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Prince Waly, l’aventure d’une vie : Portrait

Prince Waly, l’aventure d’une vie : Portrait

En dévoilant l’EP BO Y Z vol.2 ce vendredi 15 décembre, Prince Waly poursuit son marathon. Depuis le début sa carrière, le rappeur originaire de Montreuil (93) s’est démarqué avec une patte artistique singulière. Reconnu par l’ensemble de ses pairs, le prince a laissé place au guide spirituel, destiné à un succès grandissant.

Ambassadeur de l’éclectique scène de Montreuil

Tout commence le 24 décembre 1991 pour Moussa. Issu d’une famille nombreuse, il fait ses classes à Montreuil, en Seine-Saint-Denis. Dans cette ville où règne une multitude de cultures, Prince Waly trouve ses marques et fonde les bases de sa vision artistique. « Moussa est un vrai titi de Montreuil. Il est indissociable de sa ville. Il fait partie des murs de Montreuil », explique Fifou, photographe historique du rap français. Dès ses premières années, Moussa se distingue par son sens du relationnel et son ouverture d’esprit. « C’était un enfant cocasse, marrant et très sociable, selon les dires de sa famille », confie Enchantée Julia, sa femme et artiste reliée au courant néo-soul.

C’est par le biais de ses grands frères qu’il tombe amoureux du hip-hop et de sa culture. « Il a été biberonné au rap français, au hip-hop américain et au R’N’B. On retrouve tous ces styles dans sa proposition musicale actuelle. Le rap est sa passion numéro un. Il est fait pour ça », développe-t-elle. Lunatic et Mobb Deep tournent en boucle dans sa chambre. Prince Waly est né et personne ne pourra l’arrêter. 

Crédit Photo : Fifou

Premiers pas dans le rap

Prince Waly ne veut pas brûler les étapes. C’est pourquoi il se lance dans le rude univers du rap en duo avec son ami d’enfance, Fiasko Proximo. Ensemble, ils forment les irrésistibles Big Budha Cheez. C’est seulement en 2013 que Prince Waly sort son premier morceau : Clean Shoes. Ce titre ne témoigne pas pour autant du début de sa carrière solo. 

Par la suite, il rejoint le collectif francilien Exepoq et se rapproche de Bon Gamin, composé d’Ichon, de Loveni et de Myth Syzer. Cette nouvelle connexion donnera naissance au premier projet de Prince Waly : Junior (2016). C’est à ce moment précis qu’il se présente au rap français avec une maturité artistique unique. « Lors de notre première rencontre en studio, j’ai directement capté qu’il était différent, par son charisme et sa manière de voir la vie. C’était presque un personnage céleste. Il a cette faculté à proposer du divertissement, tout en restant dans le don de soi. Il ne romantise pas son passé et n’a aucun discours moralisateur. Il a une aura qui incite les gens à le regarder », narre Crayon, son producteur. 

Prince Waly brille de mille feux grâce à une plume aiguisée, un sens prononcé du storytelling et une esthétique grandement influencée par les films américains des années 90 centrés sur le gangstérisme. « Je l’ai découvert en 2016 avec le clip de “Zéro” en featuring avec Ichon. Je me suis pris une véritable claque par le charisme du gars. Son côté new-yorkais était omniprésent », glisse Fifou. 

Le début de son aventure en solitaire est alors apparu comme une évidence. « Avec son aura et sa personnalité, il était certain qu’il allait se lancer dans une carrière solitaire. Il a eu une vie mouvementée, avec de sacrées épreuves. C’était obligatoire qu’il ait besoin d’extérioriser son vécu via l’écriture. C’est sa raison de vivre », indique Enchantée Julia.  

