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Junior Alaprod et Le Motif : « On travaille en totale liberté » [ITW]

Posté le 06 Juillet 2018 à 19h33, par ThomasRenard
Junior Alaprod et Le Motif : « On travaille en totale liberté » [ITW]

Quand deux producteurs de talent s'allient pour donner vie à un E.P, cela peut donner plusieurs résultats. Du côté de chez Junior Alaprod et Le Motif, pas de lignes déjà tracées ou de déjà vu. Non, les deux artistes ont préféré exploser les frontières musicales et proposer un objet neuf le 14 avril dernier, le Pompe EP. Un ovni de neuf minutes qui trouve sa source dans de belles expérimentations et une liberté sans faille. Voilà qui valait bien un rendez-vous dans nos bureaux avec le duo le plus détonant du moment.. 

On va commencer avec une question simple... Comment la connexion s'est faite ? 

Junior Alaprod : On se connaît depuis longtemps. Moi, à la base, je connaissais @Swaggaguru sur Twitter. Ses tweets étaient courts, mais efficaces. Le problème c'est qu'il supprimait tout, comme les Belges (rires) ! C'était comme des grosses claques, de vraies punchlines. Je voulais savoir ce qu'il faisait à part ça et j'ai cliqué sur le lien soundcloud de sa bio. Je fais partie de ces humains qui fouillent dans les biographies. J'ai écouté et j'ai kiffé... Ensuite, je suis parti à Kinshasa et j'ai croisé sa cousine... Elle me disait qu'il faisait des prods pour Shay et Booba, je n'y croyais pas ! On s'est vu une première fois en travaillant sur l'album de Shay justement, en studio, avec plein de beatmakers comme Heezy Lee, Souleyman, etc. 

Le Motif : Le monde est petit, très petit ! 

 

L'un est français, l'autre belge, c'est pas évident comme duo à la base (rires)...

JA : Les membres du groupe OPG m'ont fait écouter tous les sons des Belges en 2012 et j'ai pété un câble. J'avais l'impression qu'ils faisaient de la meilleure trap. Dolfa faisait des trucs de dingues, comme Damso. 

LM : Junior est dans la vague Belge sans le savoir, certaines personnes pensent même qu'il vient de chez nous (rires). Il était dans le même mood que nous, donc quand il a entendu ce que la scène belge produisait, cela lui a plu. C'est une question d'atomes crochus. 

Au final, comment on débarque avec un E.P commun ? 

LM : A la base, il n'y avait pas de volonté particulière d'arriver avec un E.P. L'histoire de notre projet, c'est celle-ci : un soir je suis chez moi, sur mon ordi et j'écoute Gucci Gang de Lil Pump. Là, je me rends compte qu'il y a un seul couplet et que le gimmick « Gucci Gang » est répété 48 fois pendant 2 minutes 17. Sur le Billboard américain, le morceau était à ce moment-là classé à la 6e place. Nous, en tant que producteurs, notre métier consiste à peaufiner des morceaux pour qu'ils fonctionnent. On y met du coeur, mais on se casse la tête pour que cela rentre dans un format. Avec Gucci Gang, je me suis rendu compte que j'étais également très formaté. Je me suis dit qu'il fallait s'en inspirer, prendre l'énergie de cette nouvelle scène pour rester libre. J'ai essayé de capturer ça en enregistrant a capella le morceau Ushuaia. Ensuite, Junior a sorti une prod monstrueuse. Il a réussi le pari, c'est minimaliste, mais ça tape. On a alors enregistré deux autres morceaux dans le même délire en nous filmant sur Instagram. Un mec voulait avoir un titre alors qu'on était dans l'expérimentation. On lui a dit non, puis il est revenu à la charge en disant qu'il était prêt à filer un Paypal de 20 euros pour un morceau même pas mixé. C'est là qu'on s'est dit qu'il fallait faire plusieurs morceaux et faire quelque chose de concret. 

JA : La manière dont ça a pris forme, c'est incroyable. 

J'en ai parlé avec Damso et il trouvait ça dingue de facturer un E.P de 9 minutes à 20 euros. Nous, ce n'était même pas notre prix, ce sont les auditeurs qui donnaient cette somme pour avoir accès à nos sons

C'est un nouveau concept, les auditeurs qui achètent des morceaux via Paypal... 

LM : J'en ai parlé avec Damso et il trouvait ça dingue de facturer un E.P de 9 minutes à 20 euros. Nous, ce n'était même pas notre prix, ce sont les auditeurs qui donnaient cette somme pour avoir accès à nos sons. On était totalement libre niveau création et distribution, mais on savait aussi que c'était de la qualité. Le Pompe EP, c'est un gage de qualité et de liberté. 

