Découvrez l’interview de Georgio réalisée par les équipes de Booska-P à l’occasion de la sortie de son premier album nommé Bleu noir…
C’est l’heure du grand saut ! Depuis le 16 octobre dernier, le premier album du rappeur parisien (18ème) Georgio est disponible. L’occasion pour l’artiste de revenir sur son parcours déjà long de plusieurs années dans le milieu et marqué par les sorties de plusieurs EP’s mais aussi d’aborder sans détour les thématiques contenues dans ce projet devant les caméras de Booska-P.
Après avoir fait ses armes pendant 5 ans dans le monde du rap, Georgio sort un album teinté de maturité. Un projet qui semble arriver à point nommé à un moment charnière de la carrière d’un artiste très proche de son public, qui le lui rend bien : « C’était le moment de le sortir, avant ça aurait été trop tôt. J’ai fait le meilleur album que je pouvais faire…J’aime pas prendre les gens pour des cons, moi le rap qui me parle le plus, c’est un rap personnel où bien comprendre l’univers est important. Je ne suis pas dupe que si j’en suis là, c’est grâce à mon public et à internet. Pour financer l’album j’ai fait appel à du Crowdