La vie complètement dingue de Mike Tyson résumée en 23 photos

Grandeur et décadence, et rien d'autre entre les deux...

par Aurelien B

Qui est Mike Tyson ? Un boxeur d’exception qui à son zénith faisait sur son seul nom se lever les foules en pleine nuit ? Une force de la nature passée par les hauts les plus hauts et les bas les plus bas ? Un homme qui ne vaut pas mieux que sa peu flatteuse réputation ?

Pas dit que quelqu’un puisse y répondre. Pas dit que l’intéressé lui-même ne soit non plus en mesure de le faire.

Voici tout de même un début de réponse avec cette biographie imagée aux faux-airs de pièces en deux actes.

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Né le 30 juin 1966 dans un hôpital de Brooklyn, c’est peu dire que dès le départ Michael Gerard Tyson n’a pas eu la vie facile.

Abandonné par son père à l’âge de 2 ans, il est élevé avec son frère et sa sœur par sa mère célibataire qui rencontre toutes les peines du monde à joindre les deux bouts.

Lorsque cette dernière perd son travail alors qu’il a 7 ans, il se retrouve livré à lui-même dans les rues de Brownsville, l’un des ghettos les plus dangereux du pays.

Agressé sexuellement à cette même époque par un inconnu (chose qu’il n’a révélé que récemment), il se lance à corps perdu dans la délinquance, profitant notamment de sa petite taille pour cambrioler des maisons en passant par les fenêtres.

À 13 ans son casier compte ainsi pas moins de 38 arrestations.

Et quand trois ans plus tard il perd sa mère des suites d’un cancer, s’ouvre une plaie qui jamais ne se refermera : « Je n’ai jamais vu ma mère heureuse ou fière de moi. Elle ne connaissait de moi que mon mauvais côté, elle me voyait revenir à la maison avec des vêtements neufs dont elle savait pertinemment que je ne les avais pas payés. Je n’ai jamais eu la chance de lui parler, de mieux la connaître. Émotionnel ça m’a dévasté. »

Petite frappe certifiée, le jeune Mike n’en est pas moins la cible régulière des brimades des garçons et des filles de son âge du fait de son allure grassouillette et de son cheveu sur la langue.

Plutôt du genre introverti, à 9 ans il trouve refuge dans l’élevage de pigeons, une passion qui l’accompagnera toute sa vie – au début des années 2000 il en domestiquera jusqu’à plus d’un millier dans sa propriété de New-York.

« Les pigeons sont les premiers êtres que j’ai aimés de ma vie. Je ne sais pas pourquoi mais pour moi ils ne sont pas si différents des humains. »

Malheureusement, quand ses petits camarades ont vent de son nouveau hobby, ils décident de venir lui rendre visite pour lui voler « ses oiseaux ».

Ce jour-là l’un d’entre eux en profite pour s’amuser à torturer l’un d'entre eux avant de lui arracher la tête lui malgré les suppliques de Tyson. Subitement hors de contrôle, lui qui jusque-là n’était pas un bagarreur frappe alors pour la première fois de sa vie quelqu’un au visage.

Ayant de son propre aveu éprouvé du « plaisir » à le violenter, à partir de là il n’hésite désormais plus à donner du coup de poing, y compris contre des mecs de 30 ans qui refusent de le payer quand il gagne aux dés contre eux.

Incarcéré à 14 ans au centre de détention juvénile Tryon School for Boys suite à une énième arrestation, Mike Tyson souhaite s’essayer à la boxe anglaise.

Sur place, l’ancien professionnel Bobby Stewart (45 victoires, 5 défaites) lui impose tout d’abord de passer un mois sans commettre aucun écart de discipline avant même de commencer à s’entraîner.

Puis après quelques semaines, il le présente à l’homme qui va changer sa vie pour de bon : Constantine ‘Cus’ D’Amato.

Ancien manager de Stewart ainsi que de plusieurs hall of famers comme Floyd Patterson ou José Torres, il détecte immédiatement l’immense potentiel de ce tumultueux adolescent.

Ou pour citer Tyson : « Il avait beau m’avoir tout juste rencontré, j’avais beau être encore un gosse, il m’a prédit direct que je serais champion du monde. »

Âgé de 70 ans, l’homme que Mohammed Ali surnommait « la Bible de la boxe » entreprend alors sans plus attendre de mettre son plan à exécution, non sans reformater de A à Z son nouveau poulain.

