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Les 12 albums de rap US qu’il ne fallait pas manquer en 2020

Les 12 albums de rap US qu’il ne fallait pas manquer en 2020

Il y en a pour tous les goûts…

Mais qui sont ces gens qui n’aiment pas le rap en 2020 ? Genre musical en constante évolution, le rap est aujourd’hui tellement divers qu’il faut être sacrément de mauvaise foi pour ne pas trouver chaussure à son pied.

La très subjective sélection qui suit tente à ce titre de rendre compte de cette mosaïque avec des disques qui ne partagent pas grand-chose en commun si ce n’est d’avoir à leur façon marqué les douze derniers mois.

Franchise players, vétérans, nouveaux venus, découvertes, valeurs sûres… l’heure du choix a sonné !

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« Music to Be Murdered By » d’Eminem

Sorti le 17 janvier sur Shady/Aftermath/Interscope.

Que penser d’Eminem en 2020 ? Avec près d’un quart de siècle dans le game au compteur, à 48 ans il semble connaître toutes les peines du monde à composer avec son statut de légende.

Bloqué quelque part au début des années 2000, son rap continue toutefois de remporter un franc succès auprès d’une frange du public qui lui voue une admiration sans borne. Preuve en est avec ce dixième album de suite classé numéro 1 des charts en première semaine (!) qui lui vaut de décrocher une énième certification platine.

Artistiquement parlant en revanche c’est une autre limonade pour quiconque fatigue de l’entendre encore et toujours s’obséder sur les critiques dont il fait l’objet, et ce d’autant plus que ces dernières sont tout sauf injustifiées (sur son flow un peu trop cabotin, sur ses rimes un peu trop faciles, sur ses provocations un peu trop grossières…).

D’ancien sale gosse à oncle relou il n’y a donc qu’un pas… que Shady évite ici néanmoins de franchir grâce à son savoir-faire : certes Music to Be Murdered By n’est ni de près ou de loin l’album de l’année, mais il est peut-être son meilleur album depuis dix ans.

« My Turn » de Lil Baby

Sorti le 28 février sur Quality Control/Motown Records.

Moins technique que son poto Gunna, moins délirant que son mentor Young Thug, Dominique Armani Jones a beau ne pas être le rappeur le plus excitant qui soit, il réussit à se tirer très honorablement de l’exercice très casse-gueule du second album.

Opportuniste dans le bon sens du terme, il a en effet su exploiter pleinement sa carte maîtresse, la musicalité de son flow, pour proposer une vingtaine de morceaux qui s’écoutent sans jamais forcer l’oreille – cf. entre autres le banger Woah.

N’ayant aucun autre objectif que celui de divertir, il n’hésite d’ailleurs pas à faire appel à plus fort que lui pour garder le rythme (Lil Wayne, Future, Lil Uzi Vert…), quand bien même la comparaison ne joue pas toujours franchement en sa faveur.

Pas dit que l’intéressé s’en soucie plus que ça : fort de deux millions d’exemplaires vendus, Lil Baby peut continuer de profiter les yeux grands ouverts de la vie de rap star.

« Eternal Atake » de Lil Uzi Vert

Sorti le 6 mars sur Generation Now/Atlantic Records.

Il aura donc fallu attendre trois ans pour qu’arrive enfin sur les plateformes le successeur de Luv Is Rage 2. Un laps de temps largement suffisant pour faire retomber n’importe quel soufflé et rendre fébrile jusqu’aux fans les plus acharnés de l’auteur de XO TOUR Llif3.

Pas franchement réputé pour être du genre à tenir la distance, le P’tit Uzi s’est pourtant fixé de redonner ses lettres de noblesse au format album en tentant de conceptualiser une heure de musique autour de la thématique extraterrestre.

Productions futuristes à l’appui, il met ainsi les bouchées doubles pour convaincre qu’Eternal Atake mérite d’être considéré comme une œuvre absolument unique en son genre… ce qui n’est que très partiellement le cas.

