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Volts Face: « Je n’ai pas besoin de jouer un rôle » [INTERVIEW]

Volts Face: « Je n’ai pas besoin de jouer un rôle » [INTERVIEW]

Volts Face débarque avec un troisième album et se livre en interview…

Présent dans le game depuis de nombreuses années, Volts Face a décidé de s’ouvrir dans un troisième album introspectif baptisé Saitama. Toujours aussi affûté, celui qui a arrêté le rap pendant un temps démontre qu’il en a encore dans le coffre. Technique à souhait et à l’aise sur un bon nombre de thèmes, le frère d’Hayce Lemsi a offert à son CV l’une de ses meilleures lignes. Cela valait bien une interview en bonne et due forme chez Booska-P, dans laquelle le rappeur du 17ème n’a éludé aucun sujet.

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Comment tu te sens, à l’heure de la sortie de ton troisième album ?

C’est déjà le troisième, ça passe vite (rires) ! Je ne te cache qu’aujourd’hui, c’est spécial, ça fait quatre ans que je n’ai rien sorti tout seul. Je vois le rap game changer en bien comme en mal, je le vois évoluer. Forcément, je n’ai pas la même assurance, après autant d’absence, tu peux te poser des questions. Mais vu les retours que j’ai, ça va, l’album plaît, j’en suis content.

Le titre du projet, Saitama, ça vient du manga One Punch Man ?

Moi, je suis un grand fan de manga, j’en ai maté un milliard dans ma vie. Le personnage qui m’a le plus marqué, c’est Saitama. Pourquoi ? Parce qu’il s’en bat les cou*illes de tout, c’est incroyable. Il va à l’encontre de tout ce que tu peux retrouver dans les mangas habituellement. Après, il y avait aussi l’image de One Punch Man, celui qui peut tuer en une frappe, ça correspond à ma manière d’écrire et d’envoyer mes punchlines.

Dans mon projet, t’as du kick, du hardcore, mais aussi certains thèmes qui rappellent qu’il faut avoir de l’espoir

J’ai l’impression que ton album se découpe en deux parties, l’une calme et l’autre plus nerveuse…

A la base, je ne voulais pas partir sur un projet de 18 ou 19 titres. Je cherchais une bonne manière de mettre 14 titres en avant pour avoir un opus complet. Le problème aujourd’hui dans le rap, c’est que c’est A ou B, jamais les deux. Tu as des morceaux grave hardcore, alors que d’autres, c’est tout l’inverse. On a l’impression qu’il n’y a plus vraiment de thèmes, je me sens moins représenté. Il y a très peu d’artistes que je suis réellement à cause de ça. Quand je rappe, je suis plus dans l’espoir, c’est ce que j’ai envie de donner. Je ne suis pas du genre à dire que tout est foutu, que rien n’est impossible. On entend beaucoup de mecs de rue dire avec fierté qu’il faut vendre de la drogue. T’as des mecs qui viennent aussi de la rue, mais qui s’en sortent autrement, sans rentrer dans l’illégal. Dans les quartiers, t’as des chefs d’entreprise, des avocats, ce qui fait qu’on peut réussir. Le projet est construit comme ça, t’as du kick, du hardcore, mais aussi certains thèmes qui rappellent qu’il faut avoir de l’espoir.

T’as balancé un interlude pour mieux rythmer le projet

Il est placé au milieu, car t’avais un enchaînement de morceaux plutôt calmes. Je voulais redémarrer la machine, faire quelque chose de plus sale. Mon interlude est hardcore, je n’ai pas fait dans l’interlude classique, avec quelques mots, dans une ambiance tranquille, non, ce n’est pas mon truc.

Dans les thèmes, t’es arrivé avec quelque chose d’honnête…

(Il coupe) C’est exactement ça. Je me suis montré tel que je le suis vraiment. J’ai l’impression qu’il y a plein de rappeurs qui n’assument pas ce qu’ils sont, qu’ils ont honte d’assumer leur choix. Certains sont peut-être obligés de s’inventer une image pour vendre, moi, je m’en bats les cou*lles. Le rap, ce n’est que de la musique. Ce n’est pas parce que tu n’as pas fait telle ou telle chose que tu ne peux pas faire de rap. En 2018, la musique s’est vraiment ouverte à tout le monde, ce qui n’était pas encore le cas il y a 4 ou 5 ans. Tout le monde peut en faire, tu peux venir d’où tu veux et rapper. Que tu sois américain, français ou chinois, tout le monde peut marcher. Il n’y a plus d’interdiction, tout le monde a sa place, notamment grâce aux réseaux sociaux et YouTube. C’est encore plus ouvert et c’est tant mieux.