Réputé aussi austère qu’intraitable avec ses boxeurs, D’Amato s’emploie à faire de lui « un sociopathe arrogant » dixit Tyson.

Ou comme il l’écrit dans son livre Iron Ambition publié en 2017 : « Cus m’a persuadé que faire du mal aux autres était noble (...) Je ne ressentais aucun sentiment pour mon prochain, je n’avais aucune compassion. J’étais programmé pour être comme ça, pour être vide. »

Bien que médaillé d’or aux Jeux Olympiques de la Jeunesse en 1981 et en 1982, Tyson, pas encore 18 ans, manque de peu de se qualifier pour les Jeux Olympiques de 1984.

La faute à un certain Henry Tillman (ci-dessus) qui du haut de ses six ans de plus le défait de peu lors des qualifications avant de s’en aller monter sur la première marche du podium à Los Angeles.

En 1990 les deux hommes se retrouvent chez les pros sur un ring de Las Vegas.

Intitulé The Road Back, le combat dure cette fois deux petites minutes et 47 secondes durant lesquelles Tillman fait ce qu’il peut pour éviter son adversaire avant de prendre une droite en contre qui le laisse les quatre fers en l’air.

Un an et demi seulement après ses débuts chez les professionnels, fort de 27 victoires en 27 combats assortis de 25 KO, le Kid Dynamite se voit offrir le 22 novembre 1986 une chance de devenir le plus jeune champion du monde de l’histoire de la boxe du haut de ses 20 ans et 145 jours.

Face à lui Trevor Berbick comprend très vite que le duel s'apprête à tourner à la correction. Les commentateurs télé eux pressent le débit comme s’il s’agissait d’un 100 mètres.

L’affaire est pliée en 335 secondes par ce qui reste comme l’un des KO les plus célèbres du noble art : sonné après un crochet du gauche au front, Berbick s’effondre une première fois non sans tenter à deux reprises de se relever pour aussitôt retomber au sol tel un ivrogne.

« Rien n’allait m’arrêter cette nuit » déclarera par la suite Tyson. « Je n’étais pas venu pour boxer, j’étais venu pour le faire souffrir parce que je savais que ma vie serait meilleure après ça. Je voulais avoir la vie que Cus m’avait prédit que j’aurais. »

Si malheureusement pour lui Cus D’Amato décédé un an plus tôt n’a pas pu voir sa prophétie se réaliser, Mike va néanmoins vraiment vivre cette vie-là. Du moins pendant un temps très court.

Pour Tyson un combat se gagnait ou se perdait avant même le premier round. Tout se jouait lors du face-à-face qui précédait le combat, ce moment où il fixait droit dans les yeux sa future victime.

Dès lors pas question pour lui de laisser à cette dernière le moindre répit.

Short noir, chaussures noires, pas de peignoir, pas de chaussettes, c’est directement prêt à en découdre qu’il se pointait sur le ring quitte à écoper d’une amende à chaque fois pour non-respect des règles vestimentaires.

Reste que ce rituel qui inspirait la terreur visait en réalité principalement à rassurer Tyson, lui qui malgré sa réputation connaissait aussi la peur.

Constamment sur le fil, il était en effet impératif que tel un robot il limite au maximum la gamberge.

Au courant de ses fragilités mentales, Steve Lott, l’un de ses rares amis, insistait d’ailleurs pour le conduire au stade la veille de ses combats afin qu’il se familiarise avec le lieu (montée sur le ring, déplacements, test de la rigidité des cordes...) et réduise tout possible dérèglement de dernière minute.

Après avoir unifié les ceintures WBA, WBC et IBF, Iron Mike comme on le surnomme désormais trouve sur sa route Michael Spinks, 31 ans.

Invaincu en 31 combats (21 KO), il est considéré (y compris par Ali) comme le seul homme capable de lui faire mordre la poussière.

Organisé en juin 1988 à Atlantic City par Donald Trump, l’évènement est présenté comme le plus lucratif de l’histoire du sport.

Las, ceux qui s’attendaient à un choc des titans en sont pour leur frais : après avoir tonné en conférence de presse vouloir « arracher le cœur de Spinks pour ensuite lui mettre sous le nez », il ne faut ensuite pas plus de 91 secondes à Tyson pour remettre les pendules à l’heure.

