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« Première Consultation » de Doc Gynéco est-il toujours un classique ?

« Première Consultation » de Doc Gynéco est-il toujours un classique ?

Sorti le 15 avril 1996, l’album vient de fêter ses 25 ans…

Première Consultation de Doc Gynéco n’est peut-être ni meilleur album de l’histoire du rap français, ni le plus vendu, mais il est dans les cœurs le préféré de beaucoup.

Pensé par la major Virgin et le Secteur Ä pour propulser Bruno Beausir, 22 ans, sur le devant de la scène (budget maousse, enregistrement à Los Angeles, orchestration live à la Chronic de Dr. Dre…), au-delà des chiffres de ventes pas toujours très clairs (700 000 exemplaires ? 1 million ?), il a permis à lui seul ou presque de faire franchir au rap un nouveau cap de popularité.

Chronique morceau par morceau de ce CD rose Barbie écrite un œil dans le rétroviseur.

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1. Viens voir le docteur

Première piste, premier single et première bombe.

Ne s’embarrassant d’aucun préliminaire, le Gynécologue conte l’entrée dans l’âge adulte de l’une de ses patientes, non sans prendre un malin plaisir à lister les désillusions qui vont avec (les rêves de gloire, la réalité du monde du travail, le mariage…).

Rempli jusqu’à ras bord de références aux nineties (la presse papier adolescente, le PSG de David Ginola, les numéros de téléphone à huit chiffres…) et de rimes salaces (clairement ce « Tu viens d’avoir 15 ans, mmmmh intéressant » serait impensable aujourd’hui), Viens voir le docteur pose sans détour l’ambiance et le personnage.

Ajoutez à cela une instrumentale au mixage d’anthologie, et il semble quand même difficile de faire meilleure première impression.

REP Luke Perry.

2. Dans ma rue (High for the Chronic!)

Enfant du 18ème arrondissement parisien, le Doc’ propose sa visite guidée toute personnelle de son quartier de Porte de la Chapelle.

Sur fond de sirène californienne, le « patron du style » nous immerge ainsi dans un monde où, certes le vice est roi, mais la bonne humeur permanente (les clodos sont sympas, les flics n’en font pas trop et globalement toutes les communautés cohabitent sans trop d’esclandre).

Qu’importe si c’est un peu trop Benetton pour être vrai, on a envie d’y croire.

« Et tu le sais ! »

3. Nirvana (featuring Nanci Fletcher)

Le morceau sans lequel Première Consultation ne serait pas vraiment Première Consultation.

Single sur le suicide, Nirvana c’est Bruno Beausir qui tombe le masque du branleur pour épancher tous ces tourments qui déjà le rongeaient.

La crise comme seul horizon, les idoles qui débarrassent une à une le plancher, les lascars qui tirent trop vite, les trous qui se multiplient dans la couche d’ozone… c’est pas joyeux-joyeux tous les jours dans sa tête, d’autant plus que le succès tend à aggraver les choses.

À nouveau ultra-référencé (l’homme politique Pierre Bérégovoy, le pilote de F1 Ayrton Senna, l’acteur Patrick Dewaere… tous partis avant l’heure), le texte ne se perd cependant pas dans une quelconque posture ou provocation facile.

Malheureusement, c’était sincère.

4. Passement de jambes

Re-re-re-changement d’ambiance avec cette ode au ballon rond introduite par la légende marseillaise et futur poto de l’UMP, Basile Boli.

À tous ceux qui se demandent à quoi pouvait bien ressembler le foot dans les années 80/90, la réponse tient dans ces trois couplets – des héros tricolores Canto & JPP, aux plus anecdotiques jeu vidéo Kick Off et dessin animé Olive & Tom.

Notez qu’il s’agit là du septième single de l’album (!). Sorti en préparation de la Coupe du monde 1998, il marquait les deux ans d’exploitation de l’album (!!).

Autre époque.

5. Né ici

Dire de Doc Gynéco qu’il est plus branché culture française que pop culture amerloque relève de l’euphémisme tant il se plaît à disséminer les clins d’œil au patrimoine hexagonal, comme ici la ligne « Les seringues mortes se ramassent à la pelle » qui dérive du « Les feuilles mortes se ramassent à la pelle » du célèbre poème Jacques Prévert.

D’ailleurs à ce stade l’album, c’est à se demander si le concept n’a pas été de décalquer à la sauce rap les standards de la variété.

Nan mais sérieux : Viens voir le docteur c’est Cendrillon de Téléphone, Dans ma rue c’est Mon HLM de Renaud, Nirvana c’est Le poinçonneur des Lilas de Gainsbourg, Né ici c’est Belle-ile-en-mer Marie-galante de Laurent Voulzy, etc.

PS : sinon le remix (et le clip) avec MC Janick est aussi très cool

6. Vanessa

Avant Bella de Maitre Gims, mais après Gabrielle de Johnny, il y a eu Vanessa.

La chanson la plus porno du disque, ce qui n’est pas rien, son côté potache lui évite de trop sombrer dans le graveleux – et accessoirement de tourner en boucle sur Skyrock.

Cela n’a toutefois pas empêché l’intéressée de n’apprécier que très moyennement « l’hommage ».

