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Michael Jackson : une légende au-dessus de tout ?

Michael Jackson : une légende au-dessus de tout ?

Un statut d’icône sans commune mesure. C’est l’une des rares affirmations que l’on peut faire à propos de Michael Jackson. Décédé le 25 juin 2009, l’artiste américain continue pourtant d’occuper une place centrale dans l’imaginaire collectif, comme en témoigne l’intérêt autour du biopic Michael.

Plus de quinze ans après sa mort, chaque projet lié à Michael Jackson provoque toujours autant de réactions. Son héritage artistique continue de fasciner plusieurs générations, tandis que sa personnalité et sa trajectoire nourrissent une curiosité permanente. Le chanteur conserve une aura presque inégalée dans l’industrie musicale. « C’est peut-être le premier artiste de l’histoire à avoir des fans qui ne sont pas encore nés », glisse Olivier Cachin, journaliste, écrivain et auteur de Michael Jackson, Pop Life.

Mais cette fascination s’accompagne de controverses persistantes. Acquitté lors de son procès en 2005 dans les affaires d’accusations d’abus sexuels sur mineurs, Michael Jackson reste au cœur de débats passionnés. Cette dualité entre génie artistique et zones d’ombre contribue paradoxalement à maintenir sa présence dans l’espace médiatique.

Une question s’impose alors : peut-on toucher à la légende Michael Jackson ? 

Un biopic incomplet 

Depuis sa sortie en salles le 22 avril, Michael déchaîne les foules et replonge les fans dans l’ascension fulgurante du roi de la pop, incarné à l’écran par son neveu Jaafar Jackson. 

Repoussé d’un an, le biopic était attendu de pied ferme. Vouloir plaire à tout le monde relevait d’une mission perdue d’avance, tant la vie de Michael Jackson est impossible à condenser en deux heures de film

Résultat : l’œuvre réalisée par Antoine Fuqua a globalement conquis le public, mais beaucoup moins la presse. « Le biopic est frustrant par ces manquements. Il est déconcertant lorsque tu connais bien sa carrière. Cependant, il y a plein de faits qu’ils n’ont pas pu ajouter pour des raisons légales et juridiques. Avec les contraintes, on aurait pu avoir un résultat bien pire. Certains moments majeurs de sa vie sont représentés dans le film comme le fait qu’il soit battu par son père, l’accident avec Pepsi, la chirurgie esthétique, l’addiction aux médicaments ou encore le vitiligo », développe Richard Lecocq, auteur du livre Michael Jackson Legend.

Le biopic est frustrant par ces manquements. Il est déconcertant lorsque tu connais bien sa carrière.

De nombreux fans et critiques dénoncent un récit trop lisse, manquant d’objectivité et passant sous silence des figures majeures de la vie de l’artiste, comme Janet Jackson ou Diana Ross.

Cette dernière devait être interprétée par Kat Graham sur grand écran. Finalement, ses scènes ont été coupées au montage en raison d’un accro juridique datant de 1993.

Plusieurs autres aspects du film apparaissent aussi discutables, comme la relation largement idéalisée entre Michael Jackson et son frère Jermaine, la manière dont est abordée la dépendance de l’artiste aux antidouleurs après son accident sur le tournage d’une publicité pour Pepsi, ou encore la représentation du rôle joué par l’avocat John Branca dans la gestion de sa carrière. 

La création de Thriller, album le plus vendu de l’histoire de la musique (ndlr : plus de 70 millions de ventes) est survolée. Le film laisse entendre que Michael Jackson a inventé le célèbre « Mamase Mamasa Mamakossa » de « Wanna Be Startin’ Somethin », alors qu’il reprend en réalité « Soul Makossa » de Manu Dibango, qui obtiendra gain de cause en justice des années plus tard. 

Le biopic omet également que le clip de « Thriller » n’a failli jamais voir le jour, car l’artiste était témoin de Jéhovah.

Même Paris Jackson, fille du chanteur, a réagi, estimant que le film « s’adresse à une partie spécifique de la fanbase de son père qui continue de se réfugier dans une fantaisie ». 

Michael permet aux plus jeunes de découvrir et de mieux comprendre l’ascension de Michael Jackson jusqu’à l’album Bad en 1987. Pour les spectateurs plus familiers de son parcours, le film n’apporte que peu d’éléments inédits. « Le divertissement reste bon. Certaines scènes sont qualitatives. Jaafar Jackson fait le boulot. Il est à la hauteur du rôle, tout comme Colman Domingo en Joe Jackson. Le résultat est honorable, car on aurait pu avoir une catastrophe industrielle », rappelle Olivier Cachin.

Un hommage spectaculaire à l’écran, mais un récit qui interroge sur la manière dont l’histoire de Michael Jackson est racontée. Michael propose un portrait élogieux avec une vision consensuelle. 

