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Crack, Fuck, Hamsterdam… l’abécédaire de « The Wire »

Crack, Fuck, Hamsterdam… l’abécédaire de « The Wire »

La plus grande série du monde résumée de A à Z…

A comme Adam Smith

L’auteur du classique d’économie La Richesse des nations (1776), dans lequel il soutient l’idée d’un ordre naturel régi par le marché (la libre entreprise, la libre concurrence, le libre-échange) où les intérêts individuels se fondent dans l’intérêt collectif.

Smith figure ainsi en bonne place dans la bibliothèque de Stringer Bell, ce dernier ambitionnant de transformer le trafic de drogue, le « game », en un business comme un autre.

Assez paradoxalement, l’entreprise échouera en grande partie en raison de sa propension à tout voir par le prisme de l’argent, là où Omar, le frère Mozoune et même Avon refusent de sacrifier leurs principes.

B comme Baltimore

Après avoir terminé les 60 épisodes de The Wire, difficile de comprendre pourquoi la capitale économique du Maryland est surnommée Charm City.

Violence, corruption, pauvreté, chômage… la série ne donne en effet pas spécialement envie d’aller y passer ses prochaines vacances.

En réalité, la réputation peu flatteuse dont souffre Baltimore ne date pas d’hier, à tel point que dans les années 70 un groupe de publicitaires s’étaient réunis pour lui trouver un surnom censé redorer son image, « la Ville du Charme ».

Pas de chance, entretemps Stringer, le Grec, Chris, Clay Davis et tous leurs sbires sont passés par là.

C comme Crack

Au centre de toutes les préoccupations, le crack c’est la drogue des pauvres produites par les pauvres pour les pauvres.

Pour en obtenir il suffit en effet de faire chauffer dans une casserole remplie d’eau de la cocaïne mélangée à du bicarbonate de soude (le fameux Baking Soda référencé à outrance par les coke rappeurs). La pâte blanche et cireuse qui se forme est ensuite découpeé en petits cailloux qui lorsqu’ils sont fumés crépitent.

Si le processus de fabrication n’est à aucun moment montré à l’écran, The Wire insiste en revanche sur les répercussions de cette drogue sur les populations concernées. Outre les effets sur le corps pas franchement ragoutants (perte de poids, taches sur le visage, problèmes cardiaques et respiratoires, nausées…), le crack entraîne quantité de comportements à risque (insécurité, prostitution, parents démissionnaires, MST…).

D comme DX 460

La Cadillac des pistolets à clous.

Complètement automatique, équipé d’un calibre 27 à poudre, il est capable de transpercer n’importe quelle surface (bois, béton acier…), le tout avec un recul bien moindre que le Simpson ou le P3500.

Bref, ce n’est pas le Dewalt 410 sans-fil dont la batterie plante à tout-va.

Pour 669 dollars plus les taxes, c’est cadeau.

E comme Ed Burns

Le co-créateur de la série au côté de David Simon.

Né à Baltimore en 1946, après avoir servi dans l’infanterie lors de la guerre du Viêtnam, Burns s’est ensuite engagé vingt ans durant comme détective au sein du département homicide et narcotique de la police de Baltimore, avant de se reconvertir en enseignant dans une école publique de la ville.

Initialement, avec Simon ils souhaitaient écrire une série policière inspirée par son expérience, lui qui a côtoyé « des centaines d’Avon » au cours de sa carrière.

Perfectionniste dans l’âme, malgré la qualité du travail accompli sur The Wire, à chaque fin de saison il demeurait « convaincu d’avoir ruiné la série pour de bon ».

F comme Fuck

L’une des scènes les plus célèbres de la série (S1E4). Celle où pendant cinq minutes Bunk et McNulty inspectent les lieux d’un meurtre en ne prononçant en tout et pour tout qu’un seul mot, le F-word et ses variations (« Fuck. Fuck me. Mother fuck. Fuckity fuck. »).

Une scène drôle mais pas que, puisqu’elle permet de montrer toute la complémentarité et le professionnalisme du duo.

Petit bijou d’interprétation, elle n’a pas été des plus simples à tourner à en croire le réalisateur de l’épisode Clement Virgo : « Je voulais que ça ressemble à la scène de douche de Psycho. Je volais que ce soit parfaitement filmée. Avec notre cameraman, Uta, on a tout tourné à l’épaule, elle n’en pouvait plus. Il ne fallait louper aucun détail, que le téléspectateur comprenne tout ce qui se passait dans l’histoire ».

G comme Game

La raison pour laquelle ceux qui vivent en dehors des lois font ce qu’ils ont à faire.

