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« Get Rich Or Die Tryin’ », autopsie d’un classique

« Get Rich Or Die Tryin’ », autopsie d’un classique

Il y a quinze ans Curtis Jackson se promettait avec pertes et fracas de devenir riche quitte à en mourir. Retour sur un album entré depuis dans la légende…

Considéré comme passé de mode au début des années 2000, le gangsta rap va renaître de ses cendres de la manière la plus étincelante qui soit en la personne de 50 Cent.

Ancien dealeur réchappé de justesse du destin qui lui était promis (la mort ou la prison), celui qui se faisait surnommé Boo Boo dans son Queens natal incarne alors le fantasme ultime de l’imagerie ghetto. Armé, tatoué et protéiné, il rappe à temps plein une vie où seul le crime paie. Une vie à laquelle il donne corps sans que quiconque ne remette en question sa crédibilité de rue.

Épaulé par Eminem et Dr. Dre, 50 est réputé invincible avant même que son premier album ne sorte.

Et puis le 6 février 2003, Get Rich or Die Tryin’ arrive finalement dans les bacs, rencontrant le succès sans précédent que l’on sait.

Quinze ans après l’onde de choc se fait-elle toujours autant sentir ? Réponse titre par titre.

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1. Intro

Le bruit d’une pièce d’une pièce d’un demi-dollar qui tournoie, celui d’un gun en train d’être chargé, sans même qu’un mot soit prononcé le programme est annoncé.

2. What Up Gangsta

Après avoir dédicacé et les Crips et les Bloods avant même le premier couplet, sur une instru des plus martiales Fiddy proclame son invincibilité en se comparant ouvertement à un Superman du ghetto.

Le genre de son tellement crapuleux qu’il donne envie de braquer sa propre caisse.

3. Patiently Waiting (Ft. Eminem)

Cette première (et meilleure) collaboration avec son « favorite white boy » prouve de la façon la plus éclatante que l’alchimie entre les deux hommes n’était absolument pas feinte.

Si Eminem (qui assure également la prod) a beau jeu de comparer son poulain à un mélange de 2Pac et de Biggie, il ne lui en vole pas moins la vedette en sortant l’un des meilleurs couplets de sa carrière.

4. Many Men (Wish Death)

Peut-être le morceau le plus emblématique de l’album tant il concilie le sens de la mélodie de son auteur et la crudité de son univers.

Fifty n’hésite en effet pas à citer nommément Darryl ‘Hommo’ Baum, l’un des principaux suspects de la fusillade dont il a été victime et qui a été retrouvé mort trois semaines après les faits.

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5. In da Club

Au-delà des chiffres, le single sans qui l’histoire aurait pris une tournure bien différente.

Du refrain au gimmick (« Go, shawty/It’s your birthday ») en passant par la ligne de basse, In Da Club s’est imposé non seulement comme un phénomène culturel, mais aussi comme le mètre étalon du banger rap.

Encore merci aux D12 pour avoir décliné le beat.

6. High All the Time

Boxeur assidu dans sa jeunesse, 50 Cent partage avec Jay Z le fait de n’avoir jamais vraiment bu ou fumé, et ce même lorsqu’il vivait la vie de quartier.

Cela ne va cependant pas l’empêcher de dédier un morceau à la première personne aux joies de la défonce, et ce parce que de son propre aveu il voyait « d’autres artistes vendre 500 000 disques en abordant ce sujet ».

7. Heat

Pour sa seconde production de l’album, Dre remplace audacieusement la batterie par des coups de feu.

Galvanisé, Fiddy fanfaronne que ni le succès, ni la gloire, ni les billets ne l’empêcheront de faire ce qu’il a à faire. Gangsta jusqu’au bout, il va jusqu’à mettre au défi le procureur d’utiliser cette piste comme pièce à conviction en cas d’homicide.

8. If I Can’t

Hymne à la motivation aussi percutant qu’entraînant, If I Can’t a manqué de peu d’être le lead single de GRODT en lieu et place d’In Da Club.

Selon Eminem, 50, Paul Rosenerg, Chris Lighty, Jimmy Iovine et lui étaient tellement partagés sur ce choix qu’ils ont fini par trancher en jouant à pile ou face.

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9. Blood Hound (Ft. Young Buck)

Sur une instru dégingandée, Young Buck fait son entrée dans le grand bain.

Alors que les premières notes sont pleines de promesses, le titre a cependant du mal à tenir la distance, notamment à cause d’un refrain un peu faiblard, mais aussi à cause de ce parti-pris vite rébarbatif de faire résonner chaque fin de phrase.

