Ce jour où... Eminem est parti se faire soigner en désintox'

Avec la série « Ce jour où... » Booska-P revient sur ces anecdotes de plus ou moins grande importance qui ont marqué l'histoire du rap. Aujourd'hui place à ce jour où le blondinet du rap s'est vu forcer de marquer une pause...

par Aurelien

Le monde connaîtra-t-il un jour à nouveau une superstar du rap de l’envergure du Eminem du milieu des années 2000 ?

De The Marshall Mathers LP (2000), à The Eminem Show (2002), en passant par Encore (2004), tous ses projets s’écoulent à l’époque à plus de dix millions d’exemplaires – et en physique s’il vous plaît.

Véritable force culturelle à lui tout seul, le blondinet fait alors la pluie et le beau temps dans les charts comme dans l’actu, à tel point que lorsque dans son tube The Real Slim Shady il balance qu’ils sont « des millions à s’habiller comme lui, à marcher comme lui, à parler comme lui », la ligne est à prendre au plus premier des degrés.

Ce succès sans pareil s’accompagne toutefois de sa part d’ombre.

Si sur scène Eminem peut tout se permettre pour le plus grand plaisir de ses fans (insulter sa femme publiquement, menacer Moby en live de lui casser la gueule, et plus généralement se foutre à longueurs de singles de ses contemporains de la scène pop), en coulisses le bât blesse.

Entre son mariage qui vire au désastre, le décès brutal de son meilleur ami Proof en 2006 et la pression permanente qui pèse sur ses épaules de numéro un du game, le Slim Shady voit son moral en prendre un coup.

Pour faire face à ses pics d’anxiété le jour et ses crises d’insomnie la nuit, lui est alors prescrit du Vicodin, un antidouleur.

« La première que j’en ai pris, je me suis dit 'Wow’… D’un coup d’un seul, tout était si apaisé… »

Pensant avoir trouvé là le remède miracle, Em’ commence à monter les doses jusqu’à gober tout ce qui lui passe sous la main.

Tranquillisants, somnifères, antidépresseurs… Ce qui au départ ne devait être qu’une solution temporaire pour supporter le rythme éreintant de la vie de tournée se transforme en addiction pure et dure.

« Les gens autour de moi avaient beau essayer de me dire que j’avais un problème, moi, je leur répondais d’aller se faire foutre. Je n’en croyais pas mes oreilles qu’ils osaient me dire ça... Ce n’était pas comme si je me piquais à l’héroïne, ce n’était pas comme si je m’enfilais de la coke dans le nez ou que je fumais du crack. »

Et tant pis si en plus de boire de plus en plus fréquemment, il se confond avec une pharmacie ambulante : « Je prenais des pilules à la moindre occasion. Je prenais ce qu’on me donnait. Xanax, Valium, Ambien… je n’en avais rien à foutre, J’en prenais jusqu’à 20 par jour. »

« Cela m’a pris du temps d’admettre que j’avais un problème. Dans le monde du rap, cela peut vite être pris pour de la faiblesse. Et dans le monde du rap il n’y a rien de pire que d’admettre ses faiblesses. »

Toujours est-il que qu’Eminem a beau la jouer comme si de rien n’était, physiquement, il a de plus en plus de mal à cacher la misère, lui qui en 2007 affiche désormais un bon 100 kilos sur la balance.

« À force de mélanger Vicodin et Valium, j’avais cette sensation d’avoir constamment un trou dans mon estomac. Histoire d’éviter les crampes, je grignotais sans arrêt de la junk food. »

Il lui faudra toutefois attendre quelques mois pour enfin prendre pleinement conscience de la gravité de son état, lorsque lors des vacances de Noël, il fait une overdose à la méthadone (un substitut à l’héroïne) qui manque de peu de lui être fatale.

« Aux urgences, ils m’ont dit que si j’étais arrivé deux heures plus tard je serais mort. Mes organes ne fonctionnaient plus. Mes reins, mon foie… Tout était hors d’état. Personne ne pensait que j’allais m’en sortir sur ce coup. »

Marshall prend alors l’avertissement au sérieux et tente de se sevrer par lui-même, mais de son propre aveu il ne lui a pas fallu plus d’un mois avant de rechuter.

Mis au pied du mur, il prend la décision à 35 ans d’aller pointer en réhab’.

« Le déclic est venu quand j’étais là à faire les cent pas dans ma baraque, à me répéter que j’allais p*tain de mourir et que j’ai regardé mes enfants. Là, je me suis dit que je devais être là pour eux, que je devais rester vivant pour eux. »

Si dans un premier temps Em’ s’en est allé suivre une cure de d’intoxication dans un établissement dédié, il réalise rapidement qu’il a besoin d’un tout autre environnement.