91 secondes au cours desquelles, il décoche 23 coups (!) dont un crochet du gauche au menton qui envoie Spinks valdinguer dans les cordes pour la première fois de sa carrière.

[Pour l’anecdote, son entraîneur Kevin Rooney lui avait fait croire avant que la cloche ne sonne qu’il avait parié sa bourse et la sienne sur une victoire au premier round...]

Assis sur le toit du monde à trois jours de son 22ème anniversaire, Tyson confie dans la foulée en conférence de presse qu’il souhaite mettre fin à sa carrière sur cette note.

De son côté, Spinks, dont la rumeur veut que juste avant le combat il ne voulait pas sortir de son vestiaire tant il avait peur de son adversaire, prend lui pour de vrai sa retraite un mois plus tard.

Vainqueur de ses 19 premiers combats par KO, au total Mike Tyson a remporté 23 combats avant même la fin du premier round, dont sept en moins d’une minute !

Son secret ? Un punch sans pareil, mais pas que.

« Tout le monde pense que personne n’a jamais frappé aussi fort que moi, pourtant la plupart des poids lourds étaient plus gros que moi. En réalité, j’étais hyper rapide. Je touchais le premier, c’est pour ça que mes knock-outs paraissaient si spectaculaires. Bien sûr je cognais fort, mais j’étais très précis dans l’exécution. Je frappais à certains endroits. »

Outre ses compilations de KO qui tournent en boucle sur le net, au rayon anecdotes étranges, souvenons-nous qu’en 1999 son combat contre Orlin Norris s’est soldé par une non-décision après qu’il l’ait blessé d’un coup de poing au genou, ou encore que face à Lou Savarese en 2000 il a carrément mis KO l’arbitre qui essayait de l’empêcher de continuer de frapper son adversaire au sol.

Si l’on en croit son garde du corps Rudy Gonzalez, le fichier informatique dans lequel Tyson répertoriait toutes les femmes avec qui il se souvenait avoir couché (ce qui excluait coups d’un soir et groupies) comptait plus de 1 300 noms en 1992 !

Parmi eux, celui du mannequin Naomi Campbell avec qui il a partagé une brève aventure en 1988.

Dans son livre Taming the Beast: The Untold Story of Mike Tyson, son manager Rory Holloway raconte comment dès leur première rencontre lors d’une soirée organisée par Russell Simmons à New-York les deux tourtereaux ont eu le coup de foudre l’un pour l’autre.

« Mon job c’était de m’assurer que Mike évitait les ennuis, un peu comme une nourrice. À un moment je le vois parler à une fille. Là j’ai dû me frotter les yeux quand j’ai vu qu’il s’agissait de Naomi Campbell. C'était peut-être la plus belle femme de son temps. Elle avait ce côté sauvage, cette vivacité... et de ces jambes. »

Les deux larrons lui demandent alors de tenir leurs verres quelques minutes afin qu’ils puissent aller parler un peu plus tranquillement aux toilettes. Posté devant la porte, Holloway tente tant bien que mal d’empêcher les autres convives de rentrer. Les minutes passant et la situation devenant de plus inconfortable, il décide cependant d’aller voir ce qu'ils peuvent bien fabriquer.

« Là j’ai vu Naomi sur les toilettes, la jupe remontée et Mike qui s’activait derrière elle. »

Tyson et Campbell ne poursuivront toutefois pas longtemps leur idylle, le mannequin supportant très mal les infidélités du boxeur.

Dommage, eux qui dans les pages du prestigieux magazine Vogue allaient si bien ensemble.

Entre la mainmise des marques et l’envolée des droits télé, dans les années 80 le sport professionnel se mue en sport business.

Parmi les premières têtes de gondole de cette nouvelle ère, Mike Tyson accepte début 1986 (avant son premier titre de champion du monde donc) un contrat de sponsoring d’un genre nouveau quand le président de Nintendo USA Minoru Arakawa lui propose 50 000 dollars sur trois ans pour lancer un jeu vidéo à son nom sur NES, Mike Tyson's Punch-Out!!

Mis en scène en boss de fin imbattable, il peut ici regretter de n’avoir pas négocié un plus gros chèque : avec plus de 2 millions de cartouches écoulées, Mike Tyson's Punch-Out!! est le onzième jeu le plus vendu de l’histoire de la console.

Tyson a également marqué histoire des jeux vidéo en inspirant l’un des personnages les plus célèbres de la licence Street Fighter, le boxeur Balrog.