JA : Après, cela dépendait. Ceux qui nous envoyaient un euro avait l'E.P quand même. Pareil pour ceux qui préféraient mettre jusqu'à 100 euros dessus. A chaque fois qu'on snappe, les gens demandent le son. Lorsqu'on a trop de demandes, on sort le morceau car sinon tout le monde pète un câble. C'est ce qu'il s'est passé pour Pokémon et Emojiflex

 

Se filmer et créer la demande, c'est comme Supreme qui ferme sa boutique avec 50 personnes devant ! 

LM : C'est clair. On apprend de cela aussi, il y a du bien à en tirer. C'est une expérience nouvelle qui te tombe dessus. Du coup, à l'avenir, cela nous permettra peut-être d'éviter certains pièges.

Travailler en totale liberté et surtout en groupe, cela aide pour trouver de nouvelles inspirations ? On sait que vous avez le groupe Le Sommet, avec lequel vous vous réunissez une fois par an pour bosser... 

JA : Moi je fonctionne comme ça, avec une inspi par an. Je n'ai pas vraiment de mots pour décrire cela, ça peut être des tempos, des moments au piano... 

Ma quête, dans l'écriture, c'est d'essayer de dire ce que je vis. C'est une vraie recherche

C'est plus facile de bosser sur vos propres créations de A à Z ou de faire simplement une prod pour quelqu'un d'autre ?

LM : Je ne sais pas lequel est le plus facile ou pas, mais je sais que quand tu bosses exclusivement pour toi, tu te sens plus libre. T'as une compréhension globale de ton délire. Tu es moins contraint que lorsque tu bosses sur un élément en particulier dans le projet d'un artiste. Ton objectif, c'est que ton élément brille et que cela reste cohérent, qu'il s'imbrique dans l'album de l'artiste. Ce sont deux plaisirs différents et on les aime autant l'un que l'autre.

Le Motif, comment tu abordes l'écriture ? 

LM : Ma quête, dans l'écriture, c'est d'essayer de dire ce que je vis. C'est une vraie recherche. Tout le monde peut dire ça, mais personne ne se rend compte à quel point on peut être influencé par la société ou certains stéréotypes. Le truc le plus dur, c'est juste d'arriver à raconter sa propre vie. Avant d'écrire, je me demande ce que j'ai fait dans la journée. On se rend souvent compte que ce sont les thèmes les plus personnels qui marquent le plus. Enfin, si certains auditeurs passent à côté de mes textes, car ils sont trop spéciaux, c'est dommage... Mais au moins, je ne me trahis pas. 

D'ailleurs, vous avez un amour de dingue pour les morceaux très courts. Ce n'est pas quelque chose d'habituel dans le game francophone. 

LM : Les gens n'ont pas le réflexe avec ça (rires). On l'a vu avec le morceau William présent sur le dernier album de Damso, Lithopédion. Tout le monde a dit que le morceau n'était pas fini (rires) ! En France, il y a une vraie importance accordée au texte, car la langue est plus développée que chez les anglophones. Avec le français, on peut passer par des émotions très différentes et décrire parfaitement beaucoup de situations. Par contre, je n'ai pas encore analysé pourquoi les morceaux courts passaient moins facilement en France. 

JA : Je pense qu'il y a des morceaux qui devraient être courts et d'autres plus long. Par exemple, pourquoi pas un William avec 30 secondes de plus ? Sinon, j'ai du mal avec les titres de plus de 4 minutes. Selon moi, 2 minutes et 10 secondes, c'est le format parfait. 

Mon inspiration vient des mecs avec qui je bosse !

Pour terminer, qu'est-ce qui vous inspire en ce moment ? 

JA : Rosalia m'a fait péter un câble. C'est le nouveau flamenco, un truc de malade. Dans Malamente, elle a une attitude de dingue avec son gang de filles, dans un style très rue... J'écoute également beaucoup d'EDM en ce moment. Je regarde des masterclass de Martin Garrix et Nicky Romero, des maîtres du genre. Leur musique n'a rien à voir avec le rap. Lorsque tu penses qu'un morceau est minimaliste, c'est en fait beaucoup plus complexe que ça. C'est de l'émotion à mort, un mélange de tout. 

LM : Mon inspiration vient des mecs avec qui je bosse. Tout ce que synthétise Junior, ce que fait Heezy Lee aussi... Je suis le président de son fan-club (rires) ! 

Crédits photos : Pierrick Bernard. 

 

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Auteur (@booska_p )

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