7. Classez-moi dans la variet’

Brûlot contre l’américanisation des esprits, cette septième piste marque officieusement l’acte de naissance de ce rap qui ne s’embarrasse aucunement des codes et des valeurs de l’ancienne école, et qui au fil du temps finira par reprendre sans complexe dance et variétoche.

Était-ce vraiment l’intention du Doc’ qui comme ses potes du Ministère ne goûtait guère les délires des hiphopiens ? Il y a cinq ans, nous étions allés lui poser la question.

8. Les filles du moove

Autre texte qui n’a pas pris une ride.

Sociologue ès zoulettes, Gynéco raconte sous forme de comptine « ces femelles envoûtées par Chanel et Paco [Rabanne] » qui ne vivent que pour leur prochaine soirée.

Alors oui, certaines marques et modes ont depuis pris un coup de vieux (Kookaï, Morgan, les talons carrés…), mais cela n’empêche pas de penser très fort aux copines influenceuses et squatteuses de chichas qui de nos jours pullulent.

À la fois tendre, marrant et cruel, Les filles du moove clôt la première et meilleure partie de l’album.

9. Si tu crois que je pèze

Un truc qui frappe quand même pas mal à la réécoute de Première Consultation, c’est à quel point il annonçait la suite.

Preuve en est à nouveau avec ce morceau somme toute secondaire qui décrit la panade financière à venir dans laquelle son auteur va se retrouver (les embrouilles contractuelles au début des années 2000, le RSA au début des années 10…).

En revanche, il n’est absolument pas vrai que « plus personne n’aime le Doc Gyneco ».

10. No se vende la calle (featuring El Maestro)

Si le couplet du Doc’ vous rappelle vaguement quelque chose (« J’aaaaaaaaaai stoppé l’école et commencé l’alcool… »), ce n’est pas une vue de l’esprit puisqu’il est repris au premier morceau qu’il a enregistré en major, Histoire d’un mec.

Et si vous vous demandez qui peut bien être ce El Maestro qui pose ici en anglais et en espagnol, le storytelling officiel nous renseigne que le Doc’ l’aurait rencontré au hasard de ses pérégrinations dans les rues de LA.

L’anecdote est impossible à vérifier… comme tant d’autres anecdotes sur Première Consultation.

Étonnamment en effet, malgré la renommée de la galette, les coulisses de sa confection demeurent largement inconnues, pour ne pas dire mystérieuses, faute de témoins, (les producteurs Mariano Beuve et Ken Kessie nous ont quittés, le manager Thierry Planelle et le parolier Alexis Ouzani sont introuvables…).

11. Celui qui vient chez toi (Quand tu n’es pas là)

L’histoire d’un « adultère féroce avec un sale gosse » raconté du point de vue du sale gosse en question sur une instru plus laid back tu meurs.

Aurait mérité un refrain un peu moins mou du genou.

S’écoute en pensant très fort à Nicolas S. et Carla B. ?

12. Est-ce que ça le fait ? (featuring Passi)

L’histoire retiendra donc que la toute première fois où le personnage de manga préféré du rap français a été name droppé ce fut avec « En place, comme Vegeta le Super Guerrier de l’Espace j’ai mauvaise réputation et un cœur de glace ».

Les plus nostalgiques se souviendront également de l’énergie communicative du duo, des rimes en « -tique » qui finissent en « tac ! », et du passage rappé en créole du Doc’.

Largement de quoi faire oublier l’expression du refrain aujourd’hui devenue gentiment ringarde.

13. Tel père tel fils (Papa was a Rollin’ Stone)

Esquissée jusqu’à présent, la relation avec le paternel est abordée sans fard (l’absence, les voyages aux USA qui ne se feront pas, les ressemblances malgré tout…).

Un peu trop évident, le refrain piqué sans effort aux Temptation plombe toutefois un peu l’ensemble.

Dommage.

14. Première consultation

Dur, dur d’écouter cette dernière piste qui ressemble au mieux à un mauvais brouillon de Viens voir le docteur.

Qui a dit lourdingue ?

15. Ma salope à moi (Bonus track)

« Un Noir qui fait 39 passages radio par semaine avec un titre qui s’appelle Ma salope à moi, si c’est pas politiquement incorrect. »

Ça, c’est ce que répondait dans Libération Kenzi, le manager de la secte Abdulaï, à celles et ceux qui trouvaient son poulain un peu trop propre sur lui (ou pire, qui le traitaient de nouveau Solaar).

En vrai, passée la provocation du titre, la chanson flirte gentiment avec le féminisme des années de libération sexuelle (moins avec celui des néo-puritaines actuelles).

Verdict 25 ans après : le Illmatic du rap français ?

Écrire de Doc gynéco qu’il n’a plus été le même après Première Consultation relève de l’euphémisme pour quiconque l’a connu au moment des faits.

Sans parler du côté personnel, un peu comme Nas, artistiquement il n’a jamais réussi à maintenir le niveau – quand bien même Liaisons Dangereuses et Quality Street ne déméritaient pas.

Toujours est-il que mieux vaut avoir été que de ne jamais avoir été, et qu’en dépit de quelques défauts et imperfections, si vous n’aimez ni vraiment le rap, ni vraiment la variété, Première Consultation reste le disque qu’il vous faut.

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