Dans les versions japonaises du jeu, ce denier s’appelle d’ailleurs M. Bison.

Pas forcément emballé à l’idée de très probables poursuites judiciaires à l’international, l’éditeur Capcom a dès 1991 pris la décision d’inverser dans tous les autres pays les noms de trois des quatre boss – initialement le chef des armées M. Bison (le M signifiant ici Mister et non plus Mike) s’appelait Vega et l’assassin masqué Vega s’appelait Balrog.

Dans l’inconscient collectif, c’est le combat de boxe ultime, celui qui met face-à-face deux hommes, deux tempéraments, deux styles que tout oppose.

L’agilité et la finesse d’Ali contre la puissance et l’agressivité de Tyson.

Dans les faits ce combat a déjà eu lieu : il s’agissait du Rumble in the Jungle de 1974 au cours duquel Ali a mis la pilule que l’on sait à Georges Foreman.

Oui parce que n’en déplaise à ceux dont la culture boxe se résume aux vidéos Youtube de Mayweather, si Mohammed Ali est assez unanimement considéré comme « The Greatest », Mike Tyson est au mieux un top 10 dans l’histoire des poids lourds, loin derrière (dans le désordre) Joe Louis, Lennox Lewis, Jack Dempsey, Rocky Marciano, ou encore Jack Johnson.

Et tant pis si Ali lui-même a affirmé que seul Tyson aurait pu le battre du temps de sa splendeur (ce que l'intéressé a encore récemment réfuté).

Il n’en reste pas moins que les deux champions ont toujours été proches depuis ce jour où après sa défaite contre Larry Holmes en 1980, Tyson, 14 ans, a juré au téléphone à son idole qu’il le vengerait.

Sept ans plus tard ce fut chose faite, non sans que juste avant le combat Ali vienne rappeler à l’oreille de Tyson sa promesse – « Remember what you said – get him for me ».

Preuve de leur amitié, en 1995 Ali viendra chercher en personne Tyson à sa sortie de prison pour l’emmener prier lui.

Moins d’un mois après avoir commencé à fréquenter l’apprentie actrice Robin Givens, Mike Tyson lui passe la bague au doigt le 9 février 1988 sans signer le moindre contrat de mariage.

Huit mois plus tard, interviewée au côté du champion du monde sur le plateau télé de l’émission 20/20, Givens clame que vivre avec lui est « une torture, un enfer, pire que tout ce qu’elle pouvait imaginer ».

Le 7 octobre, elle demande le divorce.

Qu’importe alors si elle affirme que Tyson lui a régulièrement levé la main dessus (ce que l’intéressé a reconnu du bout des lèvres 20 as après) et a menacé de tuer sa famille, aux yeux d’une grande partie de l’opinion publique, et plus particulièrement auprès de la communauté afro américaine, elle incarne l’archétype de la chercheuse d’or.

Vénale et manipulatrice, elle aurait profité de l’état d’instabilité psychologique du boxeur pour lui extorquer une part de sa fortune personnelle estimée à 50 millions de dollars.

À sa décharge, Tyson fait savoir que s’ils se sont dit « oui » c’est parce que Givens est lui a « fait croire » qu’elle était tombée enceinte, et que sitôt mariés, elle et sa mère se sont achetées une maison à 4,6 millions de dollars.

S’ensuit une guerre de procédures (ce qui n’empêche absolument pas les deux amants terribles de continuer de coucher ensemble durant ce laps de temps) avant que la séparation ne soit officiellement prononcée le jour de la Saint Valentin 1989.

Officiellement bénéficiaire de 10 millions de dollars à titre de compensation, Givens a toujours nié avoir perçu le moindre centime.

À la fin de l’année 1988, aucun des membres de la garde rapprochée du Mike Tyson première version n’est à ses côtés.

Son mentor et père spirituel Cus D’Amato ainsi que son co-manager Jimmy Jacobs sont décédés, tandis que son manager Bill Cayton et son coach Kevin Rooney ont été remerciés.

Plus isolé que jamais, il est une cible parfaite pour Don King qui depuis quelque temps déjà zieute sur lui.

Devenu officiellement son promoteur le 26 octobre 1988, s’il sait lui aussi jouer de ses failles c’est pour mieux le mener par le bout du nez en flattant ses bas instincts.

