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Que sont devenus les membres du Wu-Tang Clan ? [DOSSIER]

Que sont devenus les membres du Wu-Tang Clan ? [DOSSIER]

Le 3 juin 1997 sortait « Wu-Tang Forever », le second et dernier grand disque du crew mythique de Staten Island. Vingt ans après les faits, zoom sur les trajectoires empruntées par les uns et les autres…

RZA leur avait demandé cinq ans. Cinq ans au bout desquels il avait promis à chacun de ses frères d’arme gloire et fortune s’ils lui accordaient les pleins pouvoirs à la tête du navire Wu-Tang.

Forever marque la fin de cette échéance. Entretemps, le collectif est devenu l’un des plus importants de l’histoire du hip hop, que ce soit sur le plan artistique (outre l’indémodable Enter the Wu-Tang, le monde a pu découvrir une excellente première salve d’albums solos), mais aussi sur le plan business (notamment grâce au deal passé avec leur maison de disque RCA, autorisant chacun des membres à signer où bon leur semble, permettant de fait au groupe d’investir en permanence le marché).

Reste que comme c’est souvent le cas dans l’histoire de la musique, c’est une fois le succès au rendez-vous que les vrais problèmes pointent le bout de leur nez. La guerre des égos (et des royautés) se fait ainsi de plus en plus sentir au sein de la maison Shaolin, chacun des neuf soldats se rêvant à son tour général.

Ou comme le résumera plus tard RZA : « Le jour où nous avons cessé d’être une dictature pour devenir une démocratie, ce jour-là nous avons amorcé notre déclin. »

C’est dans cette perspective que s’écoute Wu-Tang Forever, ultime témoignage ou presque d’une heure de gloire bientôt révolue.

Considéré un ton en dessous que son prédécesseur (forcément), ce double album long de 28 titres et plus de 90 couplets se pose néanmoins comme un monument de sa décennie.

Proposant un son moins crade, plus synthétique, (RZA ouvre ici la production aux affiliés True Master et 4th Disciple, ainsi qu’à Inspectah Deck) et des lyrics toujours plus poétiques, ce tentaculaire Forever tient agréablement la distance, chacun des 10 emcees occupant pleinement sa place (peu ou pas présents sur 36 Chambers, U God, Masta Killa et Cappadonna s’en donnent ici à cœur joie).

Les bangers défilent sans sourciller (Reunited, Triumph, Heaterz…), tandis que s’alternent les morceaux moins évidents mais tout aussi savoureux (Cash Still Rules, The M.G.M., Bells of War…).

Ah si seulement le second CD ne contenait pas autant de pistes bouche-trous, le titre de meilleur double album du rap cainri lui reviendrait sans discussion.

En dépit de rotations télé et radio limitées et d’un lead single dépourvu de refrain (et durant de surcroit près de 6 minutes), le Clan décroche un quadruple disque de platine six mois à peine après sa sortie – ou quand le public avait du goût ?

À l’époque, il y avait vraiment de quoi penser que la magie du Wu durerait toute la vie et même au-delà. Et puis non. Certes de belles pages ont ensuite encore été écrites, mais l’aventure collective perdit en grande partie de son essence.

Retour en 10 portraits sur ce que sont devenus les rimeurs les plus féroces de leur génération, et qui pour beaucoup ne partagent aujourd’hui plus grand chose de commun.

RZA

Ultra prolifique, celui qui avait tout prévu depuis le début n’a eu cesse de se diversifier ensuite.

Ne produisant plus l’intégralité des albums solos des membres du Wu, il entame en parallèle une carrière solo sous le nom de Bobby Digital, puis lance aux côtes de Prince Paul le groupe Gravediggaz initiateur de ce sous-genre qu’est l’horrorcore (un rap aux ambiances d’outre-tombe, des paroles aussi glauques que morbides, ce genre de truc).

Loin de se contenter de copier/coller à la chaîne le son qui a l’a rendu célèbre, le RZArector (ou Prince Rakeem, The Abbot, Bobby Steels, Ruler Zig-Zag-Zig Allah… ça dépend des jours) s’attache à devenir un musicien accompli, écrivant ses compositions à la guitare et s’entourant des musiciens soul qu’il samplait à gogo dans ses jeunes années.

Outre les innombrables affiliés du Clan (tous sombrés dans l’oubli), il sera amené au fil du temps à collaborer avec des profils aussi différents que Bjork, Doc Gynéco, Kanye West ou Shaquille O’Neal.