Une fascination intacte

Une chose est sûre : le succès de Michael est incontestable. Dans les prochaines semaines, le film devrait devenir le biopic musical le plus rentable de l’histoire et rattraper Bohemian Rhapsody et ses 911 millions de dollars au box-office. 

Michael cumule plus de 800 millions de dollars de recettes au box-office mondial et totalise 4,37 millions de spectateurs en France. Selon les dernières estimations des médias américains, il pourrait dépasser le milliard de recettes à l’international. « Je savais que le biopic allait fonctionner, mais je ne pensais pas à ce point-là. Son lien avec le public est puissant », s’exclame Richard Lecocq. 

Au-delà du 7e art, c’est tout le catalogue de Michael Jackson qui connaît un regain d’intérêt dans le monde entier. En moins d’un mois, il est passé de 40 millions d’auditeurs mensuels sur Spotify à 107 millions actuellement. Cela fait du roi de la pop le 5e artiste le plus écouté au monde sur la plateforme, derrière Justin Bieber, The Weeknd ou encore Bruno Mars. 

En France, la bande originale de Michael s’est classée numéro un du Top Albums avec une première semaine à 10 248 exemplaires écoulés. Pour rappel, il n’y avait aucune chanson inédite dans le projet. « Billie Jean », « Beat It » et « Human Nature » squattent le Top 50 du pays. 

Son statut est tellement unique dans l’histoire que l’on continue à chercher son successeur.

La dynamique ne s’arrête pas là. Pendant plusieurs jours, « Billie Jean » fut la chanson la plus streamée dans le monde sur Spotify. Du 8 au 14 mai, le titre présent sur l’album Thriller a généré 51,5 millions d’écoutes. Grâce à cet engouement, Michael Jackson a même occupé la première place du classement Billboard Global 200.

Habitué à battre des records de son vivant, il continue d’en établir même après sa disparition. Publiée en novembre 1982, « Billie Jean » est devenue la plus ancienne chanson à être numéro un du Top devant « Last Christmas » de Wham! (ndlr : sorti en 1984). 

Autre performance majuscule : Michael Jackson a rallié le cercle restreint des artistes ayant conquis la première place du classement Billboard 100 à titre posthume. Il rejoint David Bowie, Prince, XXXTentacion, Juice WRLD et Pop Smoke. « Son statut est tellement unique dans l’histoire que l’on continue à chercher son successeur. On a ainsi comparé Bruno Mars, Justin Timberlake, Chris Brown, The Weeknd ou encore Harry Styles. Michael Jackson est un baromètre. Il est unique par ses looks, sa silhouette et son personnage », clame Richard Lecocq. 

Un débat relancé autour de Michael Jackson

De son vivant, Michael Jackson a constamment fait la une des médias. Il en va de même aujourd’hui, bien des années après sa disparition.

Si la sortie Michael a été largement mise en avant, elle a également ravivé les débats autour des accusations visant « MJ ». Une partie de la presse a profité de l’occasion pour réexaminer, et parfois rejuger, l’artiste. « Plusieurs médias ont ressorti les vieux dossiers en laissant l’hypothèse ouverte concernant les accusations. Pourtant, il a été jugé innocent devant une cour de justice et pas n’importe laquelle. Pour plein d’autres stars, le jugement aurait suffi. Pour Michael, ce n’est pas le cas. Il a été pourchassé pendant une dizaine d’années par un procureur qui voulait sa peau », développe Olivier Cachin. 

Un avis partagé par Richard Lecocq. « Ils ont descendu le film, sans l’avoir vu pour certains. Le public a fait du biopic un succès mondial incontestable. Les médias réduisent les vrais fans à des complotistes. Il n’y a pas de prise de perspective et de recul au sujet du chanteur. Il existe un acharnement médiatique contre Michael Jackson. »

Certains observateurs remettent ainsi en question son statut d’intouchable. Michael Jackson a évolué dans une époque antérieure au mouvement #MeToo, où la parole des victimes était moins libérée et où le silence pesait souvent davantage dans l’espace public. « Les zones d’ombres autour de sa vie me poussent à croire que l’on ne sait pas tout. Bien qu’il n’ait pas été jugé coupable, je reste persuadé qu’il n’y a pas de fumée sans feu », insiste Nathan, ancien fan de l’artiste. 

Il faut dire que le biopic n’évoque à aucun moment les affaires extra-musicales du « King of Pop ». Le récit s’arrête en 1987, tandis que les premières accusations surviennent en 1993. 

Selon le site américain Variety, le film devait initialement s’ouvrir sur une scène montrant les enquêteurs arrivant au ranch de Neverland, afin d’y rechercher des preuves liées à des accusations d’agressions sexuelles sur mineurs.