Désireux de faire migrer son nouveau poulain sur la chaîne Showtime, « PalpaKing » lui programme lui impose une série de combats sans autre intérêt que de libérer dans les plus brefs délais de son contrat de diffusion signé précédemment avec HBO.

Très court-termiste, le calcul s’avère désastreux pour Tyson qui chemin faisant abandonne sa discipline de travail, s’entoure de fréquentations de plus en plus douteuses, et finit par absolument tout perdre – ses titres, son argent, sa liberté.

Ou pour citer Steve Lott : « De 1985 à 1988 avec Cayton et Jacobs, tout ce qui pouvait aller allait. Une fois Mike entiché de Robin Givens et Don King, tout ce qui pouvait aller mal est allé mal. »

Des plus rancuniers à l’égard de King, Tyson le poursuivra en mars 1998 à hauteur de 100 millions de dollars pour malversations, lui balancera « un coup de pied dans sa p*tain de tête » en 2003, dira de lui en 2009 qu’il est « un tas de m*rde qui vendrait sa mère pour un dollar » et plus récemment lui jettera un verre d’eau au visage en conférence de presse (ce dont il s’est excusé après coup).

Très certainement l’un des plus grands coups de théâtre du sport moderne.

Sorte de quasi exhibition en terres japonaises, le combat contre James ‘Buster’ Douglas est considéré comme un round d’échauffement avant de croiser le fer avec Evander Holyfield.

Quelle n’est donc pas la surprise des rares téléspectateurs US réveillés dans la nuit du 11 février 1990 de voir celui qui à six reprises a combattu en ouverture d'un combat de Tyson lui tenir la dragée haute.

Mieux, non content de s’être relevé suite à un crochet du droit dévastateur encaissé au huitième round, Douglas envoie celui que les parieurs donnaient favoris à 42 contre 1 au tapis pour de bon dans le dixième !

Sacré nouveau Rocky par les médias, Buster Douglas a beau plus tenir de la curiosité que du prochain roi de la boxe mondiale, l’exploit est de taille – d’autant plus que comme Tyson, sa vie personnelle tient à ce moment du désastre (quitté par sa femme, mère décédée quelques semaines auparavant, baby mama malade des reins...).

Toujours est-il que rien de tout ça ne serait arrivé sans Bobby Brown. En tournée au pays du Soleil Levant, l’auteur de Don’t Be Cruel est en effet passé rendre une petite visite de courtoisie à son pote Tyson la veille du combat... avant que les retrouvailles ne dégénèrent en orgie.

« Mike et moi sommes restés debout toute la nuit avec la douzaine de filles qui bossaient à l’hôtel. Franchement on se marrait bien même si je n’arrêtais pas de lui dire ‘Yo Mike, tu devrais peut-être aller dormir un peu, demain tu montes sur le ring’, ce à quoi il me répondait ‘Écoute Bobby, ce type est un amateur, je pourrais le battre sans dormir pendant cinq semaines. Ne t’inquiètes pas, demain sera l’un de mes combats les plus courts’. »

Tyson passera d’ailleurs un coup de fil à Brown après le combat pour lui avouer qu’il aurait dû l’écouter.

[Sinon, et ça n’a rien à voir, après avoir regardé cette vidéo votre vie ne sera plus la même.]

Été 1991. Invité à venir assister aux répétitions d’un concours de Miss, Mike Tyson, 25 ans, fait la connaissance de l’une des participantes, Desiree Washington, 18 ans. Plus tard dans la soirée, la jeune fille accepte de monter dans sa chambre d’hôtel.

Le 22 juillet, elle porte plainte pour viol.

Inculpé le 9 septembre 1991, le boxeur risque jusqu'à 63 ans d’enfermement. Pour se défendre, il engage alors la star du barreau Vincent Fuller... un avocat spécialisé dans les affaires d’ordre fiscal.

Quand débutent les audiences, plus de 400 journalistes et reporters se pressent du monde entier pour assister aux débats.

Le 10 février 1992, après neuf heures de délibération le jury reconnaît l'accusé coupable en se basant notamment sur le témoignage de la chauffeuse de limousine qui a affirmé avoir ramené Washington chez elle au petit matin « en état de choc » et sur celui du médecin qui l’a examinée dans la foulée.

Le 26 mars suivant, Michael G. Tyson écope d’une peine de dix ans de prison dont quatre suspendus, le tout assorti d’une possibilité de remise en liberté au bout de trois ans.

