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TH, l’E-Trap dans la peau : Portrait

TH, l’E-Trap dans la peau : Portrait

En dévoilant la mixtape E-Trap ce vendredi 7 juin, TH poursuit son ascension vers les sommets. Depuis le début de sa carrière en 2017, le rappeur originaire de Fort-de-France (Martinique) fascine grâce à un style unique : une nonchalance exacerbée, une voix rocailleuse, une écriture instinctive et des flows saccadés. On ne sait rien ou presque de TH. Le représentant de Bondy nord (93) ne prend pas la parole (hormis une interview en 2021 dans nos colonnes), laissant l’artistique au centre des discussions. Ce choix fort renforce le mystère autour de sa personne et cultive sa rareté. Pour en savoir plus sur TH, nous sommes allés à la rencontre de son entourage. Portrait d’un ovni, validé par ses pairs.

Un chemin tout tracé 

« On ne peut rien changer à son destin », clamait Ésope, écrivain grec ayant vécu durant l’Antiquité. TH n’échappe pas à ce dicton. Il fait partie de ces artistes clivants, capables de bousculer les codes et de faire avancer la réflexion des auditeurs. Depuis plusieurs mois, TH impose sa patte dans le décorum du rap français. Tant pis pour celles/ceux qui ne comprennent (pas encore) son univers macabre, cru et spontané. « TH sait exactement ce qu’il veut. Au début, c’était dur d’être sur la même longueur d’onde que lui. Il ne parvenait pas à poser sur nos prods. On a eu besoin de trois années avant d’entrer pleinement dans son délire. Il avait déjà raison à l’époque, mais c’était trop tôt pour la France », raconte Farid Bourimech, producteur de TH et C.E.O du label Noviceland.

Avec une mère pianiste et un père batteur, TH baigne depuis toujours dans diverses mélodies. Ses parents ont mis un point d’honneur à ancrer la riche histoire de la musique dans son esprit. Pour kicker dans les règles de l’art, il est essentiel de maîtriser de bout en bout la culture hip-hop. S’il se lance dans le rap à 17 ans aux côtés de Magass140, un artiste de sa ville, c’est après une longue période d’absence qu’il devient réellement actif. 

Une productivité accrue pour envahir les ondes

Entre 2020 et 2023, TH se contente de la sortie de sa série Macabre (4 épisodes au total) et de quelques titres (47 AK, Passage, Semi-Auto et 24 H Du Mans). Durant ce laps de temps, il a cravaché pour perfectionner son art. Tous les jours, le rappeur naviguait entre son home studio à Bondy et d’autres zones d’enregistrement sur Paris. Cela lui a permis de faire des rencontres déterminantes pour la suite de sa carrière : l’écurie de Don Dada Records avec Alpha Wann, JayJay et Hologram Lo’. « Ils l’ont conforté à aller au bout de ses idées. Avant de sortir un morceau, on était prêt à en faire 100 ou 200 pour que le contenu soit qualitatif », ajoute Farid Bourimech. 

Crédit Photo : @idrnz

Sûr de ses forces, TH passe la seconde en fin d’année dernière avec les EP’s SIGNAL (octobre 2023) et SIGNAL II (février 2024). Il enchaîne alors les collaborations (Ikaz Boi, Ici C’est La Street, Friends & Family, Diddi Trix). TH mise sur une grande productivité pour envahir les ondes et se faire remarquer. Avec ces formats courts, l’artiste esquisse les grandes lignes de son identité sonore et dessine les contours de son esthétique visuelle. Surtout, il parvient à s’immiscer dans l’esprit des suiveurs du rap français, marqués par cette découverte.

Sa proposition suscite de vives réactions et divise le public en deux camps distincts : certains crient au génie, tandis que d’autres remettent en question les placements de TH. « C’est une bonne chose de diviser. Il a un style ultra-affirmé qui lui permet de se différencier. Dans les mois à venir, il y aura forcément davantage de nouveaux arrivants dans le bateau », affirme Zaven, réalisateur & DA Image de TH. 