En 2004, il publie le livre Wu-Tang Manual qui détaille ses méthodes de management et son approche du business – comme lorsqu’il menaçait physiquement certains rappeurs du groupe pour poser côte à côte sur un même morceau.

Gardien du temple, il a investi plusieurs milliers dollars pour réouvrir le Wu Mansion, ce studio du New Jersey où ont été enregistrés les premiers classiques du Wu.

Sans surprise, RZA s’est également beaucoup investi dans le septième art. Que ce soit en via les bandes originales (celle de Ghost Dog en particulier, mais aussi celles de Kill Bill de Quentin Tarantino et de l’animé Afro Samurai), mais aussi en tant qu’acteur où il tient souvent de petits rôles dans de bons films et séries (American Gangster, Coffee & Cigarettes, Gospel Hill, Marvel’s Iron Fist, Californication…).

Point d’orgue de cette seconde carrière, en 2012 il réalise et co-écrit le long métrage The Man with the Iron Fists avec Russell Crowe et Lucy Liu au casting. Loin d’être un chef d’œuvre impérissable, le tout se laisse néanmoins gentiment regarder à un degré 2.

Sinon vous pouvez toujours « le trouver dans le parc en train de jouer aux échecs ». Passionné par ce jeu, il a lancé le défunt site Wuchess.com qui offrait aux fans du Clan la possibilité de s’affronter en ligne.

GZA

Autre fanatique des 64 cases noires et blanches, le cousin de RZA et ODB réédite son classique Liquid Swords en 2012 accompagné… d’un mini jeu d’échecs ! Bien lui en a pris, l’album finit pas décrocher une certification platine 20 ans après sa sortie en octobre 2015.

En 2002, il enregistre la plus ou moins préquel Legend of the Liquid Sword, qui malgré un accueil critique très correct ne connaitra pas un grand succès dans les charts. La faute peut-être à une formule qui se répète.

Toujours est-il qu’en 2012 est annoncé un Liquid Swords II entièrement produit par RZA. Le projet sera ensuite reporté aux calendes grecques.

Alors que sa discographie est vierge depuis 2008, GZA s’investi de plus en plus dans ardemment dans l’une de ses passions de toujours : la science, et plus particulièrement l’astronomie.

Souhaitant initialement développer un album autour de ce thème, il part à la rencontre de nombreux universitaires. Un cheminement qui l’amene à officier comme conférencier pour TED – ou plus anecdotiquement à freestyler dans l’émission radio de l’astrophysicien Neil deGrasse Tyson.

Le Genius n’en a cependant pas oublié sa carrière passée, puisqu’en plus de dispenser des cours sur l’écriture, il lui arrive encore d’annoter lui-même ses lyrics sur… Genius (si, si).

Raekwon

Auteur de l’un des albums rap les plus acclamés de tous les temps avec Only Built 4 Cuban Linx, le Chef (surnom qu’il a hérité de ses talents à cuisiner le crack) tente de la jouer perso quatre ans plus tard sur Immobilarity.

Malheureusement, sans les prod de RZA et sans Ghostface pour lui renvoyer la balle au micro, le rendu est tout juste passable. Une tendance qui se confirme avec The Lex Diamond Story en 2003.

C’est à cette période qu’il s’associe avec le fils du magnat du soap opera, Aaron Spelling (Beverly Hills, Charlie’s Angel, Melrose Place…), pour lancer en grande pompe la société de production multimédia Ice Water qui n’a en réalité jamais produit grand chose.

En 2007, retour aux choses sérieuses pour l’homme qui a sa tronche collé sur l’un des t-sirts les plus cultes de la gamme Supreme avec l’annonce de la préparation d’un Only Built 4 Cuban Linx deuxième du nom.

Prévu sur Aftermath, puis moult fois reporté, le projet finit par flirter dangereusement avec la mauvaise farce, alors qu’au final pas du tout. La qualité est au rendez-vous, Raekwon pouvant se targuer avec OB4CL2 d’avoir réalisé une suite (presque) à la hauteur de l’original.

Poursuivant sur la lancée, il s’associe en mode fan service avec Method Man et Ghostface Killah pour former le trio Wu-Massacre.

Côté coulisses en revanche ses relations se tendent avec RZA, le rappeur se faisant le porte-parole des membres du Clan en désaccord avec ses choix artistiques (notamment sur la direction de 8 Diagrams), allant jusqu’à affirmer que le groupe peut, hérésie totale, se passer de son leader historique.

