Buzz

Alexandre Rodrigues : “Buscapé est un symbole d’espoir et cet espoir est partout”

Alexandre Rodrigues : “Buscapé est un symbole d’espoir et cet espoir est partout”

En 2025, La Cité de Dieu a été classé quinzième meilleur film du XXIème siècle par le New York Times. Personnage phare de ce chef-d’oeuvre brésilien sorti en 2002, Buscapé, jeune photographe témoin du quotidien ultraviolent des favelas, est celui qui a inspiré le nom du média Booska-P lancé trois ans plus tard à quelque 9150 kilomètres de Rio de Janeiro. Âgé aujourd’hui de 42 ans, Alexandre Rodrigues, qui incarnait Buscapé, sort aujourd’hui du tournage d’un film au Mexique dans lequel il joue le rôle de Pelé, la légende du football, et qui sortira cet été. Cette actualité ne l’a pas empêché de se poser quelques minutes pour évoquer les liens entre Buscapé et Booska-P.

Booska-P : Que t’inspire l’impact du personnage de Buscapé sur plusieurs générations de Français et en particulier sur ces trois jeunes français qui ont créé il y a vingt ans un média qui s’appelle Booska-P ?

Alexandre Rodrigues : Avant tout, je tiens à vous adresser mes sincères félicitations pour ces vingt années de travail acharné, de persévérance et de résilience. Je devine à quel point il a dû être difficile d’atteindre un tel niveau. Je suis fier de vous. Je vous souhaite encore 50 ou 60 années de parcours, et que votre trajectoire inspire celles et ceux qui viennent du même endroit que vous et moi. Je ne ressens rien d’autre qu’une immense gratitude pour ce que Dieu a accompli en moi. Lorsque je tournais La Cité de Dieu, je n’aurais jamais imaginé un tel impact, au Brésil comme dans le monde. Le succès se résume à cela : nous faisons ce que nous croyons juste, et Dieu agit selon ses desseins.



À quoi ressemblait ta vie avant d’être choisi pour ce rôle ?

J’étais lycéen, j’avais 18 ans, j’étais rempli de rêves. Je vivais dans un milieu très modeste, à Rio de Janeiro, là où je suis né. Je commençais à suivre des cours de théâtre.

Pourquoi les personnages de La Cité de Dieu, que ce soit Buscapé ou Zé Pequeno, sont-ils encore autant cités dans le rap français ?

L’explication tient à l’identité forte du film et de ses personnages. Les réalités des quartiers défavorisés sont universelles. Elles changent de lieu, de langue, mais le fond reste le même. Buscapé est un symbole d’espoir, et cet espoir est partout.



Avais-tu conscience de l’impact futur du film au moment du tournage ?

Aucun de nous n’imaginait que le film deviendrait un chef-d’œuvre du cinéma brésilien. Avant le tournage, nous avons suivi quelques semaines de préparation, une sorte de formation express où l’on apprenait le jeu d’acteur, l’improvisation, la relation à la caméra et la discipline d’un plateau. À l’époque, au Brésil, ce type de jeu très réaliste, porté par des acteurs noirs issus des classes populaires, existait très peu à l’écran. Les réalisateurs (Fernando Meirelles et Kátia Lund, ndlr) cherchaient justement des interprètes qui ne donnent pas l’impression de jouer. Sans le savoir, nous avons participé à l’émergence d’une nouvelle manière de faire du cinéma. Quelque part, nous avons été des pionniers.

Au fil des années, comment le film a-t-il continué à résonner, au Brésil et ailleurs dans le monde ?

Un jour, un Allemand m’a écrit pour me dire que le film l’avait aidé à arrêter de boire et à retrouver son fils. Il m’arrive aussi souvent de recevoir des messages de photographes qui me disent avoir été attirés par le métier grâce à Buscapé. Il y a une autre conséquence un peu bizarre. À Rio, le film a carrément créé une nouvelle forme de tourisme : le favela tour.


Plus de vingt ans après la sortie du film, qui dénonçait entre autres l’extrême pauvreté des favelas, quel regard portes-tu sur la situation sociale au Brésil ?

La violence et la pauvreté augmentent, à cause d’une corruption toujours omniprésente. Le pouvoir reste concentré entre les mains des élites politiques et économiques, qui cherchent à étouffer toute tentative de changement.

Il y a quelques années, la presse brésilienne a rapporté que tu étais devenu chauffeur Uber. Que retiens-tu de cette période ?

Cela a duré environ sept mois. J’étais dans une phase de transition professionnelle, avec des hauts et des bas… Il fallait bien travailler ! Mais j’ai réussi à retrouver la voie qui était la mienne. Dieu donne à chacun de nous un talent précis, et nous avons le devoir d’y répondre. Dans mon cas, c’est l’art de l’interprétation. La Cité de Dieu a désormais une version en série, et même si elle a été lancée mondialement, on continue de me demander ce que je deviens.



Quel est ton rapport à la France ? Il y a des artistes qui t’inspirent ?

Oui, bien sûr, mais pas des rappeurs. Là comme ça, je pense directement à Omar Sy, à Vincent Cassel et aux Twins. J’aimerais bien tourner un jour avec Omar Sy !

Propos recueillis par Matthieu Pécot

Top articles

Dossiers

VOIR TOUT

À lire aussi

VOIR TOUT