Actualités Musique

Selon BFMTV, le rap est une musique d’illettrés ? [VIDEO]

Selon BFMTV, le rap est une musique d’illettrés ? [VIDEO]

Une enquête qui fait débat…

BFMTV fait polémique ! Dans un reportage paru ce matin, la chaîne de télévision étire volontiers une corrélation entre le niveau d’orthographe et la musique qu’on écoute avant de pointer du doigt les fans de rap. Explications.

Un reportage qui fait polémique

Ce matin, vers 6 h 40, BFMTV a diffusé sur ses ondes un court reportage d’une minute intitulé « Orthographe : dis moi ce que tu écoutes (sic) » assorti d’un article sur leur site. Dans ce dernier, un reporter interviewe deux étudiants de terminale L scolarisés dans un lycée de Toulouse afin de leur poser deux questions, à savoir le type de musique qu’ils écoutent et la fréquence à laquelle ils font des fautes d’orthographe. Martin, le premier élève interrogé, déclare être un fervent auditeur de rap et cite Jul comme rappeur préféré, qu’il suit assidûment et qu’il va voir en concert. Lorsque vient la question de son orthographe, l’adolescent a eu le malheur d’être honnête : « Il m’arrive de faire des fautes d’orthographe en écrivant un e-mail, un sms ou même dans des dissertations. » Comme tout un chacun, ne nous voilons pas la face.

Le second élève interrogé est une jeune fille prénommée Amélie qui dispose d’un profil bien différent de son camarade. Elle ne dispose ni des mêmes goûts musicaux ni du même niveau d’orthographe, en tout cas d’après son évaluation personnelle. « Même quand j’écris des textos, je fais attention aux fautes d’orthographe, à la grammaire! J’écoute plutôt de la musique planante, la musique indie quand je m’endors. » Juste après, la voix-off effectue une corrélation directe entre les préférences musicales et le niveau d’orthographe en se basant sur une enquête du baromètre Voltaire 2019. Selon cette dernière, les cancres sont donc les amateurs de rap. Pascal Hostachy, qui fait partie de ceux qui a travaillé sur ce rapport, donne une explication pour le moins spéculative quant aux différences entre les deux élèves interviewés. « Les gens qui écoutent de la musique indie sont des gens explorateurs, curieux, qui vont rechercher de nouveaux horizons, de nouvelles musiques, et cette curiosité on peut imaginer qu’elle s’applique aussi à la langue française, ce qui peut expliquer qu’ils aient un meilleur niveau en langue française. » Comme si les auditeurs de rap n’étaient pas curieux et se contentaient d’écouter ceux qui trustent les tops des plateformes de streaming

Une corrélation fallacieuse

Dès lors, écouter du rap nous rendrait-il irrémédiablement moins bons en orthographe que ceux qui écoutent Arctic Monkeys ou The XX ? Rien n’est moins sûr. S’il est possible d’admettre que les auditeurs de rap ont un niveau en orthographe inférieur à ceux qui écoutent majoritairement d’autres styles musicaux, faire croire à l’opinion publique que ces deux aspects sont indubitablement corrélés serait un argument fallacieux et une insulte à tout un pan de la population, dont l’intelligence entière est dépréciée à travers l’évaluation du niveau d’orthographe. C’est ce pas que franchissent de manière sous-jacente l’enquête du baromètre Voltaire et donc le reportage de BFMTV. Si le rap se popularise de plus en plus dans toutes les sphères sociales, il est bon de rappeler que ce genre musical est prédominant dans les banlieues défavorisées, là où l’éducation y est la plus déplorable.

En octobre dernier, un article du Parisien dont la lecture est fortement conseillée mettait en lumière le nombre d’heures de cours hallucinant dont certains élèves d’un collège de Saint-Denis (93) n’ont pas bénéficié durant l’année scolaire 2018-2019 du fait d’un criant problème d’effectif de professeurs. Ce problème, loin d’être marginal, touche fortement les établissements situés dans des secteurs défavorisés « Les établissements dits difficiles sont particulièrement concernés », confirme la FSU (Fédération syndicale unitaire). « Il existe une forme de clientélisme, lâche un prof du Val-d’Oise. Les secteurs huppés auront toujours des remplaçants, contrairement à des structures situées en REP ou REP + (Réseau d’éducation prioritaire). Et ce n’est pas seulement lié à la mobilisation. Dans le 93, il y a des actions, mais elles restent vaines… » L’article conclut en informant qu’à la fin du mois de septembre, l’institution enregistrait encore des postes non pourvus dans les collèges et lycées d’Ile-de-France. Plutôt que de cibler la musique de nos chers artistes, il serait temps de se pencher sur le vrai coupable qui explique les disparités du niveau d’orthographe : l’éducation.

Top articles

Dossiers

VOIR TOUT

À lire aussi

VOIR TOUT