Tu t’es par exemple ouvert à de nouvelles productions. Avant, tu disais que tu n’écoutais pas de rap américain et là, il y a une ambiance qui rappelle les Etats-Unis.

Je vois ce que tu veux dire, même si je n’écoute toujours pas de rap ricain, car je ne capte pas les paroles (rires) ! Moi, quand j’écoute du rap, j’ai besoin de tout comprendre. Mais oui, il y a une influence américaine sur mon projet, j’aime leur manière de faire des tubes, d’arriver avec des sons assez ouverts. G-Eazy par exemple, ça fonctionne. Le petit Jaden Smith aussi est fort, tu ne peux passer à côté de son titre Icon. Je kiffe, mais ce n’est pas ce que je vais mettre en premier dans ma playlist. Ce que je voulais, au niveau des productions, c’est de me rapprocher des univers un peu à la Drake. Avec des instrus à la fois sombre et ouvertes. Il faut savoir se mettre au goût du jour, j’ai aussi changé de flow. Cela faisait quatre ans que j’étais dans le même délire, les gens devenaient fous : « t’es toujours avec le même flow« , « t’es juste capable de faire des punchlines« , etc.

J’ai reçu quelques critiques à cause de morceaux jugé trop ouverts, mais je me dois d’évoluer. Je ne peux pas rester enfermé, c’est impossible

T’en parles dans ton morceau On m’a dit.

Oui, d’ailleurs je dis aussi « je m’en fous de faire des tubes » (rires). En fait, je veux juste faire ce qui me plaît. J’ai reçu quelques critiques à cause de morceaux jugé trop ouverts, mais je me dois d’évoluer. Je ne peux pas rester enfermé, c’est impossible. Le problème, c’est que dès que les gens entendent tubes, ils voient ça comme quelque chose de péjoratif. En France, un tube, on te dit tout de suite que c’est de la m*rde. Tout le monde nous met dans des cases, alors si on commence à le faire nous-mêmes, on ne va pas s’en sortir.

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Tu te livres aussi, t’abordes de nouveaux thèmes : la trahison, les femmes.

Les meufs, ça vient de mon vécu. C’est une chose très personnelle, mais ça touché énormément de personnes. Je pense qu’on n’en parle pas assez. Dans le rap, la femme est souvent vue comme un objet, ou alors comme quelqu’un d’intouchable, ça tourne en rond. Mais une femme a aussi ses défauts, certaines sont pires que des mecs. J’en parle, je replace le truc dans le contexte. Pareil pour les gars, t’as des gens qui peuvent te trahir, des amis, etc. C’est un peu le fil conducteur du projet, la confiance.

C’était important pour toi de partager ton vécu ?

C’est quelque chose qui manque. Les rappeurs ne se livrent pas assez, pas besoin s’inventer une image. Tout le monde sait que dans la vraie vie, les rappeurs ne sont pas Al Pacino, ce sont des hommes comme tout le monde. Je trouve ça dommage de se faire passer pour quelqu’un d’autre. Faut ouvrir les yeux, on vit en France, pas dans le Bronx ou dans les favelas. C’est un pays dans lequel tu peux galérer, mais tu ne peux pas dire que tout est mort. Rien n’est impossible, tout est à faire. Dans un de mes sons, je dis « ils n’ont pas les cou*lles de refuser un featuring, mais les cou*lles pour faire un braquage ». Refuser un featuring, ça arrive, mais j’en veux à ceux qui disent oui et qui ne répondent plus.

Faut ouvrir les yeux, on vit en France, pas dans le Bronx ou dans les favelas

La mentalité que tu soulignes dans le game, c’est ce qui t’a poussé à arrêter la musique pendant un temps ?

Bien sûr. Quand j’ai arrêté la musique pendant un an et demi, c’était à cause de ça. Mais quand je suis revenu, le game avait changé. Il y a beaucoup d’arrogance chez pas mal de monde, c’est une question de mode, une histoire de transition. Moi je n’ai jamais fait de grosses ventes, mais je n’ai jamais été un rageux. C’est une vision en tant qu’homme.

Crédits Photos : Antoine Ott

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