En 2011, il sort ainsi un album au titre évocateur : Shaolin vs Wu-Tang. Ses travaux suivants passeront ensuite assez inaperçus.

Mention enfin à son featuring avec notre Ol’Kainry national : De Park Hill a 91 Pise.

Ghostface Killah

Considéré au départ comme le sparring spartner de luxe de Raekwon, le Tueur à la tête de fantôme (un pseudo piqué à l’un des personnages du film de kungfu Mystery of Chessboxing), qui selon la légende posait en 1994 un bas sur la tête en raison de ses démêlés judiciaires, est aujourd’hui à la tête de la discographie la plus imposante du Clan avec 12 albums solos, 4 albums en commun et 2 Cuban Linx !

Conteur d’histoire hors pair au flow reconnaissable entre 1 000 (enfin à un Action Bronson près), Ghost compte pas moins de trois classiques attaché à sa ceinture : Ironman en 1996, Supreme Clientele en 2000 et Fishscale en 2006 – mais aussi quelques bananes ne nous mentons pas.

N’hésitant pas aller défricher des territoires inconnus, de l’album concept Twelve Reasons to Die basé sur la bande-dessinée du même nom, à Sour Soul, sa collaboration avec les très jazzy BadBadNotGood, il est très certainement celui qui a su rester le plus pertinent au fil du temps.

Seule petite ombre au palmarès de Tony Starks (avec un « s ») : sa scène tout en peignoir avec Tony Stark (celui sans le « s ») dans le premier Iron Man a été coupée au montage.

Sinon, à l’occasion il lance un partenariat sorti de nulle part dont il a le secret : des pulls de Noël moches (imitation Gucci inclue), à son tabac pour vapoteuses gout marijuana (le « Wu Goo »), en passant par sa récente association avec une franchise de livraison de pizzas à domicile.

Masta Killa

Compagnon d’échecs de RZA, il doit sa présence dans le groupe à l’insistance de ce dernier qui l’a poussé à faire sécher les cours (alors qu’il n’était qu’à une absence de se faire virer de son école) pour venir poser l’ultime couplet de Da Mystery of Chessboxin.

Autre version qui circule (l’homme est plutôt avare en interview) : Masta Killa aurait profité du fait que Killah Priest se soit endormi en studio pour travailler son texte et poser à sa place pendant la nuit, lui chipant ainsi sur la ligne d’arrivée la dernière place de membre.

Malgré son coup d’éclat, il n’apparaît toutefois qu’une seule fois sur Enter the Wu-Tang. Déjà parce que contrairement à ses homologues il débutait au micro, mais aussi et surtout parce qu’il est ensuite passé par la case prison pendant une bonne partie de l’enregistrement.

S’il collaborera ensuite fréquemment aux projets des uns et des autres, assez logiquement, il sera le dernier de la bande à se lancer en solo.

En 2004, 11 ans après le début de l’aventure tout de même, il sort No Said Date qui récolte de très bonnes critiques et rallient les suffrages des fans de la première heure.

Il remettra le couvert en 2006 avec Made in Brooklyn, puis en 2012 avec Selling My Soul.

Method Man

Homme de la méthode et star du crew (seul membre à avoir son morceau à lui sur 36 Chambers, premier à sortir son album solo…), il est celui qui s’arrange pour être toujours dans tous les bons plans.

Preuve en est avec son CV aussi prestigieux qu’achalandé : unique invité du Ready To Die de Notorious BIG, featuring sur le All Eyez on Me de 2Pac et ce en pleine guerre des côtes, récompensé par un Grammy pour son duo All I Need avec Mary J. Blige, collaborateur régulier de D’Angelo, il tourne un clip avec Julia Channel, convie Donald Trump pour une interlude, joue la petite frappe Cheese Wagstaff dans la cultissime série The Wire, mais aussi Tug Daniels dans Oz

Tout cela sans oublier son duo enfumé avec Redman, que ce soit sur disque (Blackout! 1, Blackout! 2 et bientôt Blackout! 3) ou sur pellicule (How High).

Trop souvent oublié quand sonne l’heure des débats sur les meilleurs rappeurs de tous les temps, Johnny Blaze a pourtant de sacrés arguments à faire valoir.

U-God

« Dans le top 5 des motherfuckers les plus sous-estimés », voilà comment l’Universel God aime à se présenter. Il faut dire qu’avec son timbre de voix digne d’une contrebasse, il arrive à très vite se faire remarquer sur un beat, malgré ses apparitions souvent furtives (typiquement Protect Ya Neck ou Gravel Pit).

