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Que valait 2Pac comme acteur ? [DOSSIER]

Posté le 13 Septembre 2017 à 11h14, par Aurelien
Que valait 2Pac comme acteur ? [DOSSIER]

Ce qui distingue le plus 2Pac de l’immense majorité des rappeurs d’hier et d’aujourd’hui, c’est très certainement son aura, son charisme qui dépasse largement le simple cadre de la musique.

Animé dès sa jeune adolescence par une intense fibre artistique, le futur cauchemar de l’Amérique se passionne pour la danse, la littérature, la poésie, mais aussi et surtout pour la comédie. C’est ainsi qu’à l’âge de 12 ans à peine, il décroche son premier rôle dans une adaptation des Raisins de la colère sur la scène du célèbre Apollo Theater de New-York, avant d’intégrer quelques années plus tard la prestigieuse Baltimore School Of Arts.

Là-bas, il s’initie à l’œuvre de William Shakespeare et interprète au détour de son cursus le personnage du Roi des souris dans Casse-Noisette, le célèbre ballet du compositeur russe Piotr Ilitch Tchaïkovski.

Le rap le rattrape cependant, et c’est avec son premier album 2Pacalypse Now sorti en 1991 qu’il se fait connaître du grand public. Celui qui était alors un jeune homme sensible et respectueux trouve là son meilleur rôle : se muant au fil de sa carrière en prince des gangstas, il finit par se confondre complètement avec son personnage.

Si le succès musical est au rendez-vous, 2Pac n’en oublie néanmoins pas ses premièrs amours. Outre un caméo mineur avec son groupe d’alors Digital Underground dans le très zarbi Nothing but Trouble de Dan Aykroyd, c’est en 1992 qu’il effectue en fanfare ses débuts au cinéma avec Juice.

S’en sont suivis cinq long-métrages jusqu’à son décès tragique le 13 septembre 1996. Une filmographie plutôt courte donc (surtout comparée à son impressionnante discographie), mais pas sans intérêt, et qui reste comme l’un de ses plus grands « et si ? ».

Certes un 2Pac toujours vivant aurait pu, à l’image de son contemporain Ice Cube, se complaire dans les comédies familiales lourdingues et les films d’action au ras des pâquerettes, mais il aurait aussi pu devenir tout à fait autre chose (au hasard Omar Little dans The Wire ?) comme l’attestent ses performances sur grand écran aussi nuancées et versatiles que ses textes.

Passage en revue de ces dernières par celui qui déclara un jour « être un acteur à qui il arrive de rapper sur son temps libre ».

[Les bandes annonces des films sont accessibles en cliquant sur les images.]

 

Bishop dans Juice

Sorti en janvier 1992, réalisé par Ernest R. Dickerson.

Hasard de la vie, c’est en accompagnant un membre de son crew (un certain Money B) à l’audition que 2Pac sera recruté pour ce film qui conte le destin de quatre ghetto boys de Harlem rattrapés par les vicissitudes de leur quotidien et le poids de leurs ambitions.

En capturant toute la frustration et la colère que ressent un jeune noir des cités-dortoirs, 2Pac crève l’écran et livre là ce que beaucoup considèrent comme sa meilleure prestation – voir cet extrait légendaire.

Un coup d’essai et un coup de maître donc, ce rôle étant devenu depuis le mètre-étalon de tout rappeur qui souhaite faire ses débuts derrière une caméra, nombreux sont ceux attendant un script « à la Juice » avant de franchir le pas.

Reste que le rôle ne va cependant pas sans ambiguïtés accentuant d’une certaine façon le fait de cantonner les rappeurs à des rôles de thug/ dealer/ caïd. Certes, ces derniers y trouvent à court terme leur compte question image de marque, mais ce faisant, ils perpétuent aussi les clichés à leur encontre.

 

Piccolo dans A Different World

Diffusé quelque part en juin 1993.

Spin-off de l’immensément populaire Cosby Show, l’intrigue dépeint les pérégrinations de la fille de ce bon vieux Bilou (pas encore connu comme « ce bon vieux Bilou le violeur ») suite à son départ du domicile familial pour aller étudier à l’université.

Dès la saison 2, la série change cependant complètement de trame et se concentre sur de nouveaux personnages. En cause : la grossesse inattendue de l’actrice principale Lisa Bonet qui se voit alors réintégrer au Cosby Show – non sans avoir été envoyée par les scénaristes une saison durant en voyage en Afrique pour camoufler sa transformation physique.

Alors qu’à compter de la saison 5 l’un des rôles récurrent est confié à Jada Pinkett, l’épisode 21 de la saison 6 voit ironiquement débarquer son ex boyfriend 2Pac/ Piccolo avec qui elle échange quelques lignes de dialogue.

Ironiquement, parce que les deux futurs stars se connaissent très bien. Amis depuis ce jour où ils se sont croisés en école d’art, ils ont longtemps formé un duo aussi inséparable que platonique.