10. Back Down

Attaque frontale du « New York City’s own bad guy » contre toute la clique Murder Inc. (l’histoire se souviendra de Cadillac Tah et Black Child au moins pour ça), ce clash brise un tabou en désignant ses destinataires par leurs « government names ».

Après musicalement parlant, c’est loin d’être l’un des sommets de l’album. Et de deux fillers de suite ?

11. P.I.M.P.

Version non remixée du troisième single, cette ode fictionnelle au proxénétisme s’inscrit dans la lignée de High All the Time, un petit côté cartoonesque (et misogyne) en plus.

Un hit gentiment entraînant mais sans plus qui quinze ans après est toujours joué régulièrement en soirées. Et tant pis si le clip offre son lot de moments gênants, à commencer par Fiddy qui sort son « bâton magique » sans que personne ne lui ait rien demandé.

12. Like My Style (Ft. Tony Yayo)

Un egotrip efficace tout ce qu’il y a de plus classique où Tony Yayo vient jouer au sidekick sur une prod de Rockwilder.

À noter que Fiddy y dévoile l’une des recettes de son succès lorsqu’il admet le plus tranquillement du monde « I’m a New Yorker, but I sound Southern » – la balle qu’il a reçu dans la joue lui ayant donné ce flow lancinant très connoté Dirty South.

13. Poor Lil Rich

Peut-être encore plus que les armes à feu, étaler à qui veut l’entendre sa vie de nouveau riche est le thème préféré de la discographie de Curtis Jackson.

Un peu comme Biggie avec Juicy ou Jay Z avec In My Lifetime, pressentant son arrivée au sommet, il rappe ici tout son soulagement d’être sorti de la misère.

14. 21 Questions (Ft. Nate Dogg)

« Alors qu’une chanson d’LL Cool J tournait dans ma caisse, la fille qui était avec moi semblait particulièrement l’apprécier. C’était une chanson douce, mais elle lui faisait tellement d’effet que je me suis dit qu’il me fallait un titre qui accroche les filles de la même façon. »

Un sample de Barry White et un refrain de Nate Dogg plus tard, le tour est joué.

15. Don’t Push Me (Ft. Lloyd Banks & Eminem)

Retour à la street toute testostérone dehors avec cette première apparition du poto Lloyd Banks et la seconde du Slim Shady.

Une fois encore, 50 prévient qu’il n’est pas le genre de personne qu’il faut s’amuser à tester, ce qui après quatorze pistes dans le même ton commence un peu à sonner répétitif.

16. Gotta Make It to Heaven

Assez ironiquement ce très correct dernier track avant les bonus pèche à cause de son refrain bien trop banal et mollasson.

Dommage, il y avait matière à mettre fin aux débats sur une note plus élevée.

17. Wanksta

Présent sur la mixtape No Mercy No Fear puis incorporé à la BO de 8 Mile, ce premier titre de l’ère Shady/Aftermath condense à lui seul tout ce qui fait la force et l’efficacité de 50 Cent au micro.

« Damn homie! In high school you was the man homie! », punchline de l’album ?

18. U Not Like Me

Histoires de guns, rimes sur les guns, menaces de sortir son gun… S’en est parfois à se demander si Fifty n’était pas sponsorisé par la NRA.

Là encore une piste ressortie des années pré-fusillade/Eminem.

Solide.

19. Life’s on the Line

Repris du jamais sorti Power Of The Dollar, un morceau clairement pas des plus subtils, mais qui compense par une agressivité sans limite. Et pour cause, il s’agit de sa première attaque contre Ja Rule et son crew.

Le verdit quinze ans après

Qui osera remettre en question le statut de Get Rich or Die Tryin’ ?

Monument du rap tant pour son impact commercial que culturel, le disque présente tout de même de sacrées lacunes – dont beaucoup avaient été relevées à l’époque par la critique soit dit en passant.

Si le son proposé n’a pas vieilli, difficile en revanche d’en dire autant des textes tant ces derniers étaient directement corrélés à l’aura de son auteur plus qu’à une quelconque qualité littéraire. Trop premier degrés, trop caricaturaux, en 2018 ils tiennent parfois de la parodie.

Autre reproche : de nombreux titres se ressemblent. Non pas qu’ils soient fondamentalement mauvais (quand bien même certains se révèlent assez dispensables), mais à force de gémellité, ils finissent par former une sorte de ventre un peu mou dans la seconde partie.

Si pour l’album parfait il donc faudra repasser (a-t-on d’ailleurs le droit de lui préférer ouvertement Beg For Mercy ?), GRODT n’en reste pas moins une tuerie que ce soit niveau ambiance, refrains et singles.

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