À sa sortie du tribunal il se fend de la déclaration suivante : « Je jure sur tout ce que j’ai que je ne n’ai pas fait ce qu’elle a dit que je lui ai fait. Peut-être suis-je puni pour d’autres chose que j’ai faites, peut-être qu’il s’agit d’un juste retour des choses. »

Jamais avare en confidences lorsqu’il s’agit d'étaler sa vie privée, hier comme aujourd’hui Tyson refuse cependant catégoriquement d’aborder le sujet en public autrement que pour nier farouchement tout rapport non consenti.

Derrière les barreaux, plusieurs rumeurs relatent sa conversion à l'islam.

Sitôt libéré le 25 mars 1995, kuffi sur la tête, l’ancien numéro d’écrou 922335 confirme la nouvelle en se rendant de ce pas dans la mosquée la plus proche, puis en faisant savoir qu’il a adopté le nom coranique Malik Abdul Aziz.

Évidemment un tel virage à 180 degrés ne va pas sas surprendre. D’une part parce qu’au cours de ses trois années passées au Indiana Youth Center, Tyson a admis avoir eu « tellement de rapports sexuels qu’il n’avait pas la force de s’entraîner », et de l’autre parce que par la suite ce fut pire (lire plus bas).

Il n’empêche qu’à échéances régulières, il réaffirme sa foi comme en 2012 lorsqu’il effectue son pèlerinage à la Mecque ou qu’il déclare à Fox News l’année d’après « qu’Allah n’a pas besoin de lui, mais qu’il a lui besoin d’Allah ».

Tout cela ne l’a cependant pas empêché en 2016 de soutenir en tant que « black muslim » la candidature de Donal Trump à la présidence.

Référencé jusqu'à l'overdose depuis trente ans dans la culture rap à base de punchlines filant la métaphore avec la puissance de son punch, comme une majorité d’emcees, Tyson se contrefout d’être un exemple, lui qui comme eux se délecte même de jouer au « cauchemar de l’Amérique » auprès de la classe blanche.

Pote avec 2Pac depuis ce jour où avant la célébrité il l’a fait rentrer lui et tout son crew dans un club de Los Angeles dont les videurs lui interdisaient l’accès, il partage avec lui bon nombre de points communs. À commencer d’avoir été condamné pour viol.

Shakur est d’ailleurs aller visiter Tyson en prison – ce qui selon ce dernier avait le don d’agacer passablement les gardes, tant le rappeur de par sa simple présence faisait monter la tension.

Habitué à monter sur le ring au son de Ambitionz Az A Fighta, une réécriture de 2Pac de son morceau Ambitionz Az a Ridah, les deux hommes voient leurs destins liés à jamais le 7 septembre 1996 : sur le ring, Mike pulvérise en 1 minute 49 le pauvre Bruce Sheldon, présent dans le public, 'Pac est quelques heures plus tard assassiné par balles.

Mainte fois reporté (à cause de la défaite de Tyson contre Douglas en 1990, à cause d'une côte cassée de Tyson en 1991, à cause de la condamnation de Tyson en 1992), le choc contre Evander ‘The Real Deal’ Holyfield finit enfin par se tenir le 9 novembre 1996 au MGM Grand Garden Arena de Las Vegas.

Malgré quatre victoires expéditives en 13 mois (huit petits rounds passés sur le ring au total), malgré le fait qu’il attire toujours autant les foules, malgré le fait qu’il soit donné favori, Mike Tyson, 30 ans, n’est clairement plus le prodigieux boxeur qu’il a été.

Loin de sa technicité d’antan, il se contente désormais d’avancer bille en tête sur son adversaire pour tenter de lui porter un coup fatal.

De retour au sommet de sa forme après avoir manqué un an plus tôt de faire une crise cardiaque, Holyfield lui inflige donc un très logique KO technique à la onzième reprise, enterrant là une bonne fois pour toutes le mythe Iron Mike.

Business oblige, huit mois plus tard, une revanche est organisée.

La suite on la connaît : au premier round Tyson mord l’oreille droite d’Holyfield, se fait avertir par l’arbitre qui à la surprise générale n’arrête pas le combat, puis pète un boulon au troisième en lui arrachant cette fois partie de l’esgourde gauche.

