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En immersion au Demi Festival, une institution à part

En immersion au Demi Festival, une institution à part

Crédit photo : © Kevin Di Chiappari 2022

On s’est rendu quelques jours chez le rappeur Demi Portion, à Sète, pour vivre de l’intérieur la sixième édition de son Demi Festival.

Pour les fans de rap et de musique en général, l’été rime souvent avec saison des festivals. Si certains d’entre eux sont en quête de démesure en optant pour les plus grands événements possibles et imaginables, d’autres préfèrent l’ambiance plus intimiste de manifestations plus modestes. Et si ce dernier adjectif colle parfaitement à la personnalité de Demi Portion, le terme « généreux » serait bien plus approprié pour qualifier le Demi Festival. A raison que celui-ci n’a définitivement de demi que le nom.

Bien entendu, tout ça, la planète rap le sait déjà. Mais cette année, c’est à nous d’en témoigner puisqu’on s’est rendu sur place pour prendre nous-même la température. Et quand bien même entre le 10 et 13 août 2022 à Sète, la chaleur était étouffante avec un mercure approchant les 40 degrés en journée, c’est bien dans les gradins et sur la scène du Théâtre de la Mer que le climat était le plus bouillant. Est-ce vraiment étonnant quand on parle de célébrer la gloire du rap français indépendant et de la culture hip-hop ?

Le Demi Festival, la Mecque du rap français indépendant

Organisé depuis 2016 dans la ville natale de Demi Portion, le Demi Festival se donne chaque année pour mission de rassembler la crème de la crème du rap français (et francophone) indépendant. Pour cette édition 2022, c’est près d’une quarantaine d’artistes qui a répondu à l’appel du maître de cérémonie et héros local, Demi P.

Parmi eux, des noms historiques du rap français tels que Sniper, Busta Flex, Alkpote, Médine, DJ Djel de la Fonky Family, Rockin’ Squat du groupe Assassin, mais aussi Nessbeal, qui signait son premier concert depuis son grand retour dans le game avec l’album Zonard des Étoiles. Avec eux, d’autres figures fortes de la scène rap underground comme L’Uzine, Furax Barbarossa, Rocé ou encore Sameer Ahmad. Mais ce n’est pas tout, puisqu’en plus de donner la part belle aux rookies et jeunes talents locaux, Rachid et son équipe ont eu à cœur de mettre en avant la portée internationale du festival. C’est ainsi qu’Isha et Scylla sont venus représenter le rap belge, tandis qu’El Grande Toto a eu l’honneur d’être le premier artiste du Pays du Couchant Lointain à intégrer le lineup du Demi Festival. La star de la scène rap marocaine a bien failli rater la fête à cause d’un refus de visa, mais heureusement pour lui et pour nous, les dieux du hip-hop se sont montrés cléments. Ouf.

Avec tous ces noms successifs, les mauvaises langues pourraient alors arguer que seuls sont invités des artistes de niche ou des MC dit « à l’ancienne » dans le but de satisfaire un public de puriste. Mais la vérité est ailleurs. Qu’ils soient étiquetés « old school » ou « new school », qu’ils soient plus ou moins connus, les artistes à l’affiche du Demi Festival sont avant tout des véritables passionnés de la culture hip-hop. Des femmes et des hommes qui luttent bec et ongles pour son rayonnement et son développement dans toute la France. Histoire, d’ailleurs, de se souvenir de chaque artiste qui a eu la chance de performer au Demi Fest, des banderoles avec tous les noms ont été installées sur les marches des gradins du Théâtre de la Mer.

Des gradins qui, encore une fois, ont été remplies par plus de 1 300 personnes chaque soir. On vous l’accorde, c’est bien peu, comparé au nombre exponentiel de passionnés qui cherchent à s’y rendre chaque année. Mais cette jauge parfaitement calibrée donne à ce festival une saveur unique. En plus d’offrir un cadre magnifique et idyllique, peu d’autres festivals rap en France peuvent se vanter d’être authentiques tout en ayant une ambiance saine, familiale et bon enfant. A quoi bon s’en plaindre ? N’est-ce pas finalement lorsqu’il est humble et fédérateur que le hip-hop montre son plus beau visage ?

Quatre jours de fête à la gloire du H.I.P.H.O.P

Fatalement, réussir à obtenir un ticket pour pénétrer dans ce temple du hip-hop peut se révéler être un véritable parcours du combattant. Chaque année, l’intégralité des places ne met jamais plus d’un quart d’heure à trouver preneur. C’est ainsi que Demi P et son équipe, pour compenser la frustration des malheureux absents, ont choisi, depuis la troisième édition, de commencer les festivités avec un concert gratuit et ouvert à tous sur une scène flottante édifiée au beau milieu du Canal Royal de Sète.

Pour l’ouverture de cette sixième édition, Sniper, Busta Flex, Aka Seul Tout et Hems ont été choisis pour lancer les hostilités. Qualité du lineup oblige, ce ne sont pas seulement les gradins autour de la scène qui étaient pleins, mais aussi les quais du canal qui étaient garnis de monde sur plusieurs dizaines de mètres. Qu’il s’agisse de véritables passionnés ou de simple curieux, tous les profils étaient rassemblés et réunis pour une première soirée hip-hop mémorable. 

