Les Alchimistes : « On en avait marre d'être pris pour des punks »

Interview du duo belge à l'occasion de la sortie du projet « OSEF ».

par ThomasRenard

Crédits Photos : Antoine Ott.

 

En 2018, Les Alchimistes étaient déjà passés sur Booska-P. Le duo s'était dévoilé dans un portrait avec en ligne de mire un projet nommé Antisocial. Mais depuis, les choses ont bougé et la musique proposée par le duo a évolué. Si la précédente mixtape signée Rizno et Ruskov servait d'exutoire dans un style assez brut, OSEF propose une couleur plus pop sans rien perdre de l'identité du binôme. Des morceaux tels que Vroum vroum, Personne, ou encore Lolita infusent directement le potentiel de l'opus, tout comme leurs récents visuels... Il y avait de quoi en demander un peu plus. Entretien. 

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Qu'est-ce qui a changé depuis Antisocial ? 

Ruskov : Notre vie (rires), notre humeur tout simplement. Comme on le dit souvent, on fait de la musique selon nos humeurs et là je pense que ça se ressent. 

On sent que vous vous livrez d'une manière différente. Du coup, est-ce que votre message passe mieux maintenant ?

Ruskov : On voulait que ça soit peut-être plus artistique, plus compréhensible. Plus mélodieux, de quoi pouvoir divulguer notre message d'une autre manière. Aujourd'hui, notre musique est moins agressive, plus poétique. Donc oui, on espère que le message passe mieux. 

L'exemple de cet univers, c'est sans doute votre feat. avec Jeanjass, « Personne ». 

Ruskov : C'est notre morceau le plus ouvert, le plus pop. Mais ce n'était pas quelque chose de voulu. On était au studio, on est parti sur ce délire-là pour un son et il nous manquait quelqu'un sur le refrain. On n'a jamais imaginé ramener quelqu'un pour ramener quelqu'un, on pense avant tout aux gens qu'on connaît dans la vraie vie ou avec qui on a eu un bon contact. Jeanjass, on s'est rencontré plusieurs fois à Bruxelles. Il kiffait bien la tournure prise sur Antisocial avec des sons comme Docteur ou Faire des sous. On a donc directement pensé à lui. 

Il y a également le feat avec Laylow, « Vroum vroum », qui marque un changement de cap. 

Ruskov : En fait, c'est pareil. Je ne sais pas vraiment comment l'expliquer, mais on n'a jamais cherché à faire des feats pour faire des feats. A chaque fois qu'on finissait un son, on se disait simplement que c'était lourd d'inviter un Laylow ou un JeanJass. Une fois qu'on a le squelette d'un morceau, on peut faire appel à un autre artiste. Laylow avait par exemple kiffé la vibe de Vroum vroum et on a fini par retravailler le son tous ensemble. 

Entre « OSEF » et « Antisocial », il y a tout de même un gap. 

Ruskov : C'est pour ça qu'on a sorti la série Vacuité, pour pas que le changement soit trop brutal. 

Rizno : Aborder un nouveau style, c'était clairement une volonté. On commençait à nous mettre dans une case, à parler tout le temps de rock. Moi par exemple, je ne me sens pas rock du tout. La musicalité, la couleur de nos sons... Ce sont des choses qui changent, à l'image de nos vies. Musicalement, on veut évoluer pour ne pas rester dans une zone de confort. Il faut essayer de nouvelles choses. Pour l'instant ça va, on a de bons retours. 

La série « Vacuité » qui sert de pont entre les deux délires, c'est un vrai choix ? 

Rizno : Totalement, car cette série a été enregistrée une fois la mixtape OSEF terminée. C'était plus pour alimenter notre actualité, comme avant avec Hors Série. Le projet OSEF était bloqué depuis longtemps (rires). 

Ruskov : On garde cette manière de bosser. On enregistre souvent comme ça. 

Rizno : Avant, on était un peu dans une bulle car on faisait de la musique pour nous-mêmes. Ce qui est assez bizarre car je n'écoutais pas du tout ma propre musique. Fallait juste que les sentiments sortent. Aujourd'hui, à force d'écouter les conseils des gens qui nous entourent, on arrive à plus s'ouvrir musicalement. 

Aujourd'hui, comment écrivez-vous vos morceaux ? Toujours de la même manière ou vous préférez vous concentrer sur des thèmes précis ? 

Rizno : C'est ce qui va faire la différence avec l'album. Là, on travaille plus naturellement, on ne réfléchit pas à des thèmes précis. En général, c'est le premier de nous deux qui écrit qui impose le thème en fait (rires). 

Ruskov : Des fois, mais c'est très rare, ça nous arrive de nous poser et de se dire qu'on va partir dans une direction précise. Mais pas sur ce projet par exemple. Mais ça serait pas mal de passer à cette méthode de travail, de faire des choses un peu moins en mode freestyle. Là, on arrive au studio et on parle de ce qui nous vient... 

