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Booska-Classic n°11: Arsenik, Boxe avec les mots !

Booska-Classic n°11: Arsenik, Boxe avec les mots !

Un petit peu de croco en guise d’apéro ? Pas de panique, les frangins Lino et Calbo vous serviront sur un plateau. Tchi tchi !

Nous sommes en juin 1998 et l’équipe de France n’a pas encore gagné la Coupe du Monde de football. Peu importe, les deux rappeurs de Villiers-le-Bel viennent de jeter un énorme pavé dans la mare du rap français, en sortant leur premier album, intitulé Quelques gouttes suffisent. A cette époque, alors que l’expression « rap game » n’a pas encore vu le jour, le Secteur Ä a déjà bâti un véritable empire. Le terme « buzz » n’est pas non plus d’actualité, pourtant les frères M’Bani ont su le susciter. Avec seulement trois titres posés sur des compilations (Ball Trap, L’enfer remonte à la surface et Rimes et châtiments), ils se sont positionnés comme l’une des formations majeures de la relève du rap français. Quand Quelques gouttes suffisent atterrit dans les bas, le hip hop et ses auditeurs prennent une gifle monumentale.

« On faisait juste de la musique, des titres… »

Cet opus marque l’apogée des samples pianos-violons, ce qui sera souvent reproché aux MC’s de l’hexagone par le futur. L’architecte sonore se nomme Djimi Finger. Alors qu’il n’a que 20 ans, ce dernier se retrouve à la quasi-intégralité des productions de l’album. « Ils commençaient un album, ils cherchaient des sons. Et là c’était parti : on a fait un, puis deux, puis trois morceaux. J’avais de la matière, des instrus déjà prêts, et d’autres qui sont venus pendant la création de l’album. J’étais très jeune à ce moment, à peine 20 ans. Je n’avais pas vraiment conscience qu’on faisait un album en fait, on faisait juste de la musique, des titres », se souvient le beatmaker dans un entretien accordé à nos confrères de l’abcdr du son.

« On sait qu’un gars à la hauteur c’est rare comme une pute à son compte »

« On sait qu’un gars à la hauteur c’est rare comme une pute à son compte ». Lino le martèle dans l’intro. Impossible de s’en lasser pourtant. Pourquoi ? Parce que la punchline est savamment efficace. Et justement, les punchlines, ce n’est pas ce qu’il va manquer sur le morceau suivant, le brûlot Boxe avec les mots. La référence au sport de combat est extrêmement pertinente, tellement cet égotrip s’avère être ravageur. Porté par un sample de Bach, ce premier round met KO dès les premières secondes. Après un refrain rentre-dedans à souhait, Calbo entame son couplet. Excellent. Mais quand Lino enchaîne après son petit frère avec sa voix nasillarde, un sentiment indescriptible nous emporte.

« Si tu kiffes pas renoi t’écoutes pas et puis c’est tout »

« J’évite le non-sens comme un virus, superstar dans l’ghetto
Comme à la roulette russe, l’étau s’resserre, l’état met l’véto
Les jeunes s’mettent au rap, très tôt ils frappent
La résistance est prête au micro. J’deviens MC à métaux
Rappe les barreaux d’prison, si t’enfermes l’expression orale
Nique la morale, le rap est sous pression quand Lino râle
Bam bam, deux pressions d’la gâchette ici où le vice erre
Mon album s’achète comme un douze, bien viser
Serre-moi la poigne, les mots des frères je soigne
Mes mots en témoignent, si l’enfer est pavé d’bonnes intentions, que le porc s’éloigne
Encore un autre prétexte, un texte violent, mais voilà
J’sais pas jouer du violon ou faire des rimes à la mords-moi là
Insolent, mon solo rap shoot, crée le doute, lègue-moi l’micro
Déjà les accrocs veulent des boot legs
Écoute, Arsenik, c’est pas une blague, couine
Gueule, kiffe le single, laisse la dance aux drag queens ».

Les phases de Boxe avec les mots seront scratchées à de multiples reprises

Dingue. Le troisième couplet est un pass-pass entre Lino et Calbo, un exercice qui s’est malheureusement perdu ces dernières années. Les phases de Boxe avec les mots seront scratchées à de multiples reprises par bon nombre de rappeurs. Chaque phase de Lino est un coup de poignard touchant un organe vital. Ce morceau sera le premier single extrait de Quelques gouttes suffisent. Il est porté par un clip qui, malgré son faible budget, passe souvent sur M6 (on a même pu l’apercevoir sur TF1, dans le programme qui précédait le journal de 20h à l’époque, « Exclusif », une émission… people). Ce clip est « un véritable panneau publicitaire pour Lacoste », expliquait récemment Lino dans l’émission Capital, sur M6, à l’occasion d’un reportage consacré à la marque au crocodile. Effectivement, on voit du « croco » dans tous les sens, servi à toutes les sauces. Pour la petite histoire, Arsenik n’a jamais eu de contrat avec Lacoste, même si leur maison de disque a fait le nécessaire pour qu’il en soit autrement. En vain. La marque française a refusé d’associer son image à celle du rap français. Sur Quelques gouttes suffisent, Boxe avec les mots est présent deux fois. Le morceau original figure à la piste 2 et le « Remix K.O Technique » (version hard-rock) clôture le disque.

Retrouvez toute l’actualité du rap français en temps réel sur le Twitter Booska-p et le facebook Booska-p. Regardez le clip d’Arsenik Je boxe avec les mots, Remix K.O Technique :

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