Sorte d’ordre cosmique dans une ville où les dieux sont indifférents au commun des mortels, bien qu’il ne soit jamais vraiment défini, il régit néanmoins de la manière la plus stricte qui soit les rapports de force entre groupes et individus.

Et gare à ceux qui tenteraient de prendre leurs distances (D’Angelo) ou de composer avec ses règles (Stringer), ce n’est qu’une question de temps avant que la sanction ne tombe.

Le game c’est le game.

H comme Hamsterdam

Dépénaliser les drogues, pour ou contre ?

Dans la saison 3, le lieutenant Bunny Colvin tente l’expérience en autorisant le trafic dans des zones géographiques délimitées, afin d’une part, de redonner vie aux voisinages colonisés par les dealeurs, et de l’autre, de permettre aux forces de police de se concentrer sur de vraies enquêtes.

Très vite les effets se font sentir : baisse des crimes et délits, amélioration des conditions sanitaires, hausse de la qualité de vie…

Présentée dans The Wire comme un début de solution, dans la vraie vie, la dépénalisation pourrait toutefois se révéler un remède pire que le mal, notamment en raison d’un très probable boom de la consommation.

I comme Idris Elba

Le destin a plutôt bien fait les choses pour l’acteur britannique. Recalé pour le rôle d’Avon Barksdale, il a mis tout le monde d’accord sous les traits de Russell ‘Stringer’ Bell, le gangster le plus cérébral de West Baltimore.

Après coup, il a toutefois admis dans diverses interviews être gêné aux entournures par ce concert d’éloges.

« Quand on idolâtre ce type, qui idolâtre-t-on vraiment ? Qu’est-ce cela dit de nous ? Que c’est okay d’empoisonner ses pairs avec de l’héroïne ? Que parce que vous êtes plus intelligent que la moyenne ça rend le truc cool ? Pour moi, c’est un problème. »

J comme Journalisme

S’il est globalement admis que la cinquième et dernière saison est la moins réussie de toutes (parce que cette histoire de faux serial killer était un peu hors sujet, parce que trop centrée sur McNulty, parce qu’une fois n’est pas coutume un peu trop prêchi-prêcha…), il n’empêche que la description qui y est faite du métier de journaliste est particulièrement pertinente.

Précarisation du métier, sensationnalisme, travail d’enquête réduit à la portion congrue, manque de temps long… à l’heure où produire encore et toujours plus de « contenu » est devenu la norme, la S5 de The Wire permet de comprendre comment la profession en est arrivée là.

K comme King

Des deux côtés de Baltimore, c’est peu dire que la couronne obsède les dealeurs.

Au départ dans le game pour se remplir les poches, tous les Avon, Prop Joe, Marlo & Co. ont beau s’enrichir au-delà de leurs espérances les plus folles, plutôt que de changer leur fusil d’épaule, ils continuent pourtant de jouer leur liberté sur un coup de dés.

Happés en chemin dans la course au pouvoir, tous veulent monter sur le trône quoi qu’il en coûte, qu’importe si chacun sait bien au fond que son règne sera court.

L comme Liberal

« The Wire tourne autour de l’idée très simple que dans notre monde post moderne la vie perd de sa valeur. Que vous soyez un ‘corner boy’, un flic ou une travailleuse du sexe d’Europe de l’Est, le capitalisme triomphe sur l’humain. »

Démocrate bon teint, David Simon assume pleinement ses orientations politiques, à commencer par sa critique farouche d’un système économique qui selon lui aggrave tous les maux (la bureaucratie, la violence, la corruption, les ravages de la drogue, l’irresponsabilité parentale, les carences du système judiciaire…).

M comme Method Man

Clairement Clifford Smith Jr. a la recette pour toujours être dans les bons plans.

Sérieux, le mec peut quand même se vanter d’avoir été le seul et unique invité de Ready To Die de Notorious B.I.G., d’avoir posé dans la foulée sur All Eyez On Me de 2Pac, d’avoir remporté un Grammy grâce à son duo All I Need avec Mary J. Blige, d’avoir tourné un clip avec la divine Julia Channel, d’avoir formé l’un des meilleurs duos de l’histoire du rap avec Redman, ou encore d’avoir convié Donald Trump sur un interlude !

Idem à l’écran, où, non-content d’apparaître dans The Wire (Cheese Wagstaff), il peut également être vu dans Oz, la série sans qui HBO ne serait pas HBO, et dans How High, le film préféré des amateurs de rimes et de fumette.

Plutôt cool comme CV non ?