Tyson justifiera son geste en arguant des coups de têtes portés par le roublard Holyfield, son entraîneur Teddy Atlas affirmera que Tyson s’est comporté de la sorte pour prévenir une seconde défaite de rang, et Holyfield finira par récupérer son bout d’oreille en 2013 à l’occasion d’une pub tournée pour Foot Locker.

Banni 15 mois, condamné à une amende de 3 millions de dollars, Tyson entreprend de revenir au top en 2002 en s’emparant des titres WBC/IBF/IBO détenus par Lennox Lewis.

Là encore il s’agit du combat que le monde réclame, d’autant que Tyson se complaît dans sa caricature, comme lorsqu’en juin 2000, après s’être débarrassé de Lou Savarese en 38 secondes, il se lance ainsi dans une tirade flirtant avec la psychopathie.

« Je suis le meilleur. Je suis le plus brutal, le plus vicieux des champions. Personne ne peut m’arrêter ! Lennox est un conquérant ? Non. Moi je suis Alexandre le Grand. Pas lui. Je suis le meilleur. Il n’y a jamais eu quelqu’un d’aussi cruel que moi. Je suis Sonny Liston. Je suis Jack Dempsey. Il n’y a personne comme moi. Je suis de leur trempe. Personne ne m’arrive à la cheville. Mon style est impétueux, ma défense est imprenable. Je suis féroce. »

Et de conclure par : « Lennox je veux ton cœur. Je veux manger tes enfants ! Louanges à Allah ! »

Deux ans plus tard, au cours de la conférence de presse annonçant officiellement la tenue du combat entre les deux poids lourds, Tyson se jette sans crier gare sur le britannique. Plaqué au sol par tout son entourage après avoir dégommé son garde du corps, enragé, il lui mord la jambe !

Une fois debout, il s’en prend aux journalistes présents à coup d’insultes copiées/collées d’un film de ghetto – « You scared white pussy (...) I'll fuck you till you love me faggot ! »

Conséquence, la commission du Nevada lui retire sa licence.

Et quand le combat se tient quatre mois plus tard à Memphis, les organisateurs prennent toutes précautions : les deux boxeurs n’occupent pas les vestiaires au même moment, les instructions des arbitres sont données avant de monter sur le ring, et lors des présentations ils font placer une douzaine d’agents de sécurité entre eux afin de prévenir tout éventuel débordement avant que la cloche ne retentisse.

Oh, et sinon Mike est tombé par KO au huitième.

C’est l’un de tatouages les plus célèbres au monde.

En 2003, Tyson s’apprête à affronter Clifford Étienne. En plein camp d’entraînement, il décide de tout laisser tomber pour aller se faire piquer.

Furieux, son coach Jeff Fenech le lâche, persuadé qu’il essaye là de faire capoter le combat.

Mike finit toutefois par revenir, non pas avec le visage recouvert de cœurs comme il le prévoyait, mais avec un motif maori sur l’arcade gauche, puis s’en va exploser Étienne en moins d’un round (il s’agit là de la toute dernière victoire de sa carrière).

Sur les conseils de sa femme, il ne s’est néanmoins pas fait recouvrir l'arcade droite à l’identique, lui qui arbore déjà sur le corps toute une collection de portraits des plus bizarres : le communiste argentin Che Guevara sur le ventre, le joueur de tennis Arthur Ashe (vainqueur de Wimbledon en 1975) sur son épaule gauche, son ex-femme Monica Turner sur son avant-bras, ou encore le leader chinois Mao Zedong (l'initiateur de la politique du Grand Bond en avant, du goulag et de la Révolution culturelle, 70 millions de morts au total) sur le biceps droit.

Plus bête de foire qu’autre chose, Tyson continue de se produire sporadiquement façon Michael Jordan avec les Washington Wizards.

Le 11 juin 2005, son troisième combat en trois ans sera toutefois le dernier.

Après avoir été battu par le très honnête Danny Williams onze mois plus tôt, celui qui fut surnommé au sommet sa gloire « l’homme le plus mauvais de la planète » affronte à 38 ans le très limité Kevin McBride dans ce qui ressemble à une mauvaise parodie.

Après avoir tenté de lui casser le bras dans le sixième round puis s’être fait retirer deux points de pénalité pour lui avoir mis un coup de tête, quand vient le round suivant Tyson reste assis sur sa chaise, refusant de poursuivre le combat.

Penaud, au micro il explique ensuite « ne pas vouloir manquer de respect à ce sport ».

