En 1996, la compilation Hostile Hip Hop permettait de révéler des groupes comme Arsenik, les X-Men ou encore Lunatic. Dix années plus tard, le label Hostile Record remet le couvert avec Hostile 2006. Cette fois, c’est Despo Rutti qui tire son épingle du jeu avec le brûlot « Arrêtez ».
Avant de participer à cette compilation réalisée par Kilomaitre, le rappeur des Pavillons-sous-Bois (93) s’est fait remarquer sur deux autres projets l’année précédente : « Hematom résurrection » où il pose le titre « On garde espoir » ainsi que « Patrimoine du ghetto », sur lequel il place « Ultimate fighting », en compagnie de Kamas et Sao. Avec Hostile 2006 et « Arrêtez », la carrière de Despo, alors âgé de 24 ans, va connaître un véritable tournant. « Le morceau existait depuis plus d’un an. Mark de Bombattak estimait qu’il avait un réel potentiel et lui a fait bénéficier d’un bouche à oreille de ouf. Ce qui n’était au départ qu’une simple maquette a terminé entre les mains de Tefa et Masta. Avec eux, j’ai enregistré le son de façon définitive, dans leur studio », nous confie Despo. Satisfaite du rendu, l’équipe de Kilomaitre décide de mettre le titre produit par Tyran en avant. Il s’agira du « single street » de la compilation.
« Envie de tout niquer »
Si « Arrêtez » est mis sur un piédestal, cela n’a rien d’un pur hasard. Il se trouve dans l’esprit du premier volet d’Hostile Hip Hop, grâce à son côté controversé, avec « beaucoup de couilles ». Du rap hardcore par excellence. A l’écoute du son, la rage de Despo est palpable. Et pour cause, le MC d’origine zaïroise a écrit le texte peu après être sorti d’une garde à vue musclée. « Je me retrouve accusé à tort dans une affaire de stupéfiants, alors que je n’avais strictement rien à voir dedans. En réalité, un pote est venu me voir en bas de chez moi et m’a donné un « bif ». Une patrouille se trouvait sur les lieux à ce moment là : elle a cru assister à une transaction et nous a accusé de faire partie d’un trafic. Lors de ma garde à vue, je ne me suis pas laissé faire. J’ai pris des coups mais j’en ai mis aussi », se souvient Despo. Résultat des courses : ce dernier sort du poste de police avec « l’envie de tout niquer ». « Arrêtez » sera écrit dans la foulée, en trois heures.
Punchlines ultra-polémiques
Morceau instinctif à souhait, il dresse un constat de la société. « Ce n’est pas du rap démago », souligne son auteur. Celui-ci marque immédiatement les esprits par son franc-parler, ses punchlines qui ne riment pas toujours et sa façon de conserver l’accent du bled lorsqu’il pose. Certains propos du titre suscitent la polémique. « Arrête de postuler pour être CRS ou contrôleur, genre t’as pas le choix », « En plus de bien rimer, pour que ça paie faut être blanche » ou encore « Avant de nous casser les couilles avec ta religion, fais moi voir tes photos souvenirs du paradis ». En ce qui concerne cette dernière phase, certains auditeurs la perçoivent comme une agression. « Avec le temps, je me dis que j’aurais peut-être dû trouver une autre formule, avec une autre forme. Pourtant, je me suis toujours intéressé aux religions, contrairement à ce que pensent les gens », assure Despo, qui se reconnaît dans le qualificatif de « désacraliseur ». Au-delà des propos controversés, le clip met le feu aux poudres.
« Arrêtez représente exactement ce que je suis »
L’idée des hommes cagoulés qui revendiquent à la manière du FLNC (Front de libération nationale corse) émane de Tefa. Despo valide immédiatement le synopsis. Dans la vidéo, le rappeur phare du label Soldat Sans Grade met en scène l’assassinat de 50 cent. « Une partie du public n’a pas compris. Certains ont pensé que je revendiquais mieux rapper que lui alors que je cherchais seulement à critiquer les imitations qui vivent en France et qui fuient la réalité de leur ghetto », explique-t-il. Benjamin Chulvanij, fondateur d’Hostile Records, s’est mis à « flipper » en voyant les images. « On voit Chirac derrière les barreaux, on va avoir des problèmes », avait-il alors imaginé. A un moment donné, le clip est retiré de Youtube, sans la moindre explication. Six ans après sa sortie, « Arrêtez » peut-être considéré comme un classique du rap français. Parmi ses propres titres, Despo le place au sommet de la hiérarchie, aux côtés d’« Innenregistrable ». « Il représente exactement ce que je suis, à savoir quelqu’un qui prend position et qui suscite la polémique », résume-t-il. « Arrêtez » aura frappé un grand coup dans la fourmilière du rap français, jusqu’à « lui casser un bras ».