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CAN au Maroc : le rendez-vous avec l’histoire

CAN au Maroc : le rendez-vous avec l’histoire

Rentrer dans l’histoire du football. C’est ni plus, ni moins, les ambitions du Maroc et plus précisément celles du roi Mohammed VI. Qu’il s’agisse des jeunes, des hommes ou des femmes, les Lions de l’Atlas enchaînent les performances de haut niveau depuis quelques années. 

Entre la demi-finale au Mondial 2022, perdue face à la France, une impressionnante série de 19 victoires consécutives (un record), une médaille de bronze aux Jeux Olympiques de Paris, la Coupe Arabe 2025 et le sacre de ses jeunes au Mondial U20, le Maroc est en pleine ascension. La nation figure parmi les sélections les plus régulières du moment. Ce n’est pas l’élimination en huitième de finale de la CAN 2024 face à l’Afrique du Sud qui va stopper l’élan général. 

Cette régularité est en autres le résultat d’un projet entamé il y a plus de quinze ans et mené avec une vision nationale : l’académie Mohammed VI. Avec la Coupe d’Afrique des Nations organisée sur son territoire (ndlr : elle débute le 21 décembre), le Maroc compte bien envoyer un puissant message au reste du monde. 

Le déclic du Mondial 2022 au Qatar 

Dans le football, vous pouvez investir des millions, bâtir des infrastructures modernes ou attirer les meilleurs talents : seul le terrain confirme la valeur du travail accompli. La Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) ne peut pas dire le contraire. 

Véritable surprise de la Coupe du monde 2022 au Qatar, les hommes de Walid Regragui n’étaient pas attendus à de telles hauteurs. En se hissant jusqu’en demi-finale du tournoi (ndlr : ils ont éliminé l’Espagne en huitième et le Portugal en quart), le Maroc a réalisé une performance inédite pour un pays africain grâce à un jeu basé sur la discipline et la solidarité. Surtout, le pays a montré au monde entier l’ampleur de ses progrès.

📸 AFP.

Ils veulent regarder les plus grandes nations dans les yeux. Le Maroc veut briller avec toutes ses équipe et avoir un football influent

Depuis, le temps a repris son œuvre, mais les accomplissements sportifs se sont poursuivis pour les Marocains. À tel point qu’ils sont devenus une véritable machine à résultats : champions de la Coupe Arabe 2025, champions d’Afrique chez les U17 puis chez les U23 en 2023 et champions du monde chez les U20 en 2025. Mais ce n’est pas tout. Avec Achraf Hakimi en tant que capitaine, la délégation marocaine a décroché la médaille de bronze aux Jeux Olympiques de Paris en 2024.

Si tous les voyants sont au vert chez les hommes, la section féminine des Lions de l’Atlas est aussi en plein essor. Les joueuses ont disputé leur toute première Coupe du monde en 2023, atteignant les huitièmes de finale lors d’un parcours prometteur. Elles ont enchaîné avec une finale perdue face au Nigéria lors de la CAN féminine 2025, organisée au Maroc. « On sent une équipe et un pays totalement décomplexé par rapport à leurs objectifs. Ils veulent regarder les plus grandes nations dans les yeux. Le Maroc veut briller avec toutes ses équipe et avoir un football influent », analyse Elton Mokolo, journaliste au CD5, Winamax FC et à l’After Afrique RMC. 

Le pays maghrébin a également développé sa branche futsal. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les performances sont XXL. Les femmes ont remporté la dernière CAN en avril dernier, alors que les hommes dominent le continent depuis trois tournois. L’épopée au Qatar n’était pas un simple feu de paille. 

