Marshall Mathers LP 2 : est numéro un dans onze pays !
Presque deux semaines après la sortie de Marshall Mathers LP 2 nous revenons en trois points sur l’incroyable succès d’Eminem. Alors pourquoi ça marche ?
PARCE QU’IL EST BLANC ?
NON car avant les Macklemore, Mac Miller, Action Bronson, Asher Roth ou Yelawolf et quelques exceptions près comme les Beastie Boys, les rappeurs blancs aux Etats-Unis n’étaient pas considérés comme crédibles. De ce fait et c’est la donnée la plus importante au pays du dollars, ils ne rapportaient pas d’argent. A l’époque, lorsque Dr Dre annonce son envie de signer un rappeur Blanc de Detroit beaucoup pensent que le bon docteur a peut-être trop abusé de la Chronic dont il parlait tant…
Je suis la pire chose qui soit arrivée depuis Elvis Presley…
OUI car la force d’Eminem dans son premier projet sera de dévoiler son quotidien jusque là inconnu du grand public, du moins de l’auditoire rap. Marshall Mathers dans The Slim Shady LP nous plonge dans la vie d’un « white trash ». Il déteste sa mère, vomit sa femme, décrit ses délires sous ecstasys et aime provoquer l’Amérique bien pensante. Dans plusieurs interviews et surtout dans sa musique Eminem va revenir sur ce soi-disant avantage. Ainsi dans Without Me il reconnaît avec un brin d’ironie que son succès est lié à sa couleur de peau : « I am the worst thing since Elvis Presley To do black music so selfishly And used it to get myself wealthy »/ Je suis la pire chose qui soit arrivée depuis Elvis Presley, je fais de la musique noire avec tant d’égoïsme et je l’utilise pour m’enrichir . Dans la phrase suivante (« There’s a concept that works Twenty million other white rappers emerge But no matter how many fish in the sea It’ll be so empty without me. » /C’est un concept qui fonctionne, vingt millions d’autres rappeurs vont émerger mais peu importe le nombre de poissons dans la mer, ce sera vide sans moi.) Eminem fait bien comprendre que ce n’est pas l’unique raison de son succès.

PARCE QUE C’EST BON RAPPEUR ?
Lorsque les médias américains publient leurs listes de meilleurs MC les noms de Jay-Z, Nas, 2 Pac, Ice Cube, Biggie, Scarface, Andre 3000 d’Outkast reviennent souvent. Eminem moins cité n’a pourtant rien à leur envier. Formé dans la scène de battles de Detroit, son vocabulaire, son interprétation et surtout sa technique est ahurissante. Dans un genre musical où la voix est le principal instrument et les mots sont la matière première Eminem est très bien armé. Le dernier exemple en date où il étale son arsenal est l’ébouriffant Rap God. Le rappeur de Detroit ici crache plus de six mille mots durant six minutes ! Quel rappeur mainstream avec autant de succès et d’années dans l’industrie est capable de réaliser une telle performance ?
L’ALBUM EST-IL BON ?
La suite du Marshall Mathers LP, l’un des meilleurs albums du rappeur blond était très attendu. Pour les nostalgiques Eminem démarre le projet avec Bad Guy la suite du classique Stan : le petit frère de Stan revient le venger ! En plus d’étaler sa technique, Em partage ses états d’âmes tout au long de l’album. Dans « So Far… » il décrit son rapport à la célébrité, s’en prend à son père dans Rhyme Or Reason et dans Headlights s’excuse auprès de sa mère. Tout arrive !
Pourtant il manque beaucoup de choses à MMLP 2. Il n’y a pas de titres forts comme The Way I Am ou de grand moment comme Bitch Please 2 où il était accompagné de Snoop Dogg, Xzibit, Dr Dre et du regretté Nate Dogg. Ici le rendez-vous tant attendu avec Kendrick Lamar se fait sur une musique que l’on croirait tirer d’une B.O d’un film de Quentin Tarantino ! C’est le principal problème de MMLP 2 : la musique. Dr Dre est présent dans les crédits comme executive producer mais n’a réalisé aucune prod ! Eminem en embauchant Rick Rubin présent sur quatre titres et en se remettant derrière la console – depuis Encore il n’avait pas produit autant – a enlevé du groove et du rythme. Difficile de hocher la tête sur ce projet, c’est beaucoup trop plat. Eminem devait-il rapper sur les prods de Mike Will Made It ou de Timbaland ? Ou alors collaborer avec DJ Khaled et poser avec Pharrell Williams ? Sur quelques titres cela aurait peut-être amener quelque chose. Eminem ne s’est pas gêné pour infliger la formule éprouvée des refrains clichés (avec respectivement Rihanna, Skylar Grey, Nate Rueset Liz Rodriguez ) sur quatre titres ! Que dire de Stronger I Was où il pousse la chansonnette ? Ce « défaut » est finalement ce qui fait sa force depuis ses débuts : Eminem est seul dans sa catégorie. Avec The Marshall Mathers LP 2 l’objectif est atteint : l’album a plu à ses fans. C’est peut-être tout simplement pour cela que ça marche…