« J’étais le Bugs Bunny du coin. Les gens me dévisageaient sans cesse. Ils me piquaient ma casquette, mes calepins, me demandaient des autographes. C’était impossible pour moi de me concentrer. »

Suite à cette expérience, le rappeur choisit d’aller se faire soigner dans un hôpital classique et en profite au passage pour appeler Elton John.

Quand bien même quelques années auparavant le chanteur avait beaucoup reproché au rappeur l’homophobie de ses textes, les deux hommes ont ensuite noué une amitié sincère.

« Je voulais lui parler, car je savais qu’il me comprendrait, qu’il comprendrait mon style de vie, qu’il comprendrait comment les choses peuvent déraper dans ce milieu, et pourquoi j’en suis arrivé à ce stade de dépendance. »

Ancien drogué notoire dans les années 70/80, le Britannique va ainsi soutenir moralement Eminem pendant de longs mois.

Em’ va également trouver une passion nouvelle qui va lui permettre de s’occuper l’esprit quand l’envie lui reprend de se remettre une dose (du genre lorsqu’il retourne toutes les pièces de sa maison à la recherche d’une tablette de médocs égarée) : la course à pied.

« Je suis devenu un puta*n de hamster. »

« De nature obsessive, une fois que je me suis mis à courir, je me suis un peu emballé. Je courrais 27 bornes par jour. Je me réveillais le matin plus tôt pour courir avant d’aller en studio, tandis que je remettais ça à l’identique une fois la journée terminée. »

Résultat, l’auteur de My Name Is perd près de 35 kilos, et à une teinture blonde près, récupère la silhouette qui était la sienne il y a encore peu.

Et c’est ainsi qu’en 2009, après cinq longues années d’absence, il revient sérieusement à la musique avec Relapse.

Bien que l’album soit loin d’atteindre les précédents sommets de sa discographie (Em’ n’hésitera d’ailleurs pas à le dézinguer dans les grandes largeurs par la suite), sa simple sortie constitue un exploit en soi.

« J’ai dû réapprendre à enregistrer sobre ce qui n’est pas allé sans difficultés. En contrepartie, question créativité, j’en ai fait plus en sept mois qu’en trois ou quatre ans. Les pilules me bridaient sans que je me rende vraiment compte. »

« Être sobre m’a permis de me délivrer de cette prison qu’est l’addiction. C’était comme si c’était un nouveau moi. J’étais en mesure d’apprécier la nature, une belle journée… Avant ça, je ne crois pas que j’étais en mesure de me connecter aux goûts de l’auditeur moyen. »

Cette sensibilité nouvelle va également avoir des conséquences dans sa vie privée, et notamment auprès de ses proches.

S’il concède lors de la campagne de promotion du bien nommé Recovery en 2010 que son alter ego Slim Shady est « toujours dans le coin », il admet volontiers avoir pas mal évolué.

« Tout ce que j’ai pu dire par le passé, je le pensais au moment des faits. Depuis, je me suis un peu calmé. Je ne vais pas ressortir ma tronçonneuse et clasher à tout-va. Je suis devenu plus mature, plus tolérant. »

Ainsi, après avoir traité sa mère de tous les noms sur disque, Eminem finit par s’excuser en 2014 dans le morceau Headlights de l’avoir prise à partie de la sorte.

« En tant qu’addict, j’ai pu comprendre ce par quoi elle est passée lorsque j’étais enfant. J’ai définitivement de la compassion pour elle, même s'il m'est très difficile de me réconcilier avec elle. »

Même chose pour son ex-femme Kim, qui aura le droit trois ans plus tard à un mea culpa public avec le titre Bad Husband, où là encore il admet avoir été trop loin dans ses attaques.

Alors certes, d’aucuns feront remarquer que depuis sa sobriété nouvelle sa musique a elle aussi beaucoup « évolué » (certains oseront même parler de déclin), mais pour l’ancien garnement du rap US le plus important n’est peut-être pas là.

En avril 2018, Em’ fêtait en effet ses dix ans de sobriété en partageant fièrement sur ses réseaux la photo du badge qui lui a été délivré par les alcooliques anonymes marquant ses dix années passées sans avoir rechuté.

Plus encore que toutes les certifications d’or et de platine de sa carrière, peut-être s’agit-il là de l’une de ses plus belles victoires.

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Auteur (@AurelienBurlet )

Aurelien : « Certains veulent un boule, d'autres des sapes, beaucoup veulent faire fortune, je voulais juste être cool » (1723 articles publiés) Aurelien est sur twitter, vous pouvez le contacter sur @AurelienBurlet.

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