Designers, joailleries, bitches dingues de lui… il ressasse poncifs sur poncifs sans jamais vraiment dévier de ce qu’il sait faire.

Moins profond qu’il ne prétend l’être (nul besoin « d’une semaine pour tout comprendre » hein), Eternal Atake pêche par fatuité.

À vous de voir si ce gros défaut vous prive du plaisir d’écouter le plus fort possible les quelques tueries que recèle la tracklist (Venetia, Prices…).

« A Written Testimony » de Jay Electronica

Sorti le 13 mars sur Roc Nation.

Cas de figure similaire au précédent, à ceci près qu’il s’est écoulé cette fois treize ans pour que « le type bizarre aux oreilles pointues et la tête carrée » dixit Erykah Badu donne suite à sa mixtape Act I: The Eternal Sunshine (The Pledge) qui en 2007 avait tant fait parler d’elle.

Tandis que plus personne ne croyait à la sortie d’un quelconque projet de sa part, Jay Electronica s’est finalement jeté dans l’arène, non sans s’enticher de Jay Z qui intervient sur huit des dix pistes présentées.

Façon Raekwon et Ghostface Killah sur Only Built 4 Cuban Linx, les deux emcees font étalage de leur complémentarité sans que techniquement l’un prenne l’avantage sur l’autre.

L’ancien Rothschild parvient toutefois à conserver ce qui fait le sel de son univers (en même temps c’est son album), que soit au niveau des sonorités (il compose la majorité des prod’), et des thématiques (ses couplets multipliant les allers-retours entre l’islam du pas très net Louis Farrakhan, la rhétorique des 5% et Roc Nation).

Et tant pis si A Written Testimony ne lève pas le voile sur le mysticisme qui entoure sa personne, en vrai c’est sûrement beaucoup mieux comme ça.

« Alfredo » de Freddie Gibbs & Alchemist

Sorti le 29 mai sur ESGN/ALC/EMPIRE.

Dans le genre vieux lascars qui en ont encore sous le pied, voilà une affiche qui met l’eau à la bouche.

Après avoir le doublé Piñata (2014)/Bandana (2019) en binôme avec Madlib, le Omar Little du rap US s’acoquine cette fois du producteur historique de Prodigy des Mobb Deep (mais pas que) pour une master class de 10 titres et 35 minutes.

Petit bijou de concision (zéro filler/zéro couplet à jeter/zéro feat en trop/zéro temps mort), l’opus donne l’impression que les deux hommes se connaissent par cœur depuis toujours.

Bon attention, si les amateurs du son newyorkais des années 90 en ont pour leur argent, Alfredo ne se destine pas uniquement à un public de nostalgiques : rien ne sonne daté ou hors-sujet, bien au contraire.

Qui a dit qu’oublier de citer Freddie Gibbs dans les débats sur les meilleures discographies de la décennie relève de l’un des sept péchés capitaux ?

« RTJ 4 » de Run The Jewels

Sorti le 14 juin sur Jewel Runners/BMG.

Bonne nouvelle pour les fans de Run The Jewels (2013), Run The Jewels 2 (2014) et Run The Jewels 3 (2016) : El-P et Killer Mike élèvent ici encore leur niveau.

Étrangers au débat qui oppose engagement et divertissement, ils tirent à boulets rouges sur les flics racistes, les médias généralistes et les esclavagistes en portrait sur les billets de banque, sans pour autant sombrer dans la morale à gros sabots.

En dignes héritiers de Public Enemy, ils s’en prennent en effet au pouvoir et ses ramifications à coup d’instrus pleines de vacarme, de flows séditieux et de jeux de mots plus futés les uns que les autres.

RTJ 4 ou l’album qui le matin vous fait sauter du lit prêt à en découdre avec l’époque et qui le jour où la révolution éclatera fera office de bande originale.

