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Maska : « J’ai trouvé le compromis entre rap et chant » [INTERVIEW]

Maska : « J’ai trouvé le compromis entre rap et chant » [INTERVIEW]

Rencontre avec le rappeur qui débarque avec un nouveau projet baptisé « Préliminaires Vol.1 ».

Au sein de la galaxie Sexion d’Assaut, de nombreux artistes ont su prendre leur indépendance en solitaire. Toujours dans la recherche, Maska a su se trouver dans son dernier projet en date, le fameux Préliminaires Volume 1. Un opus entre rap et chant qui consacre l’artiste dans son propre style, émotif et sans filtre. Rendez-vous donc chez nous pour une interview dans laquelle il parle évidemment du passé, mais également de ce qui l’attend en studio…

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Est-ce qu’à l’époque avec la Sexion, tu pensais déjà à une carrière solo ?

Non, je n’imaginais pas du tout ça. Il y avait des membres du groupe qui y étaient plus destinés par rapport à leur personnalité et à leur manière d’aborder la musique. De mon côté, c’était plus une aventure de potes. J’adorais ça, il y avait une sorte de compétition, on était tous très impliqués. Je concevais les choses qu’à travers la Sexion d’Assaut. Mais maintenant, j’adore cette expérience en solo. Tu prends tes responsabilités, tu ne peux plus compter sur les autres. T’es obligé d’assumer ton truc et d’avoir ton identité, c’est le plus dur lorsque tu viens d’un groupe, encore plus d’un groupe à succès. Tu dois construire ton monde, même si ce n’est pas forcément en lien avec ce que les gens connaissent de la Sexion. Moi, j’étais plus dans l’écriture, ce n’est pas le truc dont tu te souviens le plus lorsqu’on se rappelle cette époque.

Je voulais accélérer, être pointilleux, alors j’ai travaillé mes lacunes

T’as réussi à te découvrir de nouveaux talents ?

Là je suis en train de faire un travail de fond. C’est pour cela que mes projets ne sortent qu’en streaming, pour l’instant je forge mon propre délire. Plus le temps passe, plus je trouve des nouvelles choses et plus je m’améliore. J’attends encore un projet avant de réellement me mettre sur un album, car je comprends mieux ce que je fais, j’arrive à maturité.

C’est comme si tu faisais à nouveau tes gammes.

Exactement ! J’ai par exemple dû prendre des cours de chants pour mieux maîtriser mes refrains. Je voulais accélérer, être pointilleux, alors j’ai travaillé mes lacunes. Ce qui me manquait, c’était la forme. Mais maintenant que je maîtrise mieux la forme et les refrains, je reviens vers mes bases, c’est-à-dire l’écriture. J’essaye de mélanger le fond et la forme. J’analyse encore quelques défauts, car je pense qu’un artiste doit toujours se remettre en question pour avancer. Il y a des paramètres extérieurs dans une carrière, tu peux toujours te dire que tu n’es pas estimé à ta juste valeur, mais ça ne sert à rien de se reposer dessus, car tu n’y peux rien. Il faut bosser, tout simplement.

Comment tu travailles ça aujourd’hui ?

En fait, plus j’avance, plus je constate qu’il y a des manières de bosser qui sont différentes. Tu peux t’amuser sur des yaourts, écrire via une prod, imaginer ton morceau derrière le micro… Il y a un milliard de possibilité et tu captes en grandissant qu’il y a des choses qui te vont mieux que d’autres. Dans la musique, il n’y a pas de règles, que ce soit dans la manière de travailler ou dans le succès. Tu peux être dans l’ombre pendant pas mal d’années et exploser d’un coup. Percer sur le tard, c’est quelque chose qui est possible aujourd’hui.

Dans la Sexion d’Assaut, on avait comme une direction artistique qui venait du talent de Gims

Par rapport à ton époque avec la Sexion, tu as une plus grosse liberté aujourd’hui ?

Oui, mais en réalité c’est plus complexe que ça en a l’air. Dans le groupe, on avait comme une direction artistique qui venait du talent de Gims. Du coup, l’univers était déjà accepté par le public. Là, c’est plus compliqué, car si t’as plus de liberté, tu peux facilement te tromper. Dans un groupe, tu restes encadré. On se donnait tous des conseils pour avancer.

A propos de la Sexion d’Assaut, On te retrouve avec Lefa sur « Bang Bang ».

Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas posé ensemble. Je prenais énormément de plaisir à bosser sur la forme, à trouver des mélodies, etc. De 2014 à 2017, je me suis pas mal détaché du rap en fait. Mais j’ai compris que ça pouvait m’aider dans mon rap, car tu cherches toujours de nouveaux flows. Du coup, je suis revenu à un délire plus rappé, comme un juste milieu entre Espace-temps et Akhal Téké. Sur Bang Bang, la prod me paraissait assez sombre et urbaine… Comme je le dis dans le morceau, « La prod est crade, le beat est fade, pour ça il me fallait du Fall ». Et franchement, j’ai kiffé, j’ai pris mon pied, ça m’a rappelé mon époque avec la Sexion.

Tout au long du projet, on sent une vibe américaine. Tu parles de sentiments profonds, tu t’ouvres… On pense à des artistes qui peuvent parler de choses graves en signant des hits.

C’est ce que j’essaye de faire. L’école Sexion d’Assaut me permet de faire ça aujourd’hui. Depuis nos 16 ans, on a une gymnastique, celle d’écrire pour l’autre. Moi, je n’avais pas les qualités d’un Gims pour interpréter certaines choses, alors je me mettais dans la peau de l’autre. Ce qui définit un tube, c’est trouver la chose qui va parler à tout le monde. Mais pour revenir à la question, je suis heureux qu’on capte ça, c’est vers là que je veux aller.

Pour moi, un artiste, c’est quelqu’un qui doit ressortir du mieux possible les émotions du quotidien

Quels sont les artistes US qui ont pu t’inspirer ?

Je sortais de Sexion, élevé à la mélodie et le courant trapsoul m’a fichu une claque. Avec Roy Woods de chez OVO, je ne me suis toujours pas relevé. Chaque fois qu’il sort un projet, c’est un perfect. C’est un rappeur-chanteur qui est dans l’émotion, cela m’a ouvert sur Bryson Tiller et bien d’autres. Aux Etats-Unis, c’est un feu d’artifice de nouveaux talents, chacun à sa personnalité. Il y a de quoi se nourrir ! J’aime beaucoup le fait qu’ils arrivent avec mélancolie sur des productions parfois festives. Avec la Sexion, on avait ce truc-là, de changer souvent de délire. Dans mon album, j’ai envie d’essayer plusieurs courants, que ce soit éclectique. Il faut que sur scène, ça bouge aussi.

Le fil rouge de ce « Préliminaires Vol.1 », ce sont tes sentiments.

Pour moi, un artiste, qu’il soit rappeur, chanteur ou comédien, c’est quelqu’un qui doit ressortir du mieux possible les émotions du quotidien. Chacun a sa manière de le faire. Par exemple, l’acteur Denzel Washington est super fort sur son créneau. Mais, pour moi, Will Smith va être meilleur que lui, car il est plus polyvalent. Il ne va pas être aussi fort que Denzel sur son propre créneau, mais il a des qualités artistiques plus développés. De mon côté, le chant me permet d’accéder à des émotions encore plus larges. C’est pour cela que je peux aussi me permettre des morceaux plus drôles comme Doué. Dans l’art, il ne faut pas se mettre de barrières. Ce qui est primordial, c’est regarder ce que tu as en toi. C’est là que se fait la différence, pas quand tu essayes de faire trop attention à ce que les gens disent. C’est super important d’avoir son propre monde, sans s’enfermer de trop.

J’ai même l’impression qu’il n’y a aucun filtre entre ce projet et ta vraie vie.

Je m’inspire énormément de ma vie. Quand tu es authentique et que tu pues la vérité, c’est à ce moment que tu touches les gens, même si ce n’est pas ma volonté première. Lorsque tu racontes ton quotidien, ton vécu, tu ne peux pas mentir… Ce n’est pas un calcul pour chercher un nouveau public. J’aime me faire plaisir et essayer de nouvelles choses, mais quand tu t’inventes une vie, tu peux facilement te perdre. Le rappeur parle de lui, fait corps avec sa personnalité. Si tu parles de variété, c’est beaucoup plus compliqué. Nous, en tant que rappeurs, on a ce devoir.

Il faut savoir s’écouter et ne pas toujours faire les choses selon son public

D’ailleurs, tu n’hésites pas à te montrer en compagnie de ta femme dans tes visuels.

On dit souvent que dans le rap, il faut protéger ses proches ou sa femme. Moi, ma femme, c’est tout pour moi. On traîne ensemble, on le poste… Mais on donne de l’amour, qui est-ce qui va t’en vouloir pour ça ? Moi je me montre tel que je suis. Personne ne va kidnapper ma femme parce qu’on est sur les réseaux sociaux. Tout dépend comment tu te protèges. Je passe beaucoup de temps avec elle, je ne vais pas dire que je suis en bas du bâtiment en train de vendre de la drogue alors que j’ai quitté la rue il y a dix ans. Je suis heureux dans ma vie, je le montre, je suis sincère.

Tu parles de variété, tu as justement écrit pour d’autres artistes. Comment tu procèdes ?

On avait tenté un truc avec Florent Pagny, ça ne s’est finalement pas fait, mais c’était un super exercice. Quand tu écris, tu dois quand même te mettre dans la peau d’un mec de 60 piges. J’ai également travaillé pour Zaho, j’ai dû écrire du point de vue d’une femme. Avec Kendji Girac aussi, tu es encore sur un autre public… C’est une gymnastique qui n’est pas évidente (rires) !

Tu as déjà une idée de ce que tu vas explorer sur tes prochains projets ?

Oui, je vais continuer sur ma lancée tout en essayant de peaufiner mon délire. Par exemple, j’étais peut-être allé dans un extrême avec le chant dans Akhal Téké. Certains de mes auditeurs étaient choqués, mais bon, faut savoir s’écouter aussi et ne pas toujours faire les choses selon son public. Je suis revenu à des choses plus rap, car c’était simplement une envie. Au final, cela plaît donc tant mieux. Le compromis, je l’ai trouvé !

Crédits Photos : Antoine Ott

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