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Triangle des Bermudes, un phénomène parti pour durer ?

Triangle des Bermudes, un phénomène parti pour durer ?

Un nouvel été placé sous le signe du Triangle des Bermudes. Un an après le raz-de-marée provoqué par « Charger », le trio d’amis continue de faire chavirer la France entière.

Alors que certains les voyaient comme un effet de mode, les faits leur ont donné tort. Porté par une identité forte, une énergie communicative et des morceaux taillés pour la fête, le groupe a transformé l’engouement initial en phénomène durable.

La réussite solo de Mauvais Djo ne fragilise pas l’équilibre du collectif. Elle vient au contraire renforcer la dynamique. Avec « Pilé » et « Maladie », il a simplement ajouté une preuve supplémentaire de la force de frappe de Triangle des Bermudes.

Mauvais Djo, MC Yoshi et Kokosvoice ont-ils trouvé la formule pour durer ? 

Les deux concerts complets à l’Accor Arena, prévus les 27 et 28 novembre, pourraient apporter un élément de réponse. 

Un trio pas comme les autres

Triangle des Bermudes, c’est avant tout l’histoire de trois amis d’enfance : MC Yoshi, Mauvais Djo et Kokosvoice.

Bien avant de conquérir le public francophone, ils grandissent ensemble dans l’Essonne. Les deux premiers viennent d’Évry-Courcouronnes, tandis que Kokosvoice, lui, est originaire de Draveil. 

Entre 2017 et 2018, leurs parcours ont fini par converger vers le même univers : celui des discothèques. Non pas comme fêtards, mais comme speakers, ces animateurs chargés de faire monter l’ambiance tout au long de la soirée.

Ce concours de circonstances leur permet de faire leurs armes dans le monde de la nuit, de développer une alchimie sur scène et, surtout, de tisser un lien toujours plus fort avec la musique. « Ils se sont super bien trouvés, car ils ont les mêmes envies et les mêmes références. Ce sont des génies dans leur domaine. Je les appelle les Magic System de la calle. Ils sont H24 en studio », compare Issaka Weezy speaker et proche du groupe.

Le bouche-à-oreille fait rapidement son effet. MC Yoshi, Mauvais Djo et Kokosvoice deviennent progressivement des figures reconnues des discothèques.

Ce sont des génies dans leur domaine. Je les appelle les Magic System de la calle.

Faire bouger les autres ne leur suffit plus : ils veulent imposer leurs propres morceaux. C’est dans cet élan que Triangle des Bermudes se forme à l’initiative de Mauvais Djo. « La relation entre les trois est familiale, ce qui rend leur collaboration simple et naturelle. Ils ne se prennent jamais la tête et font de la musique sans aucune pression. Ils se font plaisir avant tout et ça se ressent sur le résultat final », rapporte Merveille, petit frère de l’interprète de « Pilé ».

En juillet 2023, ils dévoilent un premier projet, Triangle des Bermudes 1.0. Un an plus tard, ils enchaînent avec Triangle des Bermudes 2.0 et commencent à se faire une place dans le paysage musical. 

Des morceaux comme « Lunettes » ou « Y’a une meuf » rencontrent un écho sur SoundCloud, puis sur TikTok. « Dès Triangle des Bermudes 1.0, on a pris la musique au sérieux, même si tout cela reste de l’amusement », raconte le groupe dans nos colonnes

Les deux disques posent les bases de l’ADN du collectif : un mélange singulier entre l’énergie des clubs, les codes du rap et les sonorités afro-caribéennes. Chacun amène sa patte. « TDB fonctionne parce qu’on est complémentaires. MC Yoshi apporte beaucoup avec ses backs et ses ambiances. Il sait rendre un morceau plus percutant. Kokosvoice est fort sur la partie mélodique, que ce soit dans les chants ou les couplets. Et Mauvais Djo a cette capacité à trouver des refrains marquants, à construire la structure d’un son et à lui donner une direction », détaillent-ils. 

Entre refrains fédérateurs, gimmicks entêtants et productions pensées pour faire danser, le trio ne cherche pas seulement à sortir des morceaux, mais à créer des moments. Une signature qui explique en grande partie pourquoi leurs titres dépassent le cadre du streaming. « C’est un nouveau genre musical issu du monde de la nuit accompagné de rythmiques afro et d’une pointe de mélancolie », poursuivent-ils.

C’est un nouveau genre musical issu du monde de la nuit accompagné de rythmiques afro et d’une pointe de mélancolie.

« Charger », le morceau qui change tout

Alors qu’un début de notoriété s’installe, Triangle des Bermudes ne quitte pas le studio. Lors d’une session organisée fin décembre, ils enregistrent ce qui deviendra leur plus gros succès : « Charger ». « Je pense que les gens attendaient de voir ce qu’on allait proposer par la suite. “Charger” est venu confirmer les précédents titres qu’on avait sortis. L’engouement est devenu national, voire mondial. On ne s’attendait pas à ça », confiait Mauvais Djo à BFM.