N comme Nom

Dans Late Editions, l’avant-dernier épisode, Marlo fend l’armure pour la seule et unique fois de la série lorsqu’il apprend qu’Omar s’en prenait ouvertement à lui sans que son crew daigne l’en informer.

« Mon nom est mon nom ! » lâche-t-il alors dans un accès de colère.

Punchline mémorable, elle fait écho à la conversation entre Vondas et le Grec à la fin de la saison 2, le premier confiant au second que « son nom n’est pas son nom ».

La différence entre les deux approches ? Là où la réputation de Marlo finit par causer sa perte, Vondas et le Grec, pour qui seul l’argent compte, passent encore et toujours au travers des mailles du filet.

O comme Omar Little

« A man gotta have a code »

L’un des rares, si ce n’est le seul, qui vit selon ses propres règles (jamais il ne pointe son gun sur un civil, jamais il ne fait passer l’argent en premier, jamais il ne jure).

Super héros du ghetto, il tire son pouvoir de sa réputation, sa réputation de sa ligne de conduite.

Certes, à trop frayer avec les lignes, tout ça ne pouvait que mal se terminer, mais tel était le prix pour rentrer dans la légende.

P comme Pions

Sur un échiquier, ils ne valent pas cher. Dans les rues de Baltimore non plus.

Inépuisable chair à canon, Bodie, Wallace, Poot et leurs semblables vont et viennent sur la ligne de front, tous caressant l’idée d’élever un jour leur condition.

Sauf que bon, à n’avancer que d’une seule case à la fois, sitôt la partie commencée, ils sont très souvent les premiers à dégager, et ce dans l’indifférence générale.

Q comme Quais

Longtemps malaimée, au fil du temps la saison 2 a fini par se tailler une réputation des plus flatteuse parmi les initiés.

Particulièrement fine, elle se regarde comme une immersion au sein de cette classe ouvrière américaine blanche à l’agonie, à une époque où le sujet n’intéressait personne, mais aussi comme une illustration des ramifications internationales du trafic de drogue – ou pour citer le fameux monologue de Nino Brown dans New Jack City : « Aucun Uzi n’est fabriqué à Harlem, aucun de nous ne possède un champ de pavot ».

Le problème c’est qu’à sa sortie, The Wire n’était pas encore The Wire, et les rares fans de la série ne s’attendaient à un nouveau chassé-croisé entre policiers et dealeurs, pas à ce que l’action soit complétement délocalisée et qu’il faille s’attacher à de nouveaux personnages inconnus au bataillon.

R comme Reddick (Lance)

Avec 58 apparitions en 60 épisodes, le très carré lieutenant Cedric Daniels est le personnage le plus présent à l’écran.

Il a beau ne pas figurer en tête des sondages de popularité, cela n’enlève rien à la qualité du jeu de Lance Reddick, et notamment le travail effectué sur sa voix (l’écouter parler en interview est assez déroutant).

Étonnamment, Reddick avait à la base passé des essais pour les rôles de Bunk et Bubbles.

S comme Statistiques

Pendants des dollars chez les dealeurs, les statistiques sont les chiffres qui régissent de A à Z le travail des fonctionnaires de la ville de Baltimore.

Qu’il s’agisse d’évaluer le taux de criminalité d’un secteur ou de mesurer la réussite des élèves aux examens, ils ont beau être aussi truqués que la drogue est coupée, ils n’en constituent pas moins une fin en soi pour quiconque désireux de gravir les échelons du système.

« C’est l’un des principaux thèmes de The Wire : les statistiques mentent » dixit David Simon.

« On peut leur faire dire ce que l’on veut à compter du moment où quelqu’un peut en tirer une promotion. Dès qu’une catégorie statistique est créée, toute l’institution concernée se met en mouvement pour donner l’illusion d’un progrès, qu’importe s’il y a progrès ou pas. »

T comme Tom Waits

L’auteur de la chanson du générique, Way Down in the Hole, sortie en 1987 sur son album Franks Wild Years.

Quand David Simon s’est mis en tête d’ouvrir chaque épisode avec cette dernière, il a envoyé au bluesman une cassette VHS de la première saison afin qu’il se fasse une idée du ton de la série et décide ou non d’accorder les droits à la production.

N’obtenant aucune réponse de sa part, n’y tenant plus, Simon lui a alors passé un coup de fil.

« – Excusez-moi de vous déranger Mr Waits, nous nous demandions si vous aviez regardé la cassette ? – Oh, ma femme n’est pas à la maison ces derniers temps, je ne sais pas faire fonctionner le magnétoscope sans elle. »

U comme Universitaires

L’un des grands paradoxes The Wire.

