Max Paro, le meilleur est « A-venir » [INTERVIEW]

Un entretien avec un pur produit de Montreuil.

par ThomasRenard

Crédits Photos : Antoine Ott. 

 

Dans la caste des rookies qui parviennent à se différencier, on peut compter sur Max Paro. Si le game compte chaque jour de nouveaux venus, rares sont ceux qui parviennt à s'extraire de la masse sans jamais faire dans le copier/coller. Références littéraires assumées dans ses freestyles -d'Albert Camus jusqu'à Harlan Coben-, clips dotés de scénarios nébuleux et textes qui puent la rue... Tout est bon pour éviter soigneusement les cases et faire parler une écriture fortement imagée. Quelques jours après la sortie de son premier EP, A-venir, le jeune rappeur a passé une tête dans les locaux de Booska-P. Une manière de se présenter, lui qui s'est notamment fait repérer par Radar pour les accompagner tout l'été sur les gros festivals de l'hexagone. 

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Ton premier projet est enfin là. Comment tu te sens ? 

Un premier projet, ça représente beaucoup de travail, d'envie et d'espoir, mais surtout de passion et de coeur. Ca représente aussi beaucoup de réflexion, tu te demandes comment frapper fort, comment bien arriver. Cela permet de prendre les bonnes techniques de travail pour réussir à bien évoluer, à faire les choses dans le bon sens pour la suite. Sortir un projet, c'est bien, mais si tu n'arrives pas à évoluer pour amener un truc encore mieux derrière, c'est dommage. 

T'as un ensemble très cohérent, même si musicalement ce n'est pas figé.

Je fais en sorte que tous mes sons soient connectés. Je n'y pensais pas forcément au début, mais me prendre la tête sur la cohérence de mes délires, c'est venu naturellement. Là, j'ai travaillé jusqu'à avoir une bonne liste de sons et j'ai sélectionné ceux qui avaient une bonne connexion entre eux. 

Tu viens du 93 et t'as une musique qui colle beaucoup à la capitale. On pense au morceau « Mannequin », qui raconte l'envers du décors... 

J'habite en région parisienne depuis que je suis né, je n'ai jamais déménagé dans le sud où que ce soit. Ce n'est pas que je connais pas, mais j'ai moins l'habitude de l'ambiance de là-bas. Paris, c'est une ville que je vais tout simplement mieux raconter, car je sais vraiment ce que c'est ! Je suis de Montreuil. Il y a une grosse scène, c'est une ville avec beaucoup de délires dans la création. Que ce soit dans la musique, la peinture ou autre t'as des artistes de partout. Mais qu'on soit à Paname, Lyon ou Marseille, en vérité, les idées sont les mêmes car on vit presque les mêmes choses partout ! Ninho le dit très bien quand il rappe « qu'est-ce que tu veux que je te dise de plus, la rue c'est partout pareil ». 

Qu'on soit à Paname, Lyon ou Marseille, en vérité, les idées sont les mêmes car on vit presque les mêmes choses partout

Ton atout, c'est l'écriture. On pourrait penser que tu travailles beaucoup tes métaphores.  

Ce que je veux vraiment travailler, c'est le sentiment de la personne qui m'écoute. Je veux qu'elle ressente exactement les mêmes choses que moi au moment d'écrire ou de rapper. Pour arriver à ce résultat, je bosse d'une certaine façon. Je commence par trouver mon refrain, avant d'écrire mon texte en fonction de lui. J'ai une idée clef pour mon son et après, j'écris autour. C'est comme un puzzle, pour que tout s'assemble bien. Avant, je faisais le contraire en travaillant mes refrains à la fin, mais ça ne collait pas bien. Et il faut que tout soit corda. Un refrain, ça doit être pur, il faut qu'il est une belle mélodie, c'est ce que l'auditeur doit retenir. 

La mélodie, c'est également une des forces de ton projet. 