Peu présent sur Enter the Wu-Tang (là encore pour cause d’incarcération), il prend de l’ampleur sur Forever en se voyant attribué un morceau solo, puis sort le premier de ses quatre albums deux ans plus tard, Golden Arms Redemption – le dernier, The Keynote Speaker, date de 2013.

Si pendant un temps il ambitionne de devenir acteur (sans grand résultat), il prend aujourd’hui la vie avec recul et bonhommie : « Je vis peut-être mes 10 dernières années sur Terre. Je fume, je bois, je m’amuse. Je me fais les plus gros nich*ns de la planète. »

Okay… Bon c’est toujours mieux que de radoter que le rap c’était mieux avant.

Inspectah Deck

Emcee favori de nombreux fans, reconnu pour ses couplets cultes (sur C.R.E.A.M. et sur Triumph notamment, régulièrement classés parmi les meilleurs versets de tous les temps), sa personnalité discrète contrebalance à merveille les dingueries de ses comparses.

Il est également un producteur de talent. Ghostface Killah, Method Man, Big Pun ou encore Prodigy ayant fait appel à ses services.

Très attendu, son premier solo sera longtemps retardé en raison de l’inondation du studio de RZA où l’intégralité des prod prévues pour l’album sont détruites.

À sa sortie en 1999, le disque décevra beaucoup, le rappeur se révélant finalement beaucoup plus à l’aise au sein du collectif.

Étonnamment, il faudra attendre 2013 pour que le Rebel INS exploite l’étendue de son potentiel lorsqu’il forme le supergroupe Czarface en compagnie du duo 7L & Esoteric. Chacun de leurs trois albums a ainsi recueilli louanges et félicitations.

Un quatrième opus intitulé First Weapon Drawn est prévu pour cette année.

Ol’Dirty Bastard

Le 13 novembre 2004 celui qui se fait alors appeler Dirt McGirt suite à sa signature sur le label Roc-A-Fella s’effondre à 35 ans au milieu d’une session studio.

L’autopsie pratiquée conclue à une overdose. Une mort somme toute logique (voire attendue) pour l’un des plus grand camés du rap, accroc depuis ses jeunes années à l’angel dust – une drogue qui selon Raekwon « donne l’impression d’avoir bu 50 bouteilles de Jack Daniel’s avant de tourner sur soi-même pendant une heure ».

Outre ses excès, ses dernières années sont marquées par une série ininterrompue d’incartades judiciaires : agression, possession de cocaïne, cavale (au cours de laquelle il donne un concert avec le Wu à New York, avant d’échapper à la police qui l’attendait à sa sortie de scène), vol à l’étalage d’une paire de baskets…

Un style de vie déglingué qui léloigné vite du monde de la musique (dès Forever sa présence se fait moindre, tandis que sur The W il est carrément absent), lui qui avait pourtant enregistré le tube Fantasy avec une Mariah Carey alors au sommet de sa popularité.

S’il était loin d’être le rappeur le plus doué du groupe (RZA et GZA ont longtemps ghostwritté ses textes), son énergie et son charisme sont indéniables.

Âme du Wu, son départ marque un avant et un après.

Ses comparses lui rendront de multiples hommages. En 2013, il apparait, « grâce à la science et à l’argent » dixit RZA, en hologramme lors du festival Rock the Bells.

Cappadonna

S’il n’avait pas été emprisonné pour trafic de drogue au milieu des années 90, il aurait fait partie intégrante du Wu dès les premières heures.

L’histoire en a voulu autrement, ‘Donna oscillant au fil des années entre le statut de meilleur affilié et celui de membre officieux (comme lorsqu’il pose dans le livret du troisième album The W et n’apparaît plus comme « Feat. »), avant de se faire virer en 2001 par RZA, puis d’être officiellement intégré au groupe sur l’album 8 Diagrams en 2007 – qui par conséquent aurait dû s’appeler 9 Diagrams non ?

Souvent considéré comme le maillon faible de la bande, il n’en est pas moins crédité par plusieurs de ses comparses pour les avoir initié à l’art de la rime.

Très présent sur les solos de Raekwon ou Ghostface, il a sorti 9 albums à son nom – mention spécial au single de débauché Super Model et son clip tout aussi débauché à jamais dans les cœurs.

Résident depuis quelques années de l’état d’Arizona, l’homme qui rappa un jour « I love you like I love my dick size » a prouvé qu’il ne blaguait pas sur ce point : il est aujourd’hui père de huit enfants disséminés un peu partout dans le pays.

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