Tarik Azzouz, d'Aulnay au rap game US [Portrait]

Découvrez le compositeur français qui se cache derrière Rick Ross, Lil Wayne, Meek Mill et The Game...

par ThomasRenard

 Crédits photos : Antoine Ott 

 

Il était trop facile de débuter notre article sur Tarik Azzouz par ces mots : "Nul n'est prophète en son pays". Car oui, il s'agit ici d'un beatmaker français qui travaille avec tout ce que le game US compte de poids lourds. De quoi lui faire totalement oublier l'hexagone ? Pas du tout... Rencontre avec un musicien passionné, bien accroché à sa ville d'Aulnay-sous-Bois. Rendez-vous dans le 93 entre vie de famille, collaborations avec DJ Khaled et obsessions musicales

Tarik joue à domicile 

Lorsqu'on débarque, c'est sous un ciel gris, une habitude en région parisienne. Loin du temps qu'il fait, Tarik nous ouvre la porte avec un sourire chaleureux et nous emmène dans son antre. L'artiste pose les bases : "Au-delà d'être en studio, on est à domicile. C'est la maison familiale, mais là aussi que je bosse". Au mur s'affichent des disques de platine, on croise les opus de Meek Mill ou de The Game, la marque d'un certain poids. Néanmoins, notre compositeur n'est pas du genre à avoir la grosse tête. Loin des spotlights des USA, il savoure sa réussite avec une visée en tête. 

On travaille en équipe, StreetRunner me fait des passes décisives et je marque

"Mon but ? Racheter la maison de mon père. J'ai grandi ici, il y a un terrain de basket juste à coté, c'est parfait. Aulnay, c'est chez moi" nous explique-t-il. Bien dans son époque, il fait le pont entre les continents pour faire ce qu'il sait faire de mieux, proposer de la bonne musique. Amoureux du travail bien fait, s'il aura bossé pour grimper les échelons -nous y reviendrons- une rencontre décisive à eu son importance, celle avec le producteur StreetRunner. 

En lien avec les rappeurs et les studios, l'Américain lui a mis le pied à l'étrier : "J'ai envoyé mon travail à StreetRunner et de là, on a commencé à bosser. C'était en 2014, j'étais encore en cours à ce moment-là". Vient ensuite l'heure du départ aux Etats-Unis pour faire face à l'homme en chair et en os : "Avant de partir aux Etats-Unis, j'avais tendance à être sur mes gardes. StreetRunner, c'était une super connexion, mais il fallait une rencontre avec l'humain. J'ai passé mes derniers exams et j'y suis allé. J'ai rencontré quelqu'un que je ne connaissais qu'à travers l'écran". Un peu comme sur Tinder, c'est un "match" professionnel en bonne et due forme pour deux producteurs qui fonctionnent à distance, mais bien en équipe. "On est comme un duo, il me fait des passes décisives et je marque" conclu Tarik. 

La musique, une obsession

Pour en arriver là, notre producteur s'est donné les moyens de réussir. Dès l'enfance Tarik pense musique, vit musique et joue du piano après les cours. Plus tard, la vingtaine entammée, il fouille internet pour mettre la main sur différentes boucles à sampler : "Lorsqu'on allait jouer à la Play entre potes, je restais sur l'ordi à chercher des samples. Tout était fait pour y arriver, c'était une obsession. Je joue du piano depuis que j'ai 12 ans, j'ai toujours été hyper rigoureux, en passant des heures dessus". 

Ma femme, je pouvais lui dire comme ça : 'j'ai besoin de travailler avec Rick Ross'. Et je disparaissais

Si aujourd'hui son quotidien se partage entre "le travail, la famille, le basket et les potes", sa vie d'avant est rythmée par les études, avec toujours sa carrière en ligne de mire : "Les études, c'est par respect à mes parents, même s'ils m'ont toujours soutenu dans ma passion. Ils ont vu que ce n'était pas un caprice. Mais moi, je n'avais pas envie qu'ils flippent".  Un passage sur les bancs de l'université qui l'a amené vers son taf actuel : "Indirectement, c'est le fait d'aller à la fac qui m'a fait commencer là-dedans. J'y ai rencontré un pote qui faisait des instrus, et qui m'a dit 'faut trop qu'on bosse ensemble'. Bam, je suis passé chez lui et voilà". 

Qu'importe alors s'il est seulement allé "5 ou 6 fois en boîte de nuit à Paris", car l'objectif est tout autre et le chemin bien tracé : "La musique pour moi, c'est quelque chose d'obsessionnel. Je pense que pour arriver à un certain niveau, tu dois passer par ça. Ma femme, je pouvais lui dire comme ça : 'j'ai besoin de travailler avec Rick Ross'. Et je disparaissais". La rencontre avec StreetRunner est donc arrivée à point nommé pour un compositeur sûr de sa force : "Je ne voulais pas avoir de piston, mais juste avoir ma chance et la bonne personne qui écoute mes morceaux. Quelqu'un qui m'ouvre la porte parce que je l'ai mérité. Je sentais que j'allais y arriver". 

Les pieds en France, la tête aux USA 

Désormais, Tarik travaille donc pour des artistes du calibre de Dj Khaled, Rick Ross, The Game, ou encore Lil Wayne. Le tout à domicile, donc, les pieds bien ancrés à Aulnay-sous-Bois, et la tête aux Etats-Unis. Il nous donne d'ailleurs la recette de ses productions qui voyagent au-dessus de l'Atlantique : "J'envoie une instru à Street Runner, il kiffe et ensuite je lui envoie le 'piste par piste'. On travaille dessus, on échange et on arrive à un produit fini. Enfin, soit il le propose aux artistes en studio, soit on travaille avec plusieurs personnes qui nous font des toplines ou des vrais refrains". 

J'ai eu un super rapport avec Sofiane. Il y a eu une vraie discussion, un processus de création à deux

Proche des sons plus souful, l'artiste s'éclate, d'autant plus qu'USA rime souvent avec succès : "Quand tu fais de la musique aux Etats-Unis, tu parles à tout le monde. Quand tu places un morceau sur le territoire américain, tu as 300 millions d'auditeurs potentiels, ici en France, on est 60 millions". Petit regret néanmoins, les disques d'or et de platine mettent forcément un plus temps à arriver : "C'est un processus qui prend du temps du côté de la RIAA (Recording Industry Association of Amercia). Par exemple, j'attends le dernier DJ Khaled. Et comme ça vient de loin, on se retrouve avec 200 balles de frais de port (rires)". 

S'il regrette que dans l'hexagone, le mot "commercial" a souvent été prononcé comme un gros mot, il apprécie les rappeurs francophones qui parviennent à casser les codes. Fianso, qui aura réussi le pari de proposer des sons street et d'autres aux ambiances plus novatrices, fait partie de ceux-là. Un rappeur avec qui il aura eu un feeling particulier : "J'ai eu un super rapport avec Sofiane. J'ai bossé sur Pégase et Parti de rien, il y a eu une vraie discussion, un processus de création à deux. On modifie les choses suite à nos échanges, c'est le truc que j'ai apprécié ici en France, il y a un réel échange". Notons qu'il a été invité dans l'épisode 4 de son émission Rentre dans le Cercle

Heureux que les beatmakers et leur culture soient mis de plus en plus en avant, il ne pense pas pour l'instant à jouer en club, par respect pour les Djs : "On me le propose beaucoup, mais pour le moment, je m'y refuse. Il y a quand même un art du DJ, je n'ai pas envie d'arriver, d'appuyer sur un boutant et lancer une playlist en faisant semblant". Comme il le confiait au moment de nous parler de son obsession pour la musique, "la nuit, c'est pour travailler". Batman n'a qu'à bien se tenir. 

Vous pouvez Tarik Azzouz sur Instagram : @realkillat

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Auteur (@booska_p )

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