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Ruby Rodd, métis dans le style et dans le son [PORTRAIT]

Ruby Rodd, métis dans le style et dans le son [PORTRAIT]

Rencontre avec un rookie doté d’un univers bien à lui.

A une époque où la musique s’apprécie à 360 degrés, peu de rookies peuvent se vanter de tout avoir dès le début. Cumulant les talents, aussi impactant dans ses sons que dans ses clips, Ruby Rodd a su faire sa place en imposant son personnage. Toujours à la recherche du kiff, il propose une musique sans barrière, allant du français à l’anglais pour livrer son vécu. Un délire à son image, lui qui a grandi entre Paris et sa banlieue. A l’occasion de la sortie de son nouveau clip, Bad Bitch, rendez-vous avec ce jeune talent, la tête dans un monde et les sneakers dans l’autre.

Une différence assumée

Au premier coup d’oeil, ce qui frappe, c’est la dégaine du bonhomme. Cheveux colorés, vêtements griffés, l’artiste fait avec son propre style, looké à souhait. D’entrée, on comprend que Rudy Robb ne s’enferme pas dans une case. Impossible pour lui de ranger bêtement sa musique dans un tiroir précis et c’est tant mieux. Chez lui, style et musique se confondent pour ne faire qu’un tout qu’il nous expose très simplement. Tout est aujourd’hui une question de kiff après une jeunesse plus turbulente : « Plus jeune, ma tenue était comme une espèce de protection, de bouclier. Je voulais être moi, tout simplement. Je me dis toujours « t’as qu’une vie frérot ». Du coup, si tu veux faire des trucs pour le kiff, vas-y. Si j’ai envie d’avoir les cheveux bleus, je le fais. J’ai toujours essayé d’avoir mon propre style, musicalement ou pas ».

L’artiste débarque donc avec un package qui ne souffre d’aucune rature. Ses clips sont précis, chiadés. Aventureux et toujours fidèle à sa devise, il s’est fait un plaisir sur le morceau Pourquoi, osant l’anglais. La langue de Shakespeare, un pari qui fait peur à beaucoup de nos rappeurs, mais réussi avec les honneurs par Ruby Rodd. « C’est venu naturellement, j’avais envie de le faire, alors je ne me suis pas gêné. Je ne voulais pas mourir bête et faire au moins un son en anglais dans ma vie. Franchement, c’était cool comme expérience. J’adore ma langue natale, le français, mais je voulais mettre un peu d’anglais, car ça sonne bien aussi » explique-t-il. Lorsqu’on se penche sur son travail, impossible, d’ailleurs, de ne pas penser à l’Amérique. Un continent qui apparaît comme un joli miroir, un filiation intégrée par Ruby : « C’est vrai que les rappeurs américains comme Travis Scott, Tupac, ou encore Ice Cube, m’intéressent. Ils arrivent avec un package, une musique et un style. C’est ce qu’essaye de faire aussi ».

Quand t’es dans un quotidien pas évident et que tu vois autre chose, ça te fait grandir

Sa capacité à passer d’une langue à l’autre en un claquement de doigts, le rappeur la tient peut-être de son histoire personnelle. Originaire de Bagnolet, il a pourtant suivi une scolarité à Paris. La capitale de l’hexagone et la banlieue, deux univers différents, mais qui se complètent et qui lui permettent d’être enfin lui : « Il y a la street d’un côté, puis le délire plus bourgeois de l’autre et franchement, je le vis plutôt bien. Je viens de la cité Rouge de Bagnolet, c’était le bando. Puis je prenais le bus et je découvrais des personnes qui avaient une vie totalement différente de la mienne… Quand t’es dans un quotidien pas évident et que tu vois autre chose, ça te fait grandir. Cela m’a permis de me libérer, d’être moi ».