Un pays entier tourné vers le football 

Ces résultats remarquables ne sont pas le fruit du hasard : ils s’inscrivent dans un projet ambitieux. Inaugurée en 2010 près de Rabat, l’Académie Mohammed VI a vu le jour sous l’impulsion du roi Mohammed VI. Les objectifs sont de former les talents de demain et de devenir un acteur majeur à l’échelle mondiale en développant le football national à tous les niveaux. « Nous avons pleinement confiance dans le grand potentiel du sport marocain. Notre objectif suprême est de faire du sport marocain un modèle exemplaire, un facteur de cohésion sociale et de renforcement de notre rayonnement régional et international », détaillait le roi Mohammed VI en 2008 lors d’une conférence de presse. 

📸 Xavier Malafosse/Sipa Press.

Aujourd’hui, l’AMF dispose d’infrastructures idéales pour convertir ses ambitions. Sur 17 hectares, le lieu contient une dizaine de terrains dernier cri, des salles de classe et de musculation, des dortoirs, un réfectoire, une piscine ou encore un pôle médical sur trois étages. Des cellules de recrutement sont implantées localement pour dénicher les meilleurs talents dès 6 ans. « Quand le jeune intègre l’académie, il est pris en charge totalement : restauration, hébergement, scolaire, médical. Environ 90 % des enfants viennent de familles pauvres », explique Tarik El Khazri, responsable du recrutement de l’AMF à l’AFP.

Pour renforcer la pratique du football en dehors des murs de l’Académie Mohammed VI et exploiter au mieux ses talents issus de la rue, le Maroc a bâti des city-stades et des enceintes. 

Grâce à son modèle, plusieurs joueurs de l’académie ont émergé au plus haut niveau : Youssef En-Nesyri (Fenerbahçe SK), Nayef Aguerd (Olympique de Marseille) ou encore Azzedine Ounahi (Girona). Lors de la Coupe du monde U20 au Chili en octobre, cinq joueurs formés à l’AMF ont été décisifs (Yassir Zabiri, Othmane Kountoune, Fouad Zahouani, Houssam Essadak, Yassine Khalif). 

Contactée par nos soins, l’académie n’a pas souhaité répondre à nos questions. 

Outre la formation, le Maroc veut parachever sa crédibilité dans le milieu du football en accueillant plusieurs tournois majeurs. Avec une dizaine de stades flamboyants dont celui de Moulay Abdallah (68 000 personnes de capacité), des installations haut de gamme et des hôtels 5 étoiles, le pays maghrébin a mis toutes les chances de son côté pour marquer les esprits. 

En plus de la CAN 2025, le Maroc organisera une partie de la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal et la CAN féminine en 2026. De nouvelles étapes dans l’élévation des Lions de l’Atlas. « Le juge de paix va être la Coupe du monde 2030. Je pense que le Maroc ira pour la gagne. Actuellement, il y a des résultats chez les jeunes. En 2030, ils seront mûrs pour former une équipe capable d’aller chercher le titre. J’ai le sentiment que les Marocains travaillent jour après jour, match après match, pour atteindre cet objectif », confesse Elton Mokolo.

Le juge de paix va être la Coupe du monde 2030. Je pense que le Maroc ira pour la gagne

Le choix du cœur des binationaux 

Le rayonnement du football marocain tient aussi à l’élargissement de son vivier via des joueurs binationaux. Ils sont de plus en plus nombreux à choisir le Royaume plutôt que les pays européens dans lesquels ils sont souvent nés et formés. C’est alors le cœur qui parle. La diaspora marocaine est importante en France, aux Pays-Bas, en Belgique, mais aussi en Espagne.

Grâce à leur culture footballistique forgée dans des championnats exigeants, ces joueurs apportent un mélange d’expérience, de technique et de rigueur qui a largement contribué aux succès récents du Maroc. « La fédération va intégrer de plus en plus tôt les binationaux dans ses effectifs. Ils veulent des joueurs capables de défendre le pays », glisse Elton Mokolo

Achraf Hakimi et Brahim Díaz sous les couleurs marocaines.