« Mon cœur n’y est plus. Je m’excuse auprès des fans qui ont payé pour ça. J’aurais aimé faire mieux, mais il est temps pour moi de passer à la suite, d’être un meilleur père et de m’occuper de mes enfants. »

Soulagé, à cet instant Tyson pense au fond de lui-même pouvoir enfin consacrer ses journées « à b*iser et à se d*foncer jusqu’à que mort s’ensuive ».

Bien qu’il ait reçu 5,5 millions de dollars pour sa prestation face à Bride, Tyson n’a en réalité touché que 250 000 dollars, le reste de l’argent ayant été saisi pas ses créanciers.

Endetté à hauteur de 23 millions de dollars, en dépit d’avoir perçu pas moins de 300 millions de dollars au cours des 20 dernières années, il avait dû se résoudre à se déclarer en faillite en 2003.

Consommation de drogue, contrats foireux, procès, entourage pique-assiette, divorces, pensions alimentaires, impôts... c’est peu dire qu’il a mordu à tous les hameçons de la vie de nouveau riche.

Ne serait-ce qu’entre 1995 et 1997, il a dépensé 9 millions de dollars en frais d’avocat, 230 000 dollars en facture de téléphone et 410 000 dollars pour une soirée d’anniversaire !

Amateur de voitures de luxe (on lui prête plus d’une centaine d’achats), il avait dû engager à l’époque un type dont le boulot était de retrouver lesdites voitures dont il ne se souvenait plus à qui il les avait prêtées.

Et question dépenses folles, impossible de ne pas mentionner ses deux tigres du Bengale à 140 000 dollars qui, en plus de lui avoir coûté 4 000 dollars de nourriture par mois et 125 000 dollars en dressage par an, lui ont valu de débourser 250 000 dollars pour indemniser une femme qu’ils avaient un jour attaqué.

Résultat, dès 2006, Tyson, 40 ans, en est réduit à remettre les gants en exhibition histoire de renflouer ses caisses – ça et puis aussi des films de séries Z, des livres, des documentaires, un one man show, des partenariats, etc.

En 2013 Mike Tyson publie son autobiographie, Undisputed Truth.

Au milieu de mille anecdotes aussi tarées les unes que les autres (on vous en reparlera bientôt), ce qui se dégage en filigrane du récit c’est le parcours d’un homme toute sa vie en proie à ses pulsions autodestructrices.

Un homme dévoré par ses addictions (à la cocaïne, à l’alcool, aux femmes, au goût du sang...) qui n’hésite pas à écrire les plus sérieusement du monde des phrases comme « Des fois je fantasme d’exploser la cervelle d’un type comme ça je pourrais finir mes jours en prison ».

Ou qui lors de la campagne de promotion confie « ne même plus savoir qui il est », que sa vie est « une farce », « qu'il y a des jours c’est comme s'il se réveillait en plein rêve et se disait ‘Mais comment tout ça a-t-il pu arriver ?’ »

Sincère devant l’éternel, il en a récemment rajouté une couche lorsqu’en pleurs il est revenu sur ce qu’il a été et ce qu’il est devenu.

« L’art du combat l’art de la guerre c’est tout ce que j’ai jamais su, tout ce que j’ai jamais étudié. C’est pour ça qu’ils me craignaient tous sur le ring. J'étais un destructeur. C’est la raison pour laquelle je suis venu au monde. Aujourd’hui ces jours sont derrière moi et je me sens vide. Je ne suis plus rien. »

« Je ne suis plus cette personne et elle me manque. Il y a des fois où je me sens comme une bitch. Pourtant je ne veux pas que cette personne revienne parce que si elle revenait ce serait à nouveau le chaos. »

« Je déteste le mec que j’ai été, j’ai peur de lui. »

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Auteur (@AurelienBurlet )

Aurelien B : « Certains veulent un boule, d'autres des sapes, beaucoup veulent faire fortune, je voulais juste être cool » (1789 articles publiés) Aurelien est sur twitter, vous pouvez le contacter sur @AurelienBurlet.

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Anarky le 20/05/2020 à 20h09 - Réagir au message - Signaler - 0Soutenir +1

Article peu intéressant une description d’une légende de la boxe aussi suggestive que les fautes d’orthographe de votre « torchoir ».

Mahfoud le 18/05/2020 à 22h55 - Réagir au message - Signaler - 0Soutenir +1