« La vie est faite de sexe, d’amour et de peine. Et tout ce que je mets dans mon art, je le mets dans la musique », narre Tayc (ndlr : acronyme de Take All You Can, soit prend tout ce que tu veux). Répandre la joie et l’amour est la mission qu’il revendique.
Tayc peut se targuer d’être l’un des artistes les plus écoutés en France ces dernières années. Un succès national, mais aussi international, qui soulève des interrogations sur la place qu’il occupera, à terme, dans l’histoire de la musique tricolore.
S’il est encore trop tôt pour mesurer pleinement le chemin parcouru, une question se pose : se souviendra-t-on du run de Tayc dans plusieurs décennies ?
Près de dix ans après ses débuts, Tayc aborde un moment décisif de sa carrière avec la sortie de JOŸA, disponible sur toutes les plateformes depuis ce vendredi 15 mai.
Ce deuxième album pourrait lui permettre d’asseoir sa domination dans les charts. À 30 ans, Tayc apparaît plus que jamais déterminé à s’imposer durablement en haut de l’affiche.
Les premiers tournants : Nyxia et Fleur froide
Avant d’acquérir son statut actuel, Tayc a mis du temps à trouver sa singularité. Né à Marseille en 1996 de parents camerounais, il grandit dans les quartiers nord de la cité phocéenne. « Marseille est une ville qui te rend vraiment terre-à-terre et très humble », lâchait-il au micro de France Inter en juin 2025.
En 2013, il débarque à Paris avec l’objectif de se révéler au théâtre. En réalité, Tayc est destiné à se faire un nom dans un autre domaine : la musique.

Le jeune Julien Bouadjie Kamgang, de son vrai nom, est un fan incontesté de RnB. Ne-Yo, Chris Brown, Usher : Tayc vit pour ce genre importé des États-Unis. « J’ai toujours aimé le RnB, celui qui vient des États-Unis. (…) Alors quand ça arrive en France, ça me gifle. J’étais vraiment fan de l’univers américain, des love stories et du RnB », avouait-il en octobre 2025 à Red Bull.
De cette passion vont naître deux premières mixtapes : Alchemy (2017) et H.E.L.I.O.S (2018). Si les projets restent confidentiels, ils permettent à Tayc d’affiner sa proposition artistique et de gagner de l’expérience.


Sa signature vocale est déjà présente. « Tayc dégage une certaine sensualité dans ses chansons. Il est arrivé en tant qu’homme avec du RnB d’amour pour les adultes. Dans la manière d’écrire, on est sur du RnB de rue. C’est une version 2.0 de Singuila. Surtout, il chante pour de vrai. Il débarque à une période où les artistes RnB sont des feignants. Il a redistribué les cartes », analyse Hubert Macard, journaliste et animateur RnB.
C’est une rencontre avec un membre de la Sexion d’Assaut qui va tout changer un soir d’automne en 2017. « À l’époque, il n’avait pas de producteur, ce qui m’a étonné. En l’apprenant, j’ai changé mon fusil d’épaule : je ne voulais plus simplement collaborer avec lui, mais devenir son producteur. Tayc me faisait penser à D’Angelo avec sa voix aiguë », raconte Barack Adama.

Dès le départ, Barack Adama a une vision claire pour son poulain : remettre le R&B au goût du jour, à sa manière. Une conviction qui n’est pas forcément partagée par Tayc, qui voit depuis plusieurs mois, les portes se fermer devant lui à cause de ce style musical. « J’ai directement su où je pouvais l’amener. Je savais que l’on allait avoir du succès avec un public fidèle et engagé. Tayc pensait que bien chanter en France, ce n’était pas un cadeau. Certaines personnes lui ont même affirmé qu’il était trop fort pour que ça marche », poursuit l’interprète de « Zoné ».
Finalement convaincu par le discours de son mentor, Tayc rejoint le label H24 Music en 2018. Cela signe le début d’une grande aventure commune. Leur collaboration se matérialise l’année suivante avec le projet Nyxia, publié en trois parties distinctes.



Cette fois, Tayc propose un univers complet, teinté d’un RnB romantique et sensuel, saupoudré de sonorités africaines. L’afro love vient de naître.
Tayc prouve que l’on peut chanter l’amour avec spiritualité et une fragilité assumée. Le public ciblé se montre réceptif avec des morceaux comme « Moi, je prouve », « C’est lui » et « Promis juré ». Les bases sont posées. « Tayc privilégiait la mélodie. Il a su intégrer que l’écriture est aussi primordiale. Il est libre à 200% dans la création. Je l’aide simplement à s’améliorer sur certains points », ajoute son producteur.
La fusée est définitivement lancée en décembre 2020 avec la sortie de son premier album, Fleur froide. En quelques mois, il a su affiner sa musique, pour cette fois capter l’attention du grand public.