Sorti en février 2025 sur l’EP Franchement !, le morceau reste d’abord discret. Il faudra attendre l’été et l’enchaînement de plusieurs événements majeurs pour que le titre connaisse un second souffle.

Après une apparition remarquée à la cérémonie des Flammes, Triangle des Bermudes est invité au festival Yardland pour se produire sur la petite scène. Quelques minutes après la prestation de Tiakola, une foule massive converge vers leur espace. L’estrade devient trop étroite face à l’affluence. 

Triangle des Bermudes vit un moment suspendu. En quelques heures, les réseaux sociaux sont inondés de milliers de vidéos de leur performance sur « Charger ».

Le morceau change de dimension. D’un simple son viral, il devient un cri de ralliement, jusqu’à atteindre la première place du Top singles. 

L’engouement est devenu national, voire mondial. On ne s’attendait pas à ça.

Sur Spotify, Triangle des Bermudes passe de 160 000 auditeurs à 1 million en juillet 2025. Même tendance sur Deezer avec une hausse des streams du groupe à hauteur de 50% entre le 6 et le 9 juillet. « On prend du plaisir à montrer notre art. Avant tout, nous restons les mêmes personnes. Notre entourage peut en témoigner. On a juste plus d’exigence sur certains points », glisse le trio. 

Composé et produit par Carlos Monsta, « Charger » dépasse les frontières francophones. Le titre arrive même aux oreilles de producteurs renommés comme DJ Mustard. L’Américain l’a joué en première partie des deux concerts de Kendrick Lamar et de SZA à Paris La Défense Arena les 15 et 16 juillet 2025.

Un an plus tard, le résultat est implacable : 142 millions de streams sur Spotify, un single de diamant, une tournée des festivals et un morceau entré dans la pop culture. « Depuis « Charger », ils n’ont absolument pas changé. Ces mecs viennent d’en bas et ils ne l’oublient pas », narre Merveille.

Vraiment une erreur 404 ? 

Que faire après avoir tutoyé les sommets avec « Charger » ? Triangle des Bermudes prépare son premier album. Le groupe veut poursuivre son ascension et s’affranchir de l’étiquette de « one hit wonder ».

Au même moment, des critiques apparaissent. Pour certains, Triangle des Bermudes n’est qu’un phénomène passager. « Je ne les voyais pas confirmer. J’avais l’impression que leur univers n’était pas assez riche pour tenir sur la durée. Je me disais qu’entendre les mêmes gimmicks et les mêmes cris au micro allait finir par lasser les gens. Finalement, je me suis trompé », avoue Isaiah, 25 ans. 

Même avis pour Inès, 19 ans. « Il y a une différence entre savoir retourner une soirée et réussir à fonder une esthétique qui tient dans le temps. Je pensais que “Charger” était juste un moment fort, sans forcément imaginer que ça allait lancer quelque chose de plus grand. »

Les gens se reconnaissent en eux. Si l’on regarde de plus près, le peuple les a choisis.

Face au scepticisme d’une partie du public, le groupe veut convaincre qu’il possède les armes pour s’inscrire dans la durée. « Les gens se reconnaissent en eux. Ils sont comme tout le monde. Si l’on regarde de plus près, le peuple les a choisis. C’est d’autant plus symbolique », rappelle Issaka Weezy. 

Pour répondre aux doutes, Triangle des Bermudes mise sur son terrain d’expression préféré : la musique. En avril, le trio présente (enfin) 404. Le casting est XXL avec Aya Nakamura, L2B, Franglish et Francis Mercier. 

« TDB » voit ce projet comme une occasion de présenter toutes les facettes de son identité. « On va continuer d’explorer les sonorités, ce qui va nous permettre de toucher un public encore plus large », assurent MC Yoshi, Mauvais Djo et Kokosvoice.

Mauvais Djo, un triomphe individuel au service du collectif

« Seul, on va plus vite, ensemble, on va plus loin. » Dès les débuts du collectif, les trois membres ont conscience de l’importance de préserver leurs individualités. C’est pourquoi ils ne s’interdisent pas de prendre des chemins en solo, sans jamais remettre en question l’équilibre du groupe.

En plein boom de « Charger », en août 2025, Mauvais Djo publie L’undertaker, Pt.1, un EP de six titres comprenant des collaborations avec UZI et Kokosvoice. 

Malgré l’engouement, le projet passe relativement inaperçu. Dans l’ombre du phénomène « Charger », Mauvais Djo doit encore trouver sa place en solitaire.

Mais ce n’est que partie remise. À l’approche de l’été 2026, « Pilé » crée la surprise et connaît une progression fulgurante, suivi par sa version gospel et « Maladie ». Dans le même temps, les featurings du groupe, « À l’aise » avec L2B et « Balek » avec Aya Nakamura, rencontrent un large succès auprès du grand public.

En combinant les performances de Triangle des Bermudes et celles de Mauvais Djo, six morceaux figurent dans le Top 50 Spotify France fin juillet Pilé », « Maladie », « Balek », « À l’aise », « Mopao aye » et « Vive la monnaie »). 