Compagnons de la galère, les voir partager l’écran provoque une certaine réjouissance, même si entre nous ce n’est faire offense à personne que d’écrire qu’il ne s’agit pas là de leur travail le plus accompli.

 

O Dog dans Menace II Society ?

Sorti en mai 1993, réalisé par Allen & Albert Hughes.

Engagé initialement pour jouer Sharif, un personnage secondaire qui bien qu’ami avec le reste du crew de South Central se tient à l’écart de leurs dérives par respect pour sa foi musulmane, ‘Pac se sent très vite mal à l’aise.

Contrairement à ses confrères MC Eiht et Too Short qui interprètent eux de féroces gangbangers, il redoute de voir sa crédibilité de rue piquer du nez en se voyant confier le seul rôle de fragile de la bande.

S’en suivent des discussions très animées avec les frangins Hugues avec qui il a déjà collaboré auparavant sur plusieurs clips, mais qui malgré son insistance refusent jusqu’au bout de lui donner le rôle d’O Dog.

2Pac finit par être remercié et quitte précipitamment l’aventure, clamant un peu (beaucoup) malhonnêtement que si les choses en sont arrivées à ce stade c’est qu’il a refusé de jouer « un gangster musulman ».

L’incident n’en reste cependant pas là. Décidant de laver l’affront dont il s’estime victime Shakur se pointe en plein tournage du clip Trigga Gots No Heart de Spice 1 sur lequel travaille Allen Hugues. Armé d’une batte de baseball et accompagné d’une trentaine de lascars, il passe alors à tabac le réalisateur.

Si ce dernier dépose plainte dans la foulée, vingt ans après les faits, il n’a semble-t-il garder aucune rancune, s’en tenant à déclarer que « si 'Pac avait été au casting, il aurait éclipsé tout le monde, l’intrigue se serait déplacée autour de sa personne, car il était plus grand que le film ».

Aussi grandiose qu’ait été la performance de Larenz Tate, impossible cependant de ne pas se demander ce qu’aurait été le cultissime Menace II Society avec l’auteur de California Love à l’affiche.

 

Lucky dans Poetic Justice

Sorti en juillet 1993, réalisé par John Singleton.

Après le fiasco M2S, très paradoxalement le projet suivant auquel s’attèle le rappeur est une comédie romantique. Une comédie romantique dirigée par le réalisateur de Boyz N the Hood, mais une comédie romantique quand même.

Aux côtés d’une Janet Jackson toute en corn rows alors au top de sa carrière musicale, 2Pac interprète un postier qui planque un radiocassette sous son siège histoire d’écouter du son à fond lors de ses tournées.

Magie du scénario, nos deux cœurs perdus se retrouvent embarqués dans un road trip en camion où chemin faisant, ils apprennent petit à petit à s’ouvrir l’un à l’autre.

Si ce concentré de nineties ne se départit évidemment pas de certains des clichés relatifs au genre, il ne manque toutefois pas de charmes et se laisse gentiment regarder.

(Spoiler : ça se termine bien)

Peaufinant son image de thug & lover, ‘Pac s’en sort plus qu’avec les honneurs, une grande partie de l’énergie du film reposant sur sa performance – parce que oui, son rôle n’aidant pas, Janet Jackson se révèle très vite assez agaçante, ce que la critique ne manquera pas de soulever à l’époque.

 

Birdie dans Above the Rim

Sorti en mars 1994, réalisé par Jeff Pollack.

S’il est difficile de faire plus nanardesque que cette séquence d’ouverture où l’un des personnages tombe d’un toit alors qu’il tente de toucher le cercle d’un panier de basket (si, si), la suite va néanmoins en s’arrangeant.

Above the Rim ou l’histoire d’un espoir du basketball qui ambitionne de passer professionnel, mais qui avant ça doit esquiver les embûches imposées par son environnement.

Axé sur l’univers alors très en vogue du streetball, le métrage donne l’occasion à un 2Pac en grand forme d’incarner un dealer balafré (on sent qu’il s’est retapé Scarface pour l’occasion) qui bien qu’impitoyable fend l’armure quand il doit faire face à son frère Shep, une ancienne gloire de la balle orange devenue agent de sécurité.

Au final un film assez fastfood donc, loin d’être indispensable donc, mais absolument pas désagréable.

Et puis quelle B.O. !

 

Tank dans Bullet

Sorti en octobre 1996, réalisé par Julien Temple.

Un héroïnomane en proie à ses démons est libéré sur parole après huit ans de placard. De retour dans les rues de Brooklyn, il est confronté à la violence et à la marginalisation.

Sur le papier ce film scénarisé et interprété par Mickey Rourke (et dont la distribution compte dans ses rangs un jeune Adrien Brody, Peter 'Tyrion' Dinklage ou encore Donnie Wahlberg, le frère de) aurait pu lorgner du côté du film culte underground ou de la série B sombre et nerveuse, et ce d’autant plus que les thèmes abordés font à leur façon écho à sa situation d’alors.