Le natif de Marseille sait chanter et danser avec une personnalité attachante. « Tayc a le souci du détail. Surtout, il a une superbe voix. Il ne surenchérit jamais pour prouver qu’il chante bien. Voir son application au quotidien, cela m’a permis de me pousser dans mes retranchements. Il m’a influencé à ce niveau », détaille Abou Tall, artiste et ancien membre de The Shin Sekaï avec Dadju.
Sa participation en duo avec Fauve Hautot dans l’émission Danse avec les stars en 2021, lui offre une exposition maximale sur TF1. En remportant le concours, il rentre dans le cœur de millions de téléspectateurs. « Je me suis dit que c’était l’occasion de me faire découvrir auprès d’autres personnes et pourquoi pas de leur faire apprécier mon univers », livrait-il auprès d’un journal local.

Le résultat parle pour lui avec des millions de streams sur les plateformes et l’obtention d’un premier disque de diamant (ndlr : soit plus de 500 000 exemplaires écoulés).
Tayc s’installe alors comme l’une des révélations majeures de la scène française et le porte-drapeau d’une nouvelle génération ouverte sur le monde.

Où le placer dans l’histoire ?
En 2017, Tayc débarque avec la ferme volonté de remettre le RnB sur le devant de la scène. Une décennie plus tard, force est de constater qu’il ne s’est pas seulement imposé comme un représentant du genre, mais bien plus que ça. « Je le mets dans le top 5 du RnB tricolore. On se souviendra de lui dans 30 ans. Ça fait une décennie qu’il est présent et ce n’est que le début », affirme Abou Tall.
Le ranger dans une seule case serait réducteur. L’artiste marseillais s’est rapidement affranchi de ces frontières pour proposer une musique plus large, riche en influences et en sonorités. Tayc mêle gospel, soul, blues, pop, afro et RnB. « Il a fait renaître le RnB français en appuyant sur l’afro. Toute une scène et un public sont nés de son style », rappelle Barack Adama.

D’autres pointent toutefois cette identité musicale difficile à enfermer dans un seul registre. « Tayc n’a pas encore d’album classique RnB, donc je ne le mettrais pas dans un top 10 all time. Sa discographie n’est pas uniquement influencée par le RnB. Il penche davantage vers de l’afro. J’aurais voulu qu’il en fasse à 100%. Cela crée une frustration », déballe Hubert Macard.
Comme Dadju, Gims ou encore Aya Nakamura avant lui, Tayc a influencé une génération entière. « Quand il est arrivé dans le game, il a changé quelques règles du jeu. Sur scène, les artistes ne performaient plus avec des danseurs. Tayc a remis cet aspect au goût du jour. Aujourd’hui, ils font comme lui », enchaîne son producteur.

Un impressionnant run
Depuis la publication de Fleur froide, Tayc n’a pas chômé. En dehors des featurings (Niro, Monsieur Nov, B Young, JuL, Naza, Hamza, Camille Lellouche, Zaho, Alonzo, Gims, etc.), il a aussi envoyé plusieurs projets.
En 2021, Tayc signe la bande originale de la série Netflix Christmas Flow, dans laquelle il apparaît. En 2023, il revient avec l’EP ROOM 96, puis enchaîne en 2024 avec Héritage, un album en collaboration avec Dadju, ainsi que la mixtape TESTIMONY.
Un run conclut par deux shows devant 80 000 personnes à la Défense Arena de Paris les 30 novembre et 1er décembre. « Il y avait de la danse, du chant et de la qualité musicale. C’était le meilleur concert que j’ai vu de ma vie, tout simplement », avance Abou Tall.

Certains observateurs estiment néanmoins que cette omniprésence ne suffit pas encore à faire de lui un artiste unanimement reconnu.
Mais alors que tout lui réussit, Tayc souhaite mettre sa carrière sur pause, voir l’arrêter définitivement. En cause : un trop-plein et le décès de son manager, Kévin Corne. Le choc est profond. Seul un retrait auprès de sa famille semble réparateur. Il veut se recentrer sur l’essentiel.
Quelques semaines plus tard, contre toute attente, Tayc programme un concert symphonique au Théâtre des Champs-Élysées à Paris, prévu le 10 novembre 2025. La date est sold-out en une heure et demie. La nouvelle s’accompagne d’une annonce majeure : il sortira son deuxième album, JOŸA, le 15 mai 2026.
JOŸA, un moment charnière
JOŸA lance officiellement la nouvelle ère artistique de Tayc. Cinq ans après avoir explosé aux yeux du grand public, il arrive à un tournant. « Il comprend encore mieux comment raconter et chanter l’amour. Cela peut être l’album où il devient réellement Tayc et délaisse toutes ses influences », souligne Hubert Macard.
Ce disque apparaît comme un véritable test, celui de la confirmation. JOŸA doit lui permettre de répondre à ceux qui doutent encore de sa capacité à s’imposer durablement au sommet.