Cette séquence a finalement été retirée au montage, à la demande de la succession de Michael Jackson, mais surtout en raison d’une clause incluse dans l’accord signé avec Jordan Chandler, interdisant toute représentation ou mention directe de ce dernier dans une œuvre cinématographique.

Michael Jackson a été mis en cause en 1993 par le garçon âgé de 13 ans. À cette époque, un accord financier d’environ 20 millions de dollars avait mis fin à l’affaire.

« MJ » est sans doute l’un des rares artistes disparus dont l’innocence continue d’être remise en question, des décennies après les faits. Pour rappel, il a toujours nié les accusations. 

En 2019, le documentaire Leaving Neverland réalisé par Dan Reed a remis de l’huile sur le feu. James Safechuck et Wade Robson racontent avoir été violés de façon répétée, lorsqu’ils avaient sept et dix ans dans la propriété californienne de la star. « Le documentaire a remis une pièce dans la machine. Il était complètement à charge avec aucune nuance. Le réalisateur pensait que ça allait permettre à d’autres plaignants de se révéler, mais ce ne fut pas le cas. J’ai pu l’interviewer. En 30 minutes de débat, il était dépassé par le sujet », affirme Olivier Cachin.  

J’écoute encore sa musique, parce qu’elle fait partie de ma vie, mais il y a toujours ce petit malaise qui revient en arrière-plan.

Pour beaucoup d’observateurs, Leaving Neverland a néanmoins modifié la perception publique de Michael Jackson. Plusieurs radios ont retiré la musique de « MJ » de leurs programmes. Cela n’a toutefois pas provoqué de boycott général. « J’écoute encore sa musique, parce qu’elle fait partie de ma vie, mais il y a toujours ce petit malaise qui revient en arrière-plan. Avant, je voyais surtout le génie. Aujourd’hui, j’ai du mal à séparer l’artiste de tout ce qui l’entoure », confie Zoé, auditrice de 45 ans. 

En réponse, la succession de MJ a engagé un procès civil attendu en novembre prochain. Les héritiers du chanteur réclament 400 millions de dollars de dommages et intérêts. « Si l’on observe l’affaire Michael Jackson de façon chronologique et légale, il est innocent. Il n’a jamais été jugé coupable de quoi que ce soit. Le documentaire Leaving Neverland et les témoignages comportaient des erreurs et des incohérences. Chacun est libre de penser ce qu’il veut, mais il est nécessaire de rappeler la vérité », poursuit-il.

On constate que l’amour du public pour sa musique reste intact. C’est la preuve que son art continuera de marquer les générations.

Un second volet centré sur les années de tourmente ?

Après les résultats probants au box-office de Michael, la suite a été officialisée. Entre 25 et 30% des scènes ont déjà été tournées durant la production du premier film. « Il y a tellement d’autres événements qui se sont produits, même pendant la période couverte par le premier volet, qui n’ont pas été abordés. Nous sommes donc absolument convaincus d’avoir un film incroyablement divertissant qui saura séduire à nouveau un public international à mesure que les pièces du puzzle s’assemblent », a expliqué Adam Fogelson, président du studio Lionsgate qui a produit Michael

Le producteur Graham King a également confirmé la nouvelle au micro d’AlloCiné. « Nous réfléchissons pleinement à la manière de poursuivre son histoire, mais nous verrons bien ce qui se passera. »

Mais alors que racontera Michael 2 ? Le film devrait se concentrer sur les années 1990 avec l’album Dangerous, la tournée HIStory et les scandales judiciaires. Le point d’orgue pourrait être le procès remporté en 2005. « Cela permettrait d’avoir une fin heureuse avec un carton explicatif sur les dernières années de sa vie. La suite doit humaniser son parcours et raconter les épreuves difficiles qu’il a dû affronter. Le film sera moins musical et plus dramatique », espère Richard Lecocq. 

Puisque l’actualité autour du « King of Pop » ne cesse de se prolonger, Netflix a annoncé la sortie de Michael Jackson : Le Verdict pour le 3 juin.

Le documentaire reviendra en détail sur son procès de 2005. Le chanteur avait été acquitté par le jury de l’ensemble des dix chefs d’accusation retenus contre lui, notamment ceux d’attouchements sexuels sur mineur. L’acteur, Macaulay Culkin, héros des films Maman, j’ai raté l’avion, y avait d’ailleurs démenti avoir été abusé sexuellement par Michael Jackson.

Pour conclure, une génération entière, née après la mort de Michael Jackson, a choisi de mettre en avant l’artiste plutôt que les controverses qui entourent son héritage. 

Cette forme de « réhabilitation post-mortem » semble presque inévitable, tant son empreinte artistique continue d’être présente. « On constate que l’amour du public pour sa musique reste intact. C’est la preuve que son art continuera de marquer les générations », conclut Olivier Cachin. 

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