Crédit Photo : Fifou

Prince Waly indissociable de Moussa

En 2019, Prince Waly passe un cap avec le premier volet de BO Y Z. Le projet bouscule toutes les certitudes de l’artiste. Il s’ouvre musicalement avec les présences d’Enchantée Julia et d’Arthur Teboul (parolier du groupe de rock Feu! Chatterton). C’est le premier projet dans lequel il met en pratique son attrait pour le chant. Ces prises de risque renforcent sa versatilité musicale et perfectionnent sa plume déjà bien identifiée. « C’est un grand auteur. Il sait aussi chanter et faire des mélodies. Il dispose d’une palette assez complète », explique Julia. Pour Ford Strems, son DJ sur scène depuis 2017, Prince Waly rayonne avant tout par son interprétation : « C’est un interprète exceptionnel. Il parvient à faire vivre ses textes par son attitude et son personnage. »

Au fil des années, Prince Waly parfait son identité sonore, mais également son style vestimentaire. Le rappeur a toujours maîtrisé de bout en bout son image, que ce soit dans ses clips ou dans ses shootings. Il n’a jamais eu de styliste à ses côtés. Ainsi, il mélange le vintage et le moderne pour fonder ses propres codes. « Waly est simple à photographier. Il a du flow et une prestance incroyable. Il a aussi une dualité intéressante entre sa sagesse et son côté taiseux. Pour lui, je travaille à l’argentique. On adore tous les deux les beaux objets et l’artisanat. Prince Waly, c’est comme une boîte de macarons : minimaliste, mais puissant », s’amuse Fifou. Moussa est désormais indissociable de Prince Waly. 

Crédit Photo : Fifou

Un homme fédérateur 

Quelques mois après la sortie de BO Y Z, le temps s’arrête. À 27 ans, Prince Waly apprend qu’il est atteint d’un cancer rare du thymus. Il est stoppé en plein vol. Sa conquête du monde est mise en pause. « Son cancer représente une grosse claque. Quand tu passes près de la mort si jeune, cela remet tout en question », livre Enchantée Julia. 

La maladie se transforme en un long combat intérieur et en l’épreuve d’une vie. Cela ne l’empêche pas de rester lui-même et d’être présent pour ses proches, fortement impactés par son état de santé incertain. « Moussa m’a en partie sauvé. Au moment de notre rencontre, je vivais une période assez sombre. Je me battais contre mes propres démons. Moussa était lui dans une bataille imposée par la vie. Le contraste était poignant. Depuis que je le connais, je vois les choses différemment », avoue Crayon. Pour Fifou, Prince Waly est un personnage atypique dans le paysage du rap français. « La première chose qu’il fait en te voyant, c’est de demander des nouvelles de ta famille. Il a ce truc “hors game”. C’est beaucoup d’amour. Il a aussi ce côté fédérateur et solaire. Quand tu le vois, tu repars avec le sourire. Sa maladie a décuplé son côté humain. ».

Après plusieurs années de lutte physique, Prince Waly trouve le chemin de la rémission. Une nouvelle remarquable qui va rapidement se suivre d’un retour en musique pour l’artiste. Moussa, son premier album, est délivré le 30 septembre 2022. L’interprète de Walygator n’a pas perdu de sa superbe, bien au contraire. Il se présente dans une forme olympique avec un message à délivrer. La recette de Prince Waly est toujours présente, même si, magnifiée par un récit introspectif. Jamais auparavant il n’avait osé partager à ce point son intimité. Le rappeur n’avait pas envie de cacher l’épreuve la plus importante de sa vie à son public. « Sa relation avec son public, c’est quelque chose. Leur connexion est naturelle à chaque concert. C’est toujours un moment d’échange. Sur scène, je ne le back jamais. Cela briserait le lien et la proximité qu’il a avec ses fans », certifie Ford Strems.

Avec Moussa, Prince Waly rencontre un succès d’estime et attire l’approbation générale. « Il y a une telle bienveillance et un respect autour de lui. Tout le monde a envie de faire partie de son voyage. C’est quelqu’un qu’on a envie de connaître », reprend le producteur parisien. 

Un retour aux sources

BO Y Z vol.2 représente un retour aux sources pour Prince Waly, qui a besoin de vivre avant de se lancer dans un nouvel album profond. L’EP se veut davantage “superficiel” dans les thèmes abordés. Il reste néanmoins un tour de force efficace. Prince Waly se renouvelle avec de nouveaux schémas de rimes. Il ne semble pas avoir de plafond de verre et parvient toujours à surprendre

Crédit Photo : Fifou

Prince Waly est destiné à traverser les époques et sa carrière ne fait que de commencer. 

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