Ses morceaux sont défendus comme si c’étaient ceux du groupe. Il n’y a aucune différence qui est faite.

La réussite attire forcément les sollicitations. Mauvais Djo enchaîne les collaborations avec des figures de la scène française : « SO MAWA » avec R2, « Uber » avec Keblack et Franglish et « Vive la monnaie » avec Gims. « Mon frère est une météorite. Je suis heureux que le public comprenne son univers. On a mangé dans les mêmes assiettes, mais je pense qu’il a mis sa cuillère du bon côté (rires). Notre famille est fière de son parcours », livre Merveille. 

Mauvais Djo démontre ainsi qu’il peut exister au-delà du collectif, sans jamais s’en éloigner. Chaque hit devient une nouvelle arme en live, venant alimenter la puissance de Triangle des Bermudes. « Ses morceaux sont défendus comme si c’étaient ceux du groupe. Il n’y a aucune différence qui est faite. Bien sûr, chaque membre a envie de développer ses propres titres et de rayonner à son tour, mais l’objectif reste le même : continuer à grandir ensemble », affirme Triangle des Bermudes.

Les chiffres donnent le vertige : 77 millions de streams sur Spotify pour « Maladie », 93 millions pour « Pilé » et 42 millions pour sa version gospel. 

Le symbole le plus fort reste la première place occupée par « Pilé » au Top 50 Spotify France, devant « Sexy Nana » d’Aya Nakamura et La Rvfleuze, ainsi que « Dai Dai » de Shakira et Burna Boy. 

Il s’agit également de la seule chanson interprétée en français présente dans le Billboard Global 200. Le titre cartonne en Belgique, en Suisse, aux Pays-Bas, au Maroc, au Portugal, au Cap-Vert et en Allemagne. « Mauvais Djo mérite cette reconnaissance. On connaît sa mentalité. C’est un acharné de travail », rajoute Issaka Weezy. 

Un avenir tracé 

Après avoir conquis les clubs, Triangle des Bermudes est aujourd’hui programmé en tête d’affiche dans tous les festivals. « C’est la première fois qu’un groupe issu du monde des speakers connaît une telle réussite en France. Avant Triangle des Bermudes, ce métier souffrait d’une mauvaise image. On était souvent réduits à l’image des gars qui crient dans un micro en soirée, qu’on paie avec des boissons et qui s’en contentent. Les gens pensaient que c’était une activité de “zouave”. Leur parcours est tellement exceptionnel que je ne vois pas qui pourrait réussir à accomplir quelque chose de similaire à l’avenir », soutient Issaka Weezy. 

Il ne manquait plus qu’à remplir une grande salle mythique pour confirmer leur changement de dimension. C’est chose faite avec deux shows à l’Accor Arena de Paris, les 27 et 28 novembre. 

C’est la première fois qu’un groupe issu du monde des speakers connaît une telle réussite en France.

Triangle des Bermudes s’est bâti une solide réputation en live, celle d’un groupe taillé pour les rassemblements populaires. « Généralement, les hits finissent par s’essouffler parce qu’on les entend partout. Mais presque un an après sa sortie, “Chargé” continue de fonctionner. Quand le morceau passe en soirée, la réaction du public reste la même : tout le monde connaît les paroles et l’effervescence est toujours intacte », constate Pablo, 28 ans.

Les chiffres montrent qu’ils ne sont plus un simple phénomène viral. Actuellement, Mauvais Djo comptabilise plus de 13,5 millions d’auditeurs mensuels sur Spotify, tandis que le groupe est à 5,2 millions. 

En trois ans d’existence à peine, « TDB » peut se targuer d’avoir réussi son pari : construire une identité immédiatement reconnaissable. « Triangle des Bermudes laissera une trace indéniable. Le jour où le groupe tirera sa révérence, ça laissera un gros vide », garantit Merveille. 

En parallèle, MC Yoshi, Mauvais Djo et Kokosvoice ont remis au premier plan la culture des speakers. « Pendant longtemps, les musiques dites de “boîte de nuit” n’étaient pas considérées comme légitimes dans l’industrie musicale. Aujourd’hui, voir nos titres se retrouver dans les classements montre à quel point le regard a évolué. On ne se fixe pas forcément d’objectifs précis, on avance étape par étape. On compte bien aller chercher tout ce qu’il y a à prendre », clame le groupe. 

On ne se fixe pas forcément d’objectifs précis, on avance étape par étape.

Le véritable impact de Triangle des Bermudes ne réside peut-être pas seulement dans ses chiffres, mais dans sa capacité à avoir transformé une culture longtemps cantonnée aux clubs en un mouvement capable de toucher toutes les générations.

Le principal défi sera désormais de renouveler leur formule sans perdre ce qui fait leur force. « Je connais déjà la suite et je peux vous affirmer que Triangle des Bermudes est bien parti pour durer », conclut Issaka Weezy 

Affaire à suivre. 

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