Unanimement considérée comme l’une des œuvres de fiction les plus ghetto qui soit, treize ans après la diffusion de son dernier épisode, la série est désormais accolée d’une réputation intello, voire barbante.

La faute aux sociologues à lunettes et cinéphiles à grosses têtes qui en conférence et sur les plateaux télé se sont accaparés le sujet façon bandeurs de cités ? Ou la faute à la chute du niveau moyen ?

V comme Villains

Parmi la pléthore de personnages qui auront des comptes à rendre lors du Jugement dernier, très rares sont en réalité ceux qui sont de grands méchants.

Immersion de cette zone grise qui délimite le bien du mal, The Wire s’évertue, non pas à justifier les choix des uns et des autres, mais à les expliquer loin de toute morale à gros sabots.

Quelques rares exceptions sont cependant à relever, avec en premier lieu Marlo et sa bande de croquemitaines (Chris, Snoop, Monk…) chez qui toute trace d’humanité a disparu ; le Grec qui selon Simon incarne « le capitalisme pur et dur » ; son bras droit Vondas ; ou encore le politicien sans foi ni loi Clay Davis.

Pas de chance, la majorité d’entre eux s’en tirent bien à la fin.

W comme « Wee-Bey’s Reaction »

Soldat loyal et féroce du crew Barksdale, Roland ‘Wee-Bey’ Brice est aujourd’hui l’un des GIF les plus populaires du net.

La faute à Stringer Bell qui, lorsque Bey se pointe dans son imprimerie, lui annonce que la fille que lui et Little Man ont laissé pour morte la veille était non seulement flic sous couverture, mais qu’elle n’est pas morte.

Hébété, quelques secondes lui sont alors nécessaires pour reconnecter les fils.

Bien que l’épisode ait été diffusé en 2002, il a fallu étonnamment attendre 2009 pour que le GIF soit recensé pour la toute première fois sur un forum de discussion Nike.

X comme X-Files

Aussi surprenant que cela puisse paraitre, The Wire se déroule dans le même univers que celui où évoluent Fox Mulder et Dana Scully.

Ou plus exactement, The Wire et X-Files se déroulent dans le John Munch universe, du nom de ce personnage interprété par Richard Belzer qui apparaît dans une dizaine de séries télé (New York police judiciaire, 30 Rock, Homicide, Arrested Development…).

Dans l’épisode 5 de la saison 1 de The Wire, Munch, qui jouait un agent du Baltimore Police Department dans l’épisode 3 de la saison 5 de X-Files, est ainsi entendu évoquer son expérience de propriétaire de bar… lui qui a ouvert un bar dans Homicide !

Dans le même genre, il est très possible d’imaginer que Telly, l’adolescent amateur de vierges du film Kids de Larry Clark (1995), et Johnny, le poto camé de Bubbles, ne soient qu’une seule et même personne : niveau chronologie ça colle, tous deux sont joués par Leo Fitzpatrick, et quand dans le film le spectateur découvre que Telly est séropositif, dans la série Johnny finit par apprendre la triste vérité.

Y comme Youngins

Héros de la saison 4 centrée sur le système scolaire, que sont devenus les adolescents Maestro Harrell (Randy), Jermaine Crawford (Dukie), Tristan Wilds (Michael) et Julito McCullum (Namond) ?

Si aucun n’a vraiment percé, tous continuent régulièrement de tourner à la télévision ou cinéma dans des productions de seconde zone.

Plus intéressant, Harrell, Crawford et Wilds se sont en parallèle reconvertis dans la musique : le premier comme DJ house et emcee, le second comme chanteur r&b, le troisième en tant que rappeur sous le pseudo Mack Wilds (il a notamment collaboré avec Salaam Remi, le producteur de God’s Son de Nas).

Z comme Ziggy

Parfois surnommé le Jar Jar Binks de The Wire, Chester Karol ‘Ziggy’ Sobotka a beau être aussi lourdingue que gênant, il n’est pourtant pas à confondre avec un énième sidekick pas drôle.

Cousin éloigné du Joker de Joaquin Phoenix et de Pete Campbell dans Mad Men, il cherche tant bien que pas mal à se faire une place dans un monde qui l’écrase chaque jour un peu plus, où jamais personne ne lui accorde la moindre marque de respect.

Et quand dans le dernier acte il fout sa vie en l’air dans un éclat de colère, le tragique prend le pas sur le comique.

Ziggy, ou le personnage que personne ne veut être, mais dont les failles nous font écho sans que l’on veuille nécessairement l’admettre.

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