Sauf qu’au final, si Bullet est sorti directement en vidéo ce n’est pas pour rien – mention spéciale sur ce point aux doublages français digne d’un manga des années 80.

Et ce n’est pas 2Pac le grand méchant de l’histoire qui vient ici sauver l’affaire. Grimé d’un bandeau qui lui donne des faux-airs de Slick Rick, question ridicule son look concurrence allégrement celui de Rourke qui à 35 balais bien tassés nous tente le port du bandana façon Crips & Bloods.

Pas de quoi frimer non plus question acting : à trop vouloir en faire ‘Pac trouve là son plus mauvais rôle au cinoche.

Sans compter que le métrage a du affreusement vieillir depuis le temps...

 

Spoon dans Gridlock'd

Sorti en janvier 1997, réalisé par Vondie Curtis-Hall.

Deux musiciens camés, Tim Roth et Tupac, décident d’entamer une cure de désintoxication le jour ou leur amie Thandie Newton (qui étonnamment a accepté un script où son perso disparaît dès la seconde page) fait une overdose et tombe dans le coma.

Anciennes fréquentations peu recommandables, flics peu compréhensifs et administration kafkaïenne ne l’entendent malheureusement pas de la même oreille.

Si jusque-là, 2Pac s’était plus ou moins contenté de jouer à l’écran une variation de sa personne, avec Gridlock’d, il offre au spectateur un réel aperçu de ce dont il est capable comme acteur.

Tour à tour vif, drôle, touchant, il n’a absolument pas à rougir de la comparaison avec l’expérimenté Tim Roth avec qui il forme une sorte de duo à la Danny Glover et Mel Gibson dans ce buddy movie de la réhab’.

Dommage que malgré le caractère autobiographique du scénario, le réal’ Vondie Curtis-Hall se laisse aller à quelques moments d’inauthenticité : ce pamphlet anti-institutionnel à l’humour noir aurait pu être considéré comme le pendant outre-Atlantique de Transpotting.

 

Sorti en octobre 1997, réalisé par Jim Kouf.

Second film à sortir après la mort du rappeur, le tournage de Flic sans scrupules (le titre en VF) s’est terminé une semaine seulement avant la fusillade qui lui a été fatale.

À la surprise générale, ’Pac y interprète un policier qui travaille de pair avec James Belushi. Corrompus jusqu’à l’os, les deux hommes ont enterré leur conscience morale bien avant que ne défile le générique d’ouverture.

Un choix justifié en ces termes par celui qui a tant maltraité la « po-leece » dans ses textes : « Qui peut jouer un flic mieux que moi ? J’ai vu leur côté sombre quand ils croient que personne ne les regarde. J’ai vu la compassion, j’ai vu la colère, la jalousie, la peur, le respect. Et j’ai vu la haine des flics plus que n’importe qui d’autres. J’ai été arrêté douze fois l’an dernier. […] Quelle que soit la raison, j’ai vu la police plus souvent que je l’aurais voulu. Donc pour cette raison, je le suis le rôle parfait. Le bon point, c’est que nous faisons voir le côté humain des flics qui font ce qu’ils ont à faire. Je pense que les flics ne sont juste qu’un gang : avec le bien et le mal. »

À mi-chemin entre le thriller et le film à procès, ce The Shield avant l'heure tombe malheureusement trop souvent dans la caricature (clairement, ce n’est pas Martin Scorsese à la mise en scène).

 

[Bonus] Le biopic All Eyez On Me

Sorti en juillet 2017, réalisé par Benny Boom.

Dix ans qu’on l’attendait ! Dix ans que rumeurs et bruits de couloir annonçaient l’arrivée dans les salles obscures d’un long-métrage dédié à celui qui a vécu sa vie comme un roman.

[Bon okay entretemps il y a eu ce très gênant biopic chinois, mais faisons comme si de rien n'était.]

Dix ans donc, pour en arriver à ce résultat... Que ceux qui pestaient contre les inexactitudes de Straight Outta Compton ou la piètre qualité de Notorious, retiennent ici leur souffle : ici, c’est pire encore.

Fans de 2Pac ou curieux de découvrir sa légende, passez votre chemin. Dénué de rythme, d’intensité dramatique, le film se contente d’empiler les séquences sans prendre le temps de contextualiser quoi que ce soit (on imagine volontiers les producteurs cocher les cases de leur cahier des charges en se disant « ça, c’est fait »).

Exceptée l’honnête performance de Demetrius Shipp, Jr. dans le rôle du Christ, rien n’est à sauver, tout respire le toc et la pose.

2Pac méritait mieux que ça.

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Auteur (@AurelienBurlet )

Aurelien : « Certains veulent un boule, d'autres des sapes, beaucoup veulent faire fortune, je voulais juste être cool » (1123 articles publiés) Aurelien est sur twitter, vous pouvez le contacter sur @AurelienBurlet.

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