Captaine Roshi, la meilleure défense c'est l'attaque [DOSSIER]

La Captaine se livre à l'occasion de la sortie de son projet « Attaque ».

par ThomasRenard

Crédits Photos : Antoine Ott. 

 

« Ô Capitaine ! Mon Capitaine ! Notre effroyable voyage est terminé. Le vaisseau a franchi tous les caps, la récompense recherchée est gagnée »... Voilà ce que racontait Walt Whitman dans un poème rendu culte par le film Le cercle des poètes disparus. Cela tombe bien, on en connaît un de capitaine qui a franchi quelques caps et qui est désormais prêt à chercher sa récompense. Son blase, Captaine Roshi. Un artiste qui aura fait d'une trap nerveuse et  soignée son cheval de bataille. D'ailleurs la bataille, il sait la faire, pour preuve, il a nommé son premier projet Attaque. De quoi nous pousser à le rencontrer... 

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Deux passions pour une seule issue 

La première chose qui avait fait tilt à notre oreille, c'est cela, quelques noms de footballeurs aux accents vintages déballés dans ses sons, comme en interview. Oui, c'est bien le brassard autour du bras que notre ami Roshi doit débarquer en cabine. Le ballon rond, sport le plus universel qui soit et qui aurait même pu offrir une carrière à l'artiste... Mais le rap et la vie en ont décidé autrement. Une chose réunie pourtant les deux disciplines, l'émotion procurée par une belle action ou une grosse punchline. D'abord amoureux du football grâce à un père qui ambiançait son salon devant la télévision familiale, Roshi a voulu faire « comme les grands » jusqu'à devenir fan de Ronaldinho. Et s'il n'a pas pu connaître les joies d'un club et donc de la « célèbre blessure qui a brisé des vocations » à cause de licences trop chères, c'est ailleurs qu'il s'épanouira, marquant des buts face au micro et netoyant la lucarne de YouTube à coups de clips. 

Quand j'ai commencé à écouter du rap, je me suis dit que c'était différent de tous les autres styles, plus décalé

Après des premiers émois sportifs, c'est donc la musique et pas n'importe laquelle qui vient frapper à sa porte : « Quand j'ai commencé à écouter du rap, je me suis dit que c'était différent de tous les autres styles. C'était plus décalé, grâce notamment au rap US de mes grandes soeurs... Puis un jour je suis tombé sur Booba qui passait sur Trace TV et là ça m'a frappé : "Bordel, ça existe en français, c'est possible" ! » Une révélation pour le jeune Captaine qui a ensuite saigné le genre pour découvrir, plus tard, d'autres artistes capables de poser des mots sur son parcours. 

Ce sera donc Gims qui assurera le lien entre la découverte du rap et le besoin d'en faire : « Celui qui m'a vraiment donné envie de raconter ma vie et ce que je voyais en rappant, c'est Gims avec son morceau A 30%. C'était une baffe, à 13 ans, j'ai compris tout ce qu'il disait : la rue, la société... ça me parlait. Ce qu'il rappait était fou et c'était toujours dans le bon tempo ! J'ai eu envie d'apprendre à faire la même chose. » Néanmoins, le leader de la Sexion d'Assaut n'a pas été le seul responsable de la formation de l'artiste, une rappeuse du 91 a également eu son mot à dire, comme il l'explique : « Diam's m'a vraiment marqué aussi, j'ai décortiqué ses sons. Tout ça mélangé à de la trap, puis à un modificateur de voix et tu obtiens un bon Roshi (rires) ! »

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Un environnement aux multiples facettes 

« En France, lorsqu'on te tacle, on te demande pardon après. C'est un truc que je n'ai jamais compris. Au Congo, même si tu te blesses, la première chose que tu fais, c'est te lever et aller chercher le ballon », encore une anecdote footballistique qui pourrait imager le caractère du lyriciste. Car oui, Captaine Roshi est de ceux qui ont tout connu ou presque, en tirant un mental à toute épreuve. Avec la figure de la mère en guise de véritable guide : « Je suis arrivé en France à 11 ans car mon frère, malade, a été soigné en France. Pour ne pas qu'il reste tout seul, je suis venu avec lui. On est resté et maintenant, il est en très bonne santé. Quand je suis arrivé, on a été ballotté dans plusieurs logements. Ce qui m'a formé, c'est d'avoir une mère qui n'a jamais abandonné, qui a toujours été dans la bataille. »

