« La haine ? C’est sur je l’ai, si la vengeance est un plat qui se mange froid je suis le roi du surgelé. » Cette punchline illustre à merveille la détermination d’Escobar Macson, qui est toujours parvenu à se relever de situations périlleuses…
Actif dans le game depuis la fin des années 90, le rappeur originaire de Villetaneuse (93) a connu un parcours chaotique. Malgré toutes les embûches auxquelles il a pu être confrontées, Tony Bamboula a vaillamment poursuivi son parcours. Pour Booska-P, Esco revient sur son itinéraire rapologique, truffé d’anecdotes.
Menace Records
J’ai commencé dans le jeu en 1999 : cela a été très rapide. La signature s’est faite instantanément avec le label Menace Records, dirigé par Bayes. Je suis rentré dedans par rapport à Alibi Montana, qui habitait aux 4 000 à la Courneuve et qui a fait un petit passage dans mon fief, à Villetaneuse. Il avait « gratté » des subventions à la mairie, pour monter un projet. Un jour, j’étais avec lui à l’Hôtel de Ville, il m’a ajouté à son programme. Une fois que mon nom était dedans, il m’a demandé de rapper. Au départ, je n’étais pas forcément inspiré, je n’avais pas envie. Puis, je m’y suis mis sérieusement, je n’avais pas vraiment le choix. Le premier projet sur lequel j’ai posé, Villeta Saga, n’est d’ailleurs jamais sorti.
Après avoir posé sur plusieurs compilations produites par Menace Records, j’étais en studio pour enregistrer l’album. Je sentais que la motivation du label n’était pas la même que pour celui d’Alibi (T’as ma parole, Ndlr), sorti précédemment. A la base, j’écrivais avec Alibi pour un album qui devait se faire en commun. Les aléas de la vie ont fait que j’ai dû être absent pour un moment… On va dire que j’étais indisposé. Il fallait qu’Alibi enchaîne et il a donc continué seul. A l’époque, il y avait un manque de considération vis-à-vis de moi, cela m’a énervé. J’étais très impulsif et je ne prêtais pas forcément attention aux éventuelles conséquences d’une réaction soudaine. Je suis donc parti sur un coup de tête.
45 Scientific
Chez Menace Records, Bayes n’était pas le seul dirigeant. Il travaillait avec Calibre, lequel a ensuite monté sa structure : Calibre Records. Je bossais avec lui en studio sur plusieurs morceaux. Un jour, alors que je me trouvais à proximité des locaux de Générations, je reçois un coup de fil de la part d’une personne que je ne nommerai pas. « Il y a du grabuge, ramène-toi », me dit-elle. Il s’agissait alors du conflit opposant Booba et son label de l’époque, 45 Scientific. Je fais alors la connaissance de Lalcko, qui me propose de participer au deuxième volume de la mixtape « Sang d’encre ». Jean-Pierre Seck, qui dirigeait alors ce label, se met en contact avec Calibre. J’ai alors enregistré Ghetto Guet-Apens et eu de bons retours. Dans la foulée, j’ai signé avec 45 Scientific. Et puis, encore le même souci : on prépare l’album, tant bien que mal…
« Ali empêchait le label de fonctionner »
Booba s’était tiré de 45, je suis arrivé juste après. Il ne s’agissait pas de le remplacer. Quand j’ai débarqué, j’avais tout à prouver. Le but du jeu était de faire mal, de manière rapide. Pas pour remplacer Booba, mais qu’on en parle plus. (Il réfléchit) La personne qui empêchait le label de tourner, c’est Ali. Même si je ne l’ai pas vu depuis 2006, je peux dire que c’est quelqu’un de très paranoïaque, très méfiant. Il se demandait si je n’étais pas venu pour profiter d’une certaine situation et battre en retraite dès que son équipe aurait le dos tourné. Je lui ai alors fait comprendre qu’il ne devait pas se méprendre sur ma personne, que j’avais signé et que je comptais bien faire parti du voyage. J’ai insisté pour avoir les outils nécessaires pour pouvoir bien travailler.
Pour l’album que je préparais, j’ai dû prendre en charge toute l’organisation des enregistrements. Déjà, cela m’a fait mal à la tête… Une fois que l’album était terminé et censé arriver, Ali a refusé d’envoyer un premier single. Il estimait que ce n’était pas le bon moment. Était-ce de la crainte, de la jalousie ? Je n’en sais rien, n’ayant jamais eu le fin mot de l’histoire. Le temps passait et il ne se passait rien. Je ne maîtrisais rien et cela commençait à me saouler sérieusement. Mon DJ, Hamdi, m’a alors proposé de récupérer plusieurs de mes morceaux pour en faire une mixtape, à laquelle j’ajouterai quelques inédits. Histoire de faire patienter mon public. C’est ce qui a donné naissance à Résurrection. Évidemment, j’avais demandé au préalable l’autorisation à 45 Scientific pour sortir ce projet. On m’avait alors répondu qu’il n’y avait aucun problème. Géraldo m’a même proposé un coup de pouce d’un point de vue administratif, domaine où je ne connaissais pas grand chose. Mon investissement pécuniaire était plus élevé que le leur, sachant que je leur avais symboliquement demandé de participer aux frais. 45 Scientific a donc pris en charge une partie du mastering et de la pochette.
« Les paroles, c’est comme les pets : ça fait beaucoup de bruit, mais au final ça s’évapore dans les airs »
Un jour, je reçois un coup de fil de la part de Ludo, le mec qui avait produit la compilation Fat Taf. Il me dit : « J’étais chez Musicast, ils m’ont donné ton CD ». Je ne comprenais pas. Je suis parti à sa rencontre pour avoir le disque. Tout le week-end, je bouillonne. Le lundi, j’appelle Ali pour avoir une explication. Je le vois le mercredi pour lui dire ce que j’avais à lui dire. J’étais un peu chaud. J’ai alors pris la décision de couper court avec eux. J’avais perdu beaucoup plus de temps qu’autre chose et raté des opportunités. Entre temps, Jean-Pierre Seck était déjà parti. Je reproche à Ali de ne pas avoir tenu sa parole : il m’avait promis que les choses iraient dans le bon sens. J’avais senti le coup venir et je les avais même déjà prévenu que je comptais travailler seul. Ce que m’avait déconseillé Ali. Les paroles, c’est comme les pets : ça fait beaucoup de bruit, mais au final ça s’évapore dans les airs. Quand ils ont sorti l’album « Du berceau à la tombe », dans mon dos, j’ai décidé de poster une vidéo sur le net. Je voulais que les gens comprennent qui étaient vraiment les dirigeants de 45 Scientific.
Makila Mizik
Après le street album Résurrection sorti en 2006, pour lequel j’ai clippé le titre « Rimes et tragédies », j’ai enchaîné avec Vendetta en 2008. A partir de ce dernier projet, j’ai compris qu’il ne fallait plus que je bosse avec qui que ce soit. Même pour Vendetta, j’ai eu des soucis avec un distributeur, celui de Bob de Générations. Il a foutu pas mal de merdes par rapport à ce projet là et je n’ai pas pu récupérer toutes mes billes. Ce sont des leçons de vie. Aujourd’hui, je les ai bien assimilées. Je ne reproduirai pas toutes les erreurs que j’ai pu faire. Ensuite, la sortie « 100% Makila Mizik » est le best-of qui a vu le jour en décembre 2010, Bestial, dans lequel j’ai inclus quatre ou cinq inédits. Depuis, on a tout mis à plat pour rebâtir les fondations et mettre des pansements sur la chaire qui a été blessée.