Mais ceci n’était que l’apéritif puisque le gros de l’événement avait donc lieu les trois jours suivants dans l’enceinte exceptionnelle du Théâtre de la Mer. Une prodigieuse scène que Georges Brassens, l’une des figures emblématiques de la ville, a eu l’honneur de fouler de son vivant. Qu’il s’agisse d’artistes, de techniciens ou de festivaliers, quiconque a eu le plaisir d’y mettre les pieds au moins une fois dans sa vie vous dira qu’il en est ressorti avec des étoiles dans les yeux et un profond sentiment de bien-être.

Au-delà des dizaines de concerts organisés chaque soir de ce week-end 100 % hip-hop, Demi Portion peut toujours compter sur ses fidèles acolytes R.Can et DJ Rolxx pour animer la soirée et tenir en haleine un public de spartiates bouillant entre chaque changement de scène. Pendant que le fidèle DJ et beatmaker de Demi P est aux machines pour s’assurer que du bon son circule dans nos oreilles, le rappeur de Sète, à grand coup de sourires, de vibes positives et d’improvisation, a montré une fois de plus qu’il n’avait pas d’égal quand il s’agit d’ambiancer la foule.

Cerise sur le gâteau, le Demi Festival s’est offert cette année un parrain de choix, en la personne d’Oxmo Puccino. Avec ce titre honorifique, le titi parisien aurait pu se contenter de ne jouer qu’un rôle d’exposition. Mais c’est mal connaître l’ancien membre de Time Bomb. A la fois MC émérite et fin gourmet, c’est à lui qu’a été confiée la lourde tâche, en collaboration avec Julie Simon et son entreprise de traiteur éponyme, d’élaborer l’intégralité des menus proposés aux festivaliers pour se restaurer sur place. Des plats variés, bien évidemment délicieux et tous habilement inspirés de noms de rappeurs. C’est ainsi qu’à la cantine d’Oxmo, on a pu goûter le fameux « Steak Gueko », le « Bun’s d’Oxmo, le « Thé de La Caution », les « Snoop Dogg Wings », l’assiette « Veggie-Dream ». Le tout accompagné bien sûr d’une grande ou d’une Demi Portion de frites.

Qu’on se le dise, manger, c’est bien, mais l’important au Demi Festival, ce sont surtout les concerts. Bien entendu, il suffit de regarder le lineup pour savoir qu’à ce niveau, on a plutôt été gâté. On ne va pas vous faire le debrief de chacun, car ça prendrait bien trop de temps, mais c’est aussi et surtout parce que l’intégralité de l’événement est déjà disponible en replay sur la chaîne youtube de Demi Portion.

Parlons quand même du moment phare de cette sixième édition, à savoir le concert de clôture du Super-Héros local sans qui ce superbe événement musical aux portes de la Méditerranée n’aurait pas été possible. Le samedi soir, Rachid Daïf de son vrai nom, a évidemment enflammé la scène de sa ville natale avec une performance de haut vol. Aussi bien en rappant ses classiques qu’en se livrant à des sessions freestyles brûlantes, il prouve encore, s’il en était besoin, qu’il est un véritable bousillé du hip-hop et qu’il maîtrise à la perfection l’art du rap.

Bien entendu, puisqu’il est reconnu, respecté, aimé par ses pairs et toujours bien entouré, le rappeur n’est pas venu seul. Oxmo Puccino, R.Can, DJ Rolxx ou encore Koma et Mokless de la Scred Connexion sont montés sur scène à ses côtés.

Ultime note émouvante de cette dernière soirée, Demi Portion a, comme l’année précédente, rappé sur scène en duo avec son jeune fils de 12 ans, Ahmed. Cela, bien sûr, sous les yeux d’un public en osmose et entièrement rallié à leur cause. La parenthèse père / fils refermée, son show s’est terminé dans la pure tradition du Demi Festival, à savoir avec un dernier cri de guerre spartiate du public et un bain de foule façon slam pour l’instigateur de l’événement, jusqu’au plus haut sommet du Théâtre de la Mer.

La magie du Demi Festival aurait pu s’arrêter là, mais chaque soir après les concerts, des personnes du public en compagnie de certains artistes du lineup se donnaient rendez-vous sur les plages aux abords du Théâtre de la Mer. Non pas pour piquer une tête nocturne, mais pour freestyler ensemble jusqu’au bout de la nuit et dans un authentique esprit hip-hop. Le délire a été poussé si loin que le dernier soir, juste après un premier after organisé en coulisses pour fêter la fin des festivités, Demi Portion et ses plus vaillants soldats se sont lancés dans un énorme cypher à ciel ouvert sur le parking du théâtre. La passion, la transmission et le partage… Une véritable leçon de hip-hop en somme.

Pas encore remis de nos émotions, tiraillés entre une intense fatigue et de puissantes poussées d’adrénaline, il est temps pour nous de quitter la petite et magnifique ville de Sète. Nous partons les yeux remplis de souvenirs et d’images toujours plus folles. Une chose est sûre, avec Rachid et son équipe à la baguette du Demi Festival, le hip-hop et le rap français ont encore de beaux jours devant eux.

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