Représenter le 93

La musique de TH transpire la Seine-Saint-Denis, plus précisément Bondy Nord (93). Comme ses prédécesseurs (Stavo, Fianso, Kalash Criminel, Kaaris, Vald etc.), il fait rayonner ce département historique du rap français. Cette thématique est même la pierre angulaire de son univers. TH n’est pas dans le faux-semblant : il a été forgé dans les entrailles du 93 et le revendique fièrement. Arrivé à l’âge de 4 ans en provenance de Fort-de-France (Martinique) dans la ville de Kylian Mbappé, TH narre son quotidien, sans artifices, avec une déroutante sincérité. Son écriture se veut crapuleuse, imagée et non formatée. « Dans mes textes, il y a toujours des phrases qui te rappellent la dure réalité de mon quotidien. Après tout, je rappe ma vie de tous les jours », nous confiait TH en 2021. 

Crédit Photo : @idrnz

L’intégralité des morceaux de sa discographie est en adéquation avec son environnement : glacial, abrupt et surtout humain. Plus que le 93, TH souhaite devenir le représentant des quartiers de France. « Bondy représente une partie majeure de son existence et même de sa musique. Toute sa vie est ici : la famille, les amis et le label. Le 93 est dans son ADN », explique Reese3019, compositeur et ami d’enfance de TH. 

Une imagerie finement ciselée 

TH est impliqué de A à Z dans la conception de sa musique : des instrumentales à l’imagerie. En cohésion avec son équipe, il intervient sur tout : clips, cover, apparitions, réseaux sociaux, photos et stylisme. Afin d’apporter une plus-value à sa musique, le rappeur mise sur des visuels simples et efficaces, majoritairement en noir et blanc. Ce choix esthétique focalise les regards sur son mystérieux personnage. « Il a des codes assez communs en tant que rappeur, mais sa personnalité rend les choses spéciales. Ce n’est pas donné à tout le monde d’être filmé comme il est et que le résultat tue à ce point », détaille Zaven. 

Ainsi, TH se présente comme un « mec de la street » avec ses particularités : à savoir des attitudes singulières et un fort attrait pour les nouvelles technologies. Il n’est pas rare de le voir accompagner de son robot-chien dans les clips ou des capsules postées sur les réseaux. Cette passion pour les innovations n’est pas passée inaperçue. « Il y a quelques jours, TH a été invité par les créateurs du robot-chien au salon de VivaTech à Paris (l’événement s’est déroulé du 22 au 25 mai à Porte de Versailles). C’est fou », poursuit Zaven. 

Crédit Photo : @idrnz

Rendre l’E-Trap générationnel 

Avec E-TRAP, TH déborde d’ambitions. Il veut mettre sur le devant de la scène le genre qu’est l’E-Trap, dérivé digital de la trap dont il est le port-étendard. Ce style est à mi-chemin entre basses détonantes et glitchs aux accents futuristes. « Pour que les prods sonnent E-Trap, on ajoute des effets digitaux, aériens et spatiaux sur les mixs », précise Ameen Beats, beatmaker d’origine marocaine, travaillant avec TH depuis ses débuts. 

Crédit Photo : @idrnz

Sur cette mixtape, TH offre une nouvelle pièce de compréhension de sa musique, tout en explorant d’autres sonorités. C’est le cas sur les dansants « CANETTE ÉNERGISANTE » et « LE TERRAIN » avec des légères influences de 2-step. Il se montre également plus introspectif sur des morceaux comme « BLUESTORM », « PILULE » et « E-MOTION ». En guise de cerise sur le gâteau, Alpha Wann et Stavo sont présents sur la tracklist, longue de 12 titres. Preuve ultime qu’il est validé par des techniciens reconnus du milieu.

E-TRAP se présente comme un projet précurseur et marqueur de son époque. TH est né pour diffuser son art à grande échelle, peu importe le temps que cela prendra. Il est encore temps de monter dans le train. 

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