Dans le rap, comme dans la vie, il faut connaître les qualités et les limites de l'autre

Batailleur, il l'a donc été à Pigalle, « un quartier à (son) image », et le reste encore à Villeneuve-Saint-Georges. Ce qui lui vaut un blase peu commun, dont il nous livre les subtilités : « L'imaginaire autour du mot "capitaine des armées" me plaît. Je pense directement à Leonidas dans 300 quand il va relever ses soldats. Etre un capitaine, c'est ça pour moi, c'est celui qui connaît chacun de ses potes, où sont leurs forces. Je retrouve ça aussi dans One Piece avec le personnage de Marshall D.Teach. Souvent, ça se voit juste dans ta façon d'être et de parler. Par exemple, ma qualité première, c'est de réfléchir vite. » En quelques mots, il synthétise son idée : « Dans le rap, comme dans la vie, il faut connaître les qualités et les limites de l'autre, le comprendre. »

Cogiter rapidement et savoir faire des choix, comme au moment d'embarquer dans une carrière en solitaire, lui qui a d'abord fait ses armes du côté du collectif Ultimate Boyz. « Travailler en groupe, ça m'a poussé à m'assumer, à prendre confiance. Après, quand tu bosses avec plusieurs personnes, t'as forcément des envies et des directions qui sont différentes. Moi, je suis un passionné, je voulais continuer à faire mon truc et ne plus me baser sur les envies des autres. C'est pour cela que je suis parti tout seul » partage Roshi. 

Un style très personnel 

Des expériences mouvementées, de quoi donner naissance à un rap très personnel chez un Captaine Roshi qui sait, comme expliqué plus haut, varier les plaisirs. En plus de s'être nourri de plusieurs anciens et d'avoir fait corps avec son passé, il s'inspire de son vécu : « Mon style, ça a vraiment à voir avec mon humeur. Cela dépend de ce que tu vis, moi je m'inspire énormément de ce que je vois et de mes potes. Pour ce qui est des flows, je peux réutiliser la voix bizarre que va faire un pote pour délirer. Parfois, je transforme ça pour l'utiliser dans un son car je suis toujours dans la bonne humeur. Même quand j'écris un texte triste, je souris. » 

C'est plus facile pour moi de rapper que d'écrire

Côté inspiration toujours, il se plaît à enchaîner les trajets en train ou à pied pour trouver les mots justes : « J'écris souvent dans le train, être dans un wagon, c'est être dans un monde à part, tu croises 1000 personnes différentes qui ont chacune leur vie. Donc quand je commence à avoir une phrase, ça vient tout seul. J'aime collecter plusieurs informations. Parfois je marche et j'enregistre toutes les notes que je fais. » Une manière de fonctionner payante, à en juger par ses egotrips qui voguent entre divers sujets, de la vie de quartier jusqu'aux femmes, entre autres. Car Roshi, c'est cela, une explosivité bourrée de classe et des thèmes abordés d'une façon à marquer l'auditeur. Loin d'être un simple punchlineur, il déroule des fils à suivre tout au long de sa mixtape Attaque. Il faut dire que le bonhomme aime se creuser les méninges : « Ecrire, c'est ce que je préfère car c'est le truc qui va te prendre le plus la tête. Et j'adore me prendre la tête. C'est plus facile pour moi de rapper que d'écrire. » 

Un art de la prise de tête qui vient sans doute d'une capacité de rire de tout, même du pire. Il détaille : « Je suis très dans l'humour noir, je peux rire de choses très méchantes. On est tellement sur la terre, alors il y a forcément d'autres personnes qui arrivent à avoir le même humour. » Le rire, une arme nécessaire pour garder son cap, comme conclu le Captaine dans un air taquin : « Quand je dis que je suis un petit con, c'est ça. Et je me dis que ce petit con, au final il s'en sort pas trop mal au final (rires). » Entre une signature chez Grandline et un premier projet, il a déjà attaqué fort. Reste maintenant à consolider sa défense avant de repartir à la guerre... 

   

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Auteur (@booska_p )

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