L’éducation sentimentale

C’est donc sans oeillère qu’il avance aujourd’hui dans le game, lui qui a déjà connu beaucoup de choses. De plus, son passé entre deux réalités se reflète dans son éducation musicale. Entre un père mélomane et un environnement fourni, Ruby Robb est servie. Ses semaines et week-ends sont occupés par plusieurs plages sonores, avec différentes ambiances selon chaque lieu : « Mon daron avait six platines à la maison et des tonnes de vinyles. Ma mère avait des disques de Mariah Carrey, Withney Houston, Stevie Wonder… Quand j’étais petit, j’ai baigné là-dedans. Tous les week-ends, c’étaient les mêmes morceaux qui revenaient en boucle. Le rap, j’ai découvert ça avec mes potes et quand c’était chez ma grand-mère, j’écoutais de la musique africaine ».

Une ouverture assez dingue qu’on retrouve dans les habitudes de Ruby. Celui qui s’est bousillé aux clips de Michael Jackson peut ainsi passer de Booba à Ray Charles lorsqu’il fait défiler les sons sur son smartphone. Son éducation, cela lui permet de ne pas se mettre de limite, mais également d’aborder ce qu’il veut dans ses sons. Une liberté que ne lui offrait pas le solfège, appris tout gamin. Une bonne expérience malgré tout, même si la théorie le « saoulait vraiment ». S’il a gardé un certain amour pour le violon et la guitate, sa voix est désormais l’instrument qu’il préfère. « Pourquoi me casser la tête avec des notes, alors que j’aime chanter ? Du coup, je préfère faire mes mélodies, chercher les bons mots ».

Mon daron avait six platines à la maison et des tonnes de vinyles. Ma mère avait des disques de Mariah Carrey, Withney Houston, Stevie Wonder

Le père de l’artiste n’est pas la seule personne à avoir son importance dans la genèse de Ruby Robb. La mère de notre rappeur a aussi eu un gros rôle, car c’est elle qui, indirectement, a trouvé le blase de son fils au détour d’un film culte des nineties : « Mon vrai nom, c’est Ruben et ma tante a commencé à m’appeler Ruby. Ma mère est une grande fan de Luc Besson et du film le Cinquième élément. Quand j’étais petit, je regardais ce film et le personnage de Ruby Rhod me faisait grave peur (rires). En grandissant, je me suis dit que c’était le blaze qu’il me fallait ».

Son identité sonore

Fil rouge de tous ses sons, ses relations avec les femmes. D’un morceau à l’autre, on se retrouve en présence d’un discours qui transpire la vérité. Loin d’une posture, Ruby Rodd en parle, car la chose fait partie de sa vie. L’amour, un thème abordé par d’illustres aînés, qu’il n’hésite pas à citer comme références. Des artistes qui lui permettent de s’ouvrir en chanson : « A la base, j’ai connu le blues, le jazz et le r’n’b avant le rap. Je suis un grand fan de Ray Charles, il aborde beaucoup le sujet de l’amour dans ses morceaux. Au final, parler d’amour dans mes sons, c’est venu de là. Dans Pourquoi, je parle d’amour, dans Bad Bitch également… En toute franchise, ce sont des histoires vraies. Des trucs vécus posés sur la feuille, grâce à l’inspiration que me donne l’instru ». Les productions, justement, ont un grand rôle dans sa manière de procéder…

Proche des influenceurs Pembe Cherole et Jaymaxx, il parvient lui aussi à développer ses propres scénarios. En studio plutôt que sur les réseaux, car le bonhomme a besoin de se retrouver seul avec une instru pour mieux la dompter, comme il le partage : « Pour écrire, je m’enferme et je m’enfume en écoutant une prod. Cela peut durer pas mal de temps et ça vient comme ça. J’arrive à avoir des scénarios en tête, comme dans un film. Il arrive même à ce que je pense directement au clip avant même d’avoir écrit. Cette manière de procéder peut m’aider à trouver mes paroles ».

Je suis un grand fan de Ray Charles, il aborde beaucoup le sujet de l’amour dans ses morceaux. Au final, parler d’amour dans mes sons, c’est venu de là

Des paroles qui se feront de plus en plus nombreuses dans les mois à venir, l’artiste semblant définitivement lancé cette année. Un millésime qui sonne comme celui du changement pour Ruby : « Il y a quelques personnes qui se plaignent que le rap a trop changé, mais je trouve ça bien qu’il y ait plusieurs styles. Aujourd’hui, on est en 2018, il faut évoluer ». Côté évolution, vous avez désormais un homme sur qui compter…

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