Car malgré les chiffres, les tournées et l’engouement de son public, certains continuent de voir en lui un chanteur de passage, porté par une vague. « Tayc arrive dans le second cycle de son parcours et c’est le plus dur. La plupart des artistes deviennent démodés. Les plus tenaces passent ce cap avec détermination », clame Barack Adama.
En tout cas, Tayc a vu les choses en grand pour marquer son retour : un court-métrage intitulé JOŸA : La Naissance, deux concerts à la Seine musicale de Paris en guise de release party, trois shows à l’Accor Arena les 1, 2 et 3 juin 2027 et un album de 20 titres.
JOŸA pousse encore plus loin l’univers de Tayc afin de faire émerger un nouveau genre : la Joy. Le projet s’articule autour d’un storytelling incarné par le personnage de JOŸA.
Cette figure fictive s’inspire du dernier esclave américain, resté joyeux malgré la brutalité de son existence. À travers ce récit, Tayc développe un fil conducteur fort, où la musique devient un vecteur de résilience, de lumière et de dépassement de soi.

En filigrane, Tayc ne se contente pas de proposer un album, mais un monde entier, où l’émotion et le sens prennent une place centrale, au service d’un message rempli d’espoir. Il revendique aussi une évolution introspective liée à la paternité, son âge et un besoin de transmettre. « Joÿa est la représentation même de la joie. Peu importe par quoi tu es passé, ton histoire, tes racines… chaque histoire humaine est faite de cicatrices et de blessures. On minimise souvent le fait d’être joyeux, mais c’est un vrai trésor dont on doit prendre soin », rapportait-il chez Maritima.
Au niveau des collaborations, le chanteur compose un casting XXL (RnBoi, Lara Fabian, Masego, Aya Nakamura, Tessa B et Mounir), où chacun apporte sa couleur à l’album.

Comme à son habitude, Tayc s’implique dans le marketing de son nouvel opus. Pour mettre en avant « GIRLFRIEND », il exploite les nouveaux codes des réseaux sociaux, en particulier de TikTok.
Le morceau s’appuie sur un sample de « Rock My World » de Michael Jackson. Le chanteur capitalise sur l’engouement autour du biopic consacré au roi de la pop afin de teaser le premier single de JOŸA. Un choix payant puisque le titre cumule des millions de streams sur les plateformes.
À cela s’ajoute une grande nouvelle : Tayc fait partie du jury de la saison 2026 de The Voice sur TF1 en compagnie de Florent Pagny, Lara Fabian et Amel Bent. Une exposition télévisuelle de premier plan qui accompagne parfaitement la sortie de son nouvel album. « Je remercie Dieu chaque jour d’avoir été sélectionné pour être coach dans cette émission. Ce sont des émotions que je n’ai encore jamais ressenties en vingt-neuf ans de vie », glissait-il.

Toucher un public toujours plus grand
Avec JOŸA, l’ambition est claire : tout casser à l’international. Il faut dire que Tayc a déjà goûté au succès à l’étranger. Ses plus grands hits comme « N’y pense plus », « Le temps » ou encore « D O D O » ont tourné partout. « Le style de Tayc est davantage consommé à l’étranger. Près de 50% de ses streams proviennent du reste du monde », révèle Barack Adama.
En 2024, Tayc a même conquis l’Asie et plus précisément l’Inde et le Sri Lanka avec un remix de « Le temps », devenu « Yimmy Yimmy » avec Jacqueline Fernandez, Rajat Nagpal et Shreya Ghoshal. Résultat : 66 millions de streams sur Spotify et 286 millions sur YouTube.
Cela lui a permis d’être le second artiste tricolore le plus écouté sur la plateforme suédoise durant l’année juste derrière David Guetta, mais devant Justice et DJ Snake. « Je savais que ça ferait des chiffres, mais à ce point-là… c’est dingue », confessait-il chez France Inter.
Que ce soit en solo ou aux côtés de Dadju, le chanteur a déjà mené des tournées à l’échelle mondiale, avec des passages en Europe, en Afrique et en Amérique du Nord. Autrement dit, Tayc a amorcé son implantation « Une grosse tournée française est aussi au programme pour 2027 », conclut Barack Adama.

JOŸA doit désormais lui permettre de confirmer son statut de star en France, tout en visant une reconnaissance encore plus large aux quatre coins du globe.
Reste à savoir s’il pourra s’inscrire dans la durée, dans un paysage musical en constante évolution.