Je suis très axé dessus, même s'il faut que ça reste kické quand même, car j'écoute principalement du rap français aujourd'hui. Avant j'écoutais de tout, je connais mes classiques que ce soit dans le rock ou dans le reggae. Je suis un mélomane, on va dire que j'aime tout ce qui se fait, sauf ce qui est trop extrême dans le rock ou dans l'électro. Je kiffe quand ça chante ou rappe en français, c'est toujours mieux pour identifier le texte. 

Comment tu mêles écriture et mélodie ? 

Ecrire, c'est ce qui me prend le plus de temps. Je peux arriver en studio, faire mes yaourts, etc, mais pour écrire, je préfère être dans ma bulle, chez moi, dans un environnement où je me sens bien. Je ne me suis jamais forcé à gratter, à me dire qu'il faut que ça sorte absolument... Si je fais ça, ça ne donne rien de bon au final. Il faut faire les choses à l'instinct, toujours. Une fois que j'écoute les mélos, je trouve des punchlines pertinentes et voilà. 

J'aime beaucoup les vieux Brad Pitt comme Fight Club ou Snatch, ça te ramène dans une vraie ambiance. A l'époque, ils prenaient des risques

Dans tes freestyles, tu cales toujours quelques références littéraires... 

J'essaye de placer ma patte, pas forcément pour faire des citations à rallonge. J'essaye de placer quelques petits trucs sur des films ou des livres que j'aime, c'est même des trucs que tu peux déjà avoir croisé dans ta vie. Il y a des livres que j'ai dû lire à l'école, à l'époque, ça m'a peut-être fait chier, mais quand je le dis, c'est pour sourire. 

Côté clip, les scénarios sont toujours présents. D'où ça te vient ? 

Je regarde ce que tout le monde fait. On peut voir plein de freestyles et de clips avec les potes du quartier, les bécanes qui se lèvent, les chiens qui sont de sortie... Du coup, on essaye de faire quelque chose de différent, on se prend la tête ! J'aime bien les films de gangsters, Casino, les Scorsese, les classiques quoi (rires) ! J'aime beaucoup les vieux Brad Pitt comme Fight Club ou Snatch, ça te ramène dans une vraie ambiance. A l'époque, ils prenaient des risques, tu ne peux pas retrouver des films comme ça. Ce sont des films uniques. 

On peut entendre dans ton EP que tu es animé par une sacrée envie de réussir... 

La musique, c'est quelque chose qui m'a toujours matrixé et plus jeune, j'écoutais déjà beaucoup de rap. J'avais quelques potos qui rappaient, et on m'a demandé de rapper comme ça, d'essayer de lâcher un truc. J'ai rappé et à partir de ce moment-là, je me suis dit qu'il y avait quelque chose à faire. C'était comme un déclic. C'était il y a trois ou quatre ans, il n'y a pas si longtemps que ça au final. J'ai travaillé et re-travaillé, c'est ma principale qualité. Enfin, ce n'est pas forcément une qualité, mais disons que je sais rester focus sur mon objectif. Le message de l'EP, c'est aussi ça : regarde la réalité en face de toi, elle n'est pas belle. Mais si tu crois en toi à 100% et que tu charbonnes, ça peut passer. Je ne te dis pas que ça fonctionne à tous les coups, mais si tu n'essayes pas, tu ne peux pas savoir. 

Si tu crois en toi à 100% et que tu charbonnes, ça peut passer. Si tu n'essayes pas, tu ne peux pas savoir

Ton EP se nomme A-venir, du coup, comment tu envisages la suite ? 

Je fais avant tout de la musique pour moi, et ensuite pour qu'on l'écoute. Si moi ça me plait, c'est déjà un plus, alors si un auditeur vient me dire qu'il a kiffé un son, c'est encore mieux. Après, j'aime avoir de vrais retours, ceux qui te remettent bien droit. Avoir une remarque négative, ça peut m'aider, ça me permet de progresser dans mon délire. Le but, c'est de continuer à bosser et de sortir un autre projet. On travaille dessus et on veut le dévoiler bientôt. En fin de projet, j'ai réussi à prendre un bon mood. Il ne faut pas prendre un mois et demi de vacances et se laisser aller, non je préfère enchaîner. 

 

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Auteur (@booska_p )

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