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Kanye West : la chronique de Yeezus

Kanye West : la chronique de Yeezus

Ce 18 juin, Kanye West a sorti son tant attendu sixième album Yeezus. Il nous a bien fallu une semaine pour avaler et digérer cet OVNI. Voici le compte rendu…

On y a cru. Lorsqu’on a appris que Kanye West travaillait sur son prochain projet à Paris nous nous attendions à quelque chose d’énorme. Cela allait être comme les sessions de l’excellent My Beautiful Dark Twisted Fantasy enregistré à Hawaï. D’autant que depuis six mois, de nombreux artistes passaient -plus ou moins discrètement, dans la capitale pour travailler avec lui : Common, Pusha T, 2 Chainz, Young Chop, Future, Chief Keef… Yeezus devait être pour nous l’arrivée d’un « nouveau Kanye » !

La première écoute est dérangeante…

En effet Yeezus est un « nouveau Kanye »…mais pas celui qu’on attendait. Alors la première écoute est dérangeante. Exit la soul, ou le 808 : Kanye balance de l’acid binaire : cela décape ! Ainsi on a rarement entendu une entrée en matière aussi rébarbative qu’ On Sight. Black Skinhead également produit par Daft Punk ( les français sont crédités à la co-production de quatre morceaux) qui rappelle Personal Jesus de Depeche Mode permet d’enfin démarrer. Sur I Am A God on retrouve les Français Brodinski et Michael Levy, alias Gesaffelstein derrière cette prod très minimaliste mais accessible. Hold My Liquor est, selon nous, la fausse bonne idée de l’album. Réunir le turbulent ado Chief Keef et Justin Vernon sur le papier est une combinaison détonnante mais le résultat n’est pas concluant. Par contre avec Blood On The Leaves Yeezy réussi son pari. Un sample de Strange Fruit de Nina Simone, une grosse rythmique qui rappelle les grandes heures du Beat By The Pound de No Limit et Kanye qui chante avec de l’autotune : la sauce prend. Lorsque Kanye lance le célèbre « ‘Fuck them other niggas cause I’m down for my niggas » de C-Murder sur le bridge on est conquis. L’ambiance se réchauffe encore un peu plus sur I’m In It avec l’aide de Kid Cudi, sur une sorte de riddim sorti des enfers de Kingston. Résultat ? Dix morceaux – quarante minutes au total – sans single destiné aux radios où Kanye n’a fait aucun compromis.

Yeezy parle beaucoup de sexe…

Yeezus n’est pas le brûlot politique que laissait présager les puissants New Slaves et Black Skinhead. Lorsque dans New Slaves Yeezy crie « Fuck you and your corporation, y’all niggas can’t control me » (Fuck you et vos sociétés, vous ne pouvez pas me contrôler) on ne peut pas s’empêcher de ricaner. Même si chaque être humain est fait de contradictions, celles de monsieur West sont déconcertantes. Il est un artiste signé dans la multi nationale Universal et surtout le compagnon de la « Nabila américaine » Kim Kardashian. Enfin lorsque sur quelques titres il évoque sa condition d’homme Noir aux Etats-Unis (sur Black Skinhead Lupe Fiasco lui a prêté sa plume) cela reste malheureusement concentré sur sa petite personne. Le retour de bâton après le scandale Taylor Swift et les critiques de sa relation avec mademoiselle Kardashian lui sont restées en travers de la gorge. De quoi parle-t-il alors ? De lui bien sûr. L’égocentrique I Am God (avec en featuring Dieu) est un modèle du genre. Ses séparations avec ses ex compagnes ( Alexis Phifer et Amber Rose) avaient inspirés ses deux derniers albums. Maintenant qu’il est en couple (heureux ?) Yeezy parle beaucoup de sexe (dans I’m In It c’est très explicite) et de relations comme dans Guilt Trip ou le troisième couplet de Blood On The Leave. Distordre sa voix, chanter ou crier ne cache pas les failles de ce grand musicien. Finalement à 36 ans, six mois de vie à Paris et cinq albums à la ceinture son propos manque cruellement de profondeur.

Personne n’est parfait !

La stratégie de Kanye West est efficace. Il a chanté une seule fois à la télévision. Il a donné un entretien au prestigieux New York Times et un autre pour le magazine W. Il a diffusé son clip simultanément dans 66 pays et balancé une vidéo qui s’inspire du film American Psycho. Enfin depuis samedi Kanye West propose de faire gagner vingt paires de Nike Air Yeezy 2 Red sa nouvelle paire de chaussure à 245 dollars. Qu’on se le dise Kanye est un artiste hors du commun. Toutes ses excentricités, son sale caractère et son gigantesque ego n’arrivent pas à éclipser son immense talent. C’est pour dire. Est-ce que être un artiste talentueux est un passe-droit pour être une personne détestable ? Bien sûr que non. Mais personne n’est parfait. Kanye West y compris.

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