Ils veulent des joueurs capables de défendre le pays

Les exemples les plus marquants sont ceux d’Achraf Hakimi (né en Espagne), d’Hakim Ziyech (né aux Pays‑Bas), de Sofyan Amrabat (également formé aux Pays‑Bas) ou encore de Yassine Bounou (né au Canada). Le plus récent d’entre eux est celui de Brahim Díaz. Le milieu offensif du Real Madrid a opté pour le pays de son père. Un choix payant puisqu’il est devenu un élément majeur dans le 11 marocain avec 8 buts en 15 sélections. 

Il y a aussi des ratés comme avec Lamine Yamal. Dans une interview accordée à l’émission 60 minutes overtime, la star du FC Barcelone a révélé avoir envisagé de porter les couleurs du Maroc avant de choisir l’Espagne. « Si on était allé le chercher à 15 ans, je pense qu’on aurait été à 50-50 avec l’Espagne. Quand vous arrivez au moment où le joueur a déjà joué avec l’équipe première, je ne dis pas que c’est 100% impossible, mais c’est bien 80%. Lamine était déjà dans les tuyaux de la sélection espagnole », déclarait récemment Nasser Larguet à RMC Sport

En Europe, l’évolution des mentalités préoccupe. Cela remet en question les stratégies de recrutement des sélections, qui voient partir des talents formés chez eux vers d’autres nations. Certains craignent que le mouvement s’accentue à l’avenir, au point d’affaiblir le vivier local et de redistribuer le talent sur le continent africain. « On va encore perdre d’autres binationaux. Regardez le Maroc. Cette nation est capable de rivaliser avec les meilleures équipes européennes. Aujourd’hui, il n’y a plus vraiment d’opportunisme dans les choix des binationaux. Ils suivent leur cœur et leur éducation », regrettait en mars Thomas Meunier, défenseur international belge du LOSC. 

Pour le Maroc, cette ouverture vers sa diaspora constitue un véritable atout compétitif, renforçant sa capacité à rivaliser avec les grandes nations. 

De grandes échéances à venir 

Si le football marocain brille aujourd’hui, il s’apprête surtout à entrer dans une phase cruciale de son projet. Avec la CAN 2025 organisée à domicile et la Coupe du monde 2026, le Maroc de Walid Regragui devra gérer une pression populaire immense. « C’est un objectif pour moi de faire de grandes choses avec le Maroc. Il y a un objectif de gagner cette CAN. C’est une pression qu’on devra bien gérer, mais on devra prendre nos responsabilités », confiait Achraf Hakimi à Canal+ en septembre dernier. 

Sur le plan sportif, les Lions de l’Atlas ont enchaîné 19 victoires consécutives, un record. Il était détenu jusqu’à présent par l’Espagne avec 15 succès de suite entre juin 2008 et juin 2009. Autrement dit, le Maroc se présente (ou presque) dans les meilleures conditions possibles avant de lancer la CAN 2025. En effet, la participation du meilleur joueur africain de l’année, Achraf Hakimi, est incertaine après sa grave entorse à la cheville avec le Paris Saint-Germain. 

📸 Nabil Ramdani/BackpagePix.

La marge de progression est encore là : l’équipe maghrébine doit perfectionner son identité de jeu pour être dominante. « Le Maroc doit savoir tenir le ballon. Son style reste à définir. Aujourd’hui, cette équipe est un caméléon. Elle est capable de s’adapter à ses adversaires et de s’installer dans le camp adverse », constate Elton Mokolo. 

Devenus une locomotive inspirante pour le football africain, les Lions de l’Atlas ont tout pour remporter de nombreux trophées. Mais pour ça, il faut apprendre à gagner. Reste à voir s’ils parviendront à concrétiser ces ambitions grandissantes. La CAN 2025 et la Coupe du monde outre-Atlantique vont constituer de premiers indices. 

Le choix des hommes sera aussi déterminant. Il faudra miser sur les bons profils pour incarner le projet sur la durée. Sans réussite sportive, il est difficile de poursuivre avec le même modèle.

L’avenir s’annonce radieux pour le football marocain et ses 38 millions d’habitants. 

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