« Shoot For The Stars, Aim For The Moon » de Pop Smoke

Sorti le 3 juillet sur Victor Victor/Republic.

Fauché quelques jours à peine après la sortie de sa mixtape Meet The Woo 2, Bashar Barakah Jackson avait sur le papier tout pour devenir la prochaine sensation à l’échelle nationale.

Annoncé au mois de mai, cet album posthume avait alors provoqué à égale distance excitation… et appréhension, les précédents en la matière n’inspirant pas nécessairement grande confiance (coucou 2Pac).

Soupir de soulagement, SFTSAFTM est tout sauf une douille. Ce n’est pas l’album parfait, ce n’est peut-être pas l’album que Pop Smoke aurait voulu à la virgule près, mais l’honneur est sauf – son ancien manager, ami et patron de label Steven Victor ainsi que 50 Cent, tous deux crédités en tant que producteurs exécutifs, n’ont donc pas trahi.

Pensé pour élargir son public, l’opus se veut moins drill que ses travaux précédents (quand bien même son beatmaker attitré, le Londonien 808Melo, est à la manœuvre sur les deux tiers des morceaux) tout en lorgnant gentiment du côté du r&b 90’s (samples de Ginuwine, de Tamia, de Playa…).

Généreusement garni en pépites (Something Special, 44 Bulldog, Got It On Me une réadaptation du Many Men de Fiddy, What You Know bout Love…), SFTSAFTM réussit sur ce point son pari, cimentant-là encore un peu plus le statut de star en devenir de Pop Smoke.

Seul bémol de taille : ce déluge de featurings qui n’apporte rien (Quavo qui intervient à trois reprises, le fils de Puff Daddy qui passe par là…) et qui allonge inutilement le rendu.

« Limbo » de Aminé

Sorti le 7 août sur CLBN/Republic Records.

Attention découverte (ou pas).

Plutôt discret depuis son hit Caroline en 2016, le rappeur le plus loufoque de Portland aujourd’hui âgé de 26 ans change légèrement son fusil d’épaule avec ce troisième projet.

Hanté par le décès soudain de Kobe Bryant qu’il considérait comme une figure paternelle (et dont il s’est fait tatouer son portrait le jour même de sa disparition), Aminé s’est résolu à faire (en partie) le deuil de l’ado qu’il a été.

Paradoxalement, laisser libre cours à sa vulnérabilité et ses angoisses lui permet de gagner énormément en assurance au micro, et ce qu’il chantonne ou qu’il référence les évènements les plus absurdes de la culture pop des années 2000 (Britney Spears qui se rase le crâne, Winona Ryder qui se fait pincer pour vol à l’étalage…).

Épaulé dans sa tâche par un pool de producteurs au top de leur forme (le loyal Pasque, Boi-1da Vinylz et T-Minus d’OVO, Parker Corey d’Injury Reserve…) et des invités qui débarquent sur leur 31 (Young Thug, le toujours roublard Charlie Wilson, Summer Walker…), il équilibre ainsi ingénieusement légèreté et profondeur.

Rendez-vous au prochain épisode pour le classique ?

« The Sharecropper’s Daughter » de Sa-Roc

Sorti le 12 août sur Rhymesayers Entertainment.

Année particulièrement riche en révélations féminines (Megan Thee Stallion, Chika, Flo-Milli…), 2020 a également marqué le retour aux affaires de Sa-Roc.

Sa qui ? Sa-Roc, la rimeuse originaire de Washington D.C. qui dans la première partie de la décennie a enregistré 6 albums, 2 EPs et 2 mixtapes avant de signer en 2015 sur le très underground et très réputé label indé Rhymesayers Entertainment.

À partir de là, cinq longues années lui ont été nécessaires pour concocter The Sharecropper’s Daughter (« La fille du métayer », la profession de son père), très certainement la perle de sa discographie.

Plus proche de Lauryn Hill et Rapsody que des barbies Cardi B et Doja Cat, sa musique se veut consciente et raffinée.

Alors oui ce peut être parfois un peu trop boom-bap et prêchi-prêcha pour l’auditeur moyen, mais ce n’est pas non plus du slam de fatigués – voir les singles r(E)volution, Forever ou Deliverance.

Oh, et si la réf’ vous parle, sachez que le toujours bienvenu Black Thought y va de son feat gage de qualité.

« King’s Disease » de Nas

Sorti le 21 août sur Mass Appeal.

Jadakiss, Busta Rhymes, R.A. The Rugged Man, Arrested Development (!), Killah Priest, Royce Da 5’9 »… à en juger par le nombre d’old timers de retour dans les bacs en 2020, c’est à se demander si les tenants « du rap c’était mieux avant » ne scandent désormais pas « le rap c’est mieux maintenant ».

Probablement pas plus emballé que la critique et le public par ses précédents essais (la banane NASIR extrait de la Yeezy Season de 2018 et la demi-molle The Lost Tapes 2 de l’année dernière), pour son treizième album solo et premier véritable long format depuis Life Is Good en 2012, Nas s’est mis en tête de renouer avec sa gloire passée.

Vingt-six ans après Illmatic, King’s Disease se veut une extension du Queensbridge universe de l’ancienne école, le producteur Hit-Boy (un ancien de chez G.O.O.D. Music à qui l’on doit notamment Niggas In Paris ou Sicko Mode) se chargeant de lui fournir des intrus gentiment mises à jour.

En plein dans sa zone de confort, Nasty livre treize pistes solides, efficaces, mais sans réelle surprise.

Contrat rempli.

« Burden of Proof » de Benny The Butcher

Sorti le 16 octobre sur Griselda Records/EMPIRE.

Mais quelle année pour le cartel de Griselda !

Troisième membre du label à balancer son solo après Westside Gunn et Conway the Machine (ses deux cousins), Benny le Boucher, 36 ans, reprend les hostilités pour ce second album produit de A à Z par un Hit-Boy décidément particulièrement en verve.

Au menu : des beats néo boom-bap, des boucles de piano, des refrains entraînants et des invités qui ont bien compris dans quel sens le vent souffle (Lil Wayne, Big Sean, Rick Ross…).

Réputé pour être la plus fine plume du crew, Benny offre ici la pleine expression de son talent avec cette Charge de la Preuve qui fait à la fois figure d’introduction à son univers et de jubilé.

Totalement de quoi justifier l’une de ses toutes dernières lignes du tout dernier morceau, le bien nommé Legend : « Ils disent que bientôt je serais une légende, shit, j’en suis déjà une ».

« While the World Was Burning » de Saint Jhn

Sorti le 20 novembre sur HITCO.

Motivé par le succès surprise du remix kazakh de Roses (un titre datant de 2016) dans les charts, dans les clubs et sur TikTok, sitôt le confinement terminé Saint Jhn s’est empressé d’y aller de son troisième album de sa « collection capsule » pour enfin passer un cap et devenir la superstar qu’il doit être.

Fidèle à ce style qui n’appartient qu’à lui, il accomplit ici une synthèse entre ses précédents Collection 1 (plutôt trap) et Ghetto Lenny’s Love Songs (plutôt r&b), à l’image du lead single Suck To Be You langoureux et torturé au possible.

Et histoire de gagner en rotation dans les playlists du moment, ont été débauchés quelques gros noms (Kanye West, Future, DaBaby…) tandis que certains de ses anciens sons comme High School Reunion et Monica Lewinsky ont tout simplement été remixés et rajoutés à la tracklist.

Tous ces beaux efforts n’ont malheureusement pas porté leurs fruits, WTWWB n’a pas fait mieux que la 34ème place du Billboard Hot 100.

Le monde se divise dorénavant en deux catégories.

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