35 finales (ndlr : dont trois Masters 1000), seul Yannick Noah fait mieux (36). Il a atteint une finale durant chaque saison qu’il a disputée, à l’exception de 2024. 

Le principal regret de sa carrière est qu’il n’a jamais vraiment réussi à enchaîner des semaines intenses de haut niveau sur le long terme.

Moins flatteur, mais assez représentatif de son parcours, il aura manqué treize tournois du Grand Chelem à cause de blessures. Autant d’absences qui ont sans doute freiné son ascension vers les sommets. « Le principal regret de sa carrière est qu’il n’a jamais vraiment réussi à enchaîner des semaines intenses de haut niveau sur le long terme. Il a toujours eu des baisses de régime significatives. Gaël n’a pas eu assez de constance », confesse Inès Lagdiri-Nastasi.

En ce qui concerne le classement ATP, Gaël Monfils est resté plus de 1000 semaines dans le Top 100. Seuls quatre autres joueurs ont atteint ce cap symbolique : Novak Djokovic, Rafael Nadal, Andre Agassi et Roger Federer. Le Suisse est le recordman avec 1165 semaines dans le Top 100.

Son meilleur classement reste une 6e place mondiale, atteinte en 2016. Il s’agit d’ailleurs de sa saison référence avec une demi-finale à l’US Open et une finale au Master 1000 de Monte-Carlo, perdue contre un certain Rafael Nadal. « Cette année-là, il a eu un déclic. Gaël a arrêté de faire le show pour se concentrer pleinement sur la performance. Il n’a pas réussi à tenir sur le long terme, car ce n’était pas dans son ADN », constate Marvin Nonone.

Enfin, Gaël Monfils a terminé 8 saisons dans le Top 20 mondial (ndlr : 2008, 2009, 2010, 2011, 2014, 2016, 2019, 2020). Ultime preuve de sa longévité. « J’ai tenu une raquette dans mes mains pour la première fois à deux ans et demi et j’ai commencé à jouer chez les professionnels à 18 ans », expliquait-il. 

Si Monfils avait commencé sa carrière aujourd’hui, il aurait été encore plus une star à l’ère de TikTok.

Un dernier gros parcours à la maison ? 

Pour sa dernière danse, Gaël Monfils sait qu’il sera difficile d’aller chercher un dernier trophée. En revanche, un beau parcours sur ses terres (ndlr : Roland-Garros et Rolex Paris Masters) est une ambition affirmée. « Gaël fonctionne à l’envie. Il aura à cœur de finir du mieux possible. Il faudra qu’il ait une bonne condition physique », déclare Pier Gauthier. 

Retombé au 222e rang mondial, « La Monf » veut prendre du plaisir, tout en restant compétitif. Un leitmotiv qui résume parfaitement sa carrière de joueur. Le futur quadragénaire (ndlr : il fêtera ses 40 ans le 1er septembre prochain) ne vient pas en touriste aux différents tournois, pour le plus grand plaisir des spectateurs. « Gagner un titre de plus avant d’en terminer, ce serait vraiment incroyable. »

À Roland-Garros 2026 (du 24 mai au 7 juin), tous les regards seront tournés vers Gaël Monfils, surtout en l’abscence d’Arthur Fils. Pour sa 19e participation, il sera la star de son tournoi fétiche. Le public devrait bien lui rendre ses exploits, ses remontadas et ses matchs à rallonge en nocturne. Autant de moments forts en émotion qui s’annoncent déjà comme les derniers chapitres d’une histoire à part. « Ça va être très personnel. C’est impossible de se préparer mentalement », concédait-il.

En cas de victoire au premier tour face à Hugo Gaston ce lundi 25 mai, Gaël Monfils deviendra le joueur français avec le plus de succès dans l’histoire de la compétition (ndr : Gaël Monfils et Yannick Noah sont à 40 succès chacun).

Un défi abordable, mais qui s’annonce compliqué sur une surface peu clémente avec les vétérans. « Gaël est en manque de rythme et de confiance. Physiquement, cela devient dur pour lui. J’ai peur que sa dernière danse ne soit pas aussi belle qu’elle doit l’être », avoue Marvin Nonone.

Une chose est sûre : Gaël Monfils sera bien entouré pour sa dernière à Roland-Garros. « On sera là avec les potes pour te célébrer », avait affirmé Richard Gasquet. 

De son côté, Jo-Wilfried Tsonga est impatient de voir son ami de toujours le rejoindre. « Ça a été un plaisir de partager toutes ces années avec toi. Ce n’est pas la fin, mais qu’un début. On va avoir du temps à passer ensemble. Maintenant, profite, tu l’as mérité mon vieux. »

Pour marquer le coup, une soirée en son honneur a eu lieu le jeudi 21 mai sur le court Philippe-Chatrier. Intitulée « Gaël & Friends », cette dernière a mêlé tennis, musique et show à l’image du tennisman. L’événement a réuni des joueurs proches et des artistes tels que Matt Pokora, Martin Solveig ou Franglish. « Si Monfils avait commencé sa carrière aujourd’hui, il aurait été encore plus une star à l’ère de TikTok », rappelle Marvin Nonone.

En attendant, Gaël Monfils poursuit sa tournée d’adieu. Plus qu’un jubilé, il souhaite dire au revoir à tout le monde. 

En 2026, son bilan est négatif (6 défaites pour 3 victoires) avec des éliminations au premier tour du Master 1000 de Madrid et à l’Open d’Australie. Encore capable de coup d’éclat comme face au Néerlandais Tallon Griekspoor à Monte-Carlo (ndlr : avec cette victoire, il est devenu le joueur le plus âgé à remporter un match dans le tournoi depuis 1973), Gaël Monfils semble encore prêt physiquement pour titiller quelques talents de son sport. De bon augure pour la suite. 

Une fois la page tennis tournée, que va-t-il faire ? Le principal intéressé connaît déjà son avenir : s’occuper de sa petite fille née en 2022 et s’essayer dans un nouveau domaine. « Je vais travailler dans la finance. Ma femme continuera à jouer au tennis. Je resterai à la maison avec ma fille. Je ne pense pas que je voyagerai beaucoup, donc je vais faire une pause dans le tennis. »

Plus que quelques mois de compétition pour profiter des prouesses de Gaël Monfils, avant que le rideau ne tombe définitivement. La fin d’une époque et le début d’un nouveau chapitre pour le tennis tricolore. « Il n’y aura plus personne comme lui. C’est impossible de reproduire ses gestes. C’est un ovni à son échelle », conclut Marvin Nonone.

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