Rizno : (Il coupe)... On pourrait partir sur une façon de bosser plus paramétrée, mais tout en gardant notre naturel. Il faut garder son identité aussi, car sinon cela sonne faux. 

Comment avez-vous vécu le fait d'être catégorisé par les médias comme un groupe hardcore, ou emo-rap ? 

Ruskov : On a même écrit qu'on était punk, alors qu'on ne l'est pas du tout. Cela vient simplement de notre délire visuel, mais c'est tout. 

Rizno : Visuellement, on a même décidé de partir sur des trucs plus propres. Avant, il y avait peut-être un esprit presque punk qui pouvait se dégager de certains clips. Mais être tatoué comme Ruskov, ça ne fait pas de toi un punk. En général, on prend la première chose que la personne nous offre et on la met dans une case, on ne se casse pas la tête. C'est assez humain comme comportement. 

Votre image justement, c'est quelque chose sur lequel vous bossez ? 

Ruskov : Franchement, je ne me suis jamais posé trop de questions. J'aimerais bien pour l'avenir, mais je ne réfléchis pas à mon image. 

Rizno : L'idée, du côté des clips, c'est de peaufiner ce qu'on avait pu déjà présenter. Avant, c'était sans contrôle. Avec des clips comme Vroum vroum et Personne, on a bossé dans ce sens avec les réalisateurs. On voulait partager et ne plus garder les choses pour nous-mêmes, la musique c'est aussi ça. 

Qu'est-ce que vous gardez d'un projet comme « Antisocial » au final ? 

Rizno : On en renie pas ce projet, mais on était dans un mood particulier. Il ne fallait pas forcément rester là-dedans. C'est le point de vue que j'ai sur Antisocial, c'était un mood passager, mais qui ne pouvait pas être productif sur la durée. 

Ruskov : Chaque période d'une vie est passagère au final, tu ne peux pas rester bloqué dans la même étape à chaque fois. Musicalement c'est pareil. J'y ai beaucoup parlé de dépression. Même si c'est fait pour soigner tes auditeurs et libérer une parole, tu restes indirectement dans une sorte de dépression à force d'en parler. On se devait de passer un cap. 

Dans le genre « passer un cap », il y aussi la scène... En décembre dernier, vous étiez à la Boule Noire.

Ruskov : On n'avait pas une gigantesque promo autour du concert et malgré la grève, on a eu un bon public. Ce n'était pas la première fois qu'on rodait un show, mais on n'a pas fait énormément de scènes. Peut-être 5 ou 6 je crois. Ce n'est qu'avant la Boule Noir qu'on a commencé à travailler une chorégraphie, etc. Même si après on a fait les choses en freestyle pour garder une vraie énergie et ne pas être dans un live trop robotique. L'expérience passe aussi par le live et ça peut devenir un de nos points forts. 

Le live, ça constitue un de vos prochains défis ? 

Rizno : La scène, c'est une bonne manière de faire découvrir sa musique. On va tout faire pour avoir beaucoup de dates, avoir beaucoup de monde autour de nous pour partager un maximum et engranger un maximum d'expérience. 

Ruskov : D'ailleurs, il ne faut pas se le cacher, la scène est aussi un moyen de se faire connaître. Plus tu fais de scènes, plus tu arrives à rencontrer de nouveaux publics. C'est ce qui fait vivre la musique. Aujourd'hui, on a la chance d'avoir les réseaux sociaux. Car avant, tu pouvais envoyer une lettre qui n'était jamais ouverte. Mais je pense qu'il n'y a pas plus fort que la scène. Tu reçois les gens qui t'écoutent, tu écoutes ce qu'ils ont à te dire... C'est quelque chose de très important. Même eux, ils se sentent plus proches de toi, de ta musique. C'est un moyen d'avoir une deuxième lecture de tes sons. 

Avant que l'interview commence, vous parliez de Rap US. Est-ce qu'un feat avec un artiste américain est envisageable ? A l'image de ce qu'a fait Youv Dee avec Trippie Red. 

Rizno : C'est intéressant, mais il faut que ce soit cohérent. Pour ça, faut atteindre une certaine aura. Il ne faut pas que le public te regarde comme un groupe belge ou français, mais comme un véritable groupe. C'est là que tu peux faire des concerts ici ou en Allemagne, sans que ça pose de problème. La langue ne devrait pas être un frein pour la musique.

Ruskov : La preuve, la plupart des gens écoutent des sons cain-ri sans comprendre les paroles. Quand j'utilise le russe dans nos sons, qui est ma langue maternelle, je ne fais pas exprès, je ne me force pas. En fait, c'est tout con, dès que je parle de mon père, je lâche une phase en russe. Il est même arrivé que Rizno fasse le refrain en russe sur un morceau. 

Pour terminer, est-ce que vous pensez déjà à votre premier album ? 

Rizno : Avec OSEF, on cherche à mieux se faire connaître, à s'installer dans le paysage, à avoir une belle tournée... Si Dieu nous le permet, on visera le meilleur. Le but, c'est aussi de travailler dur sur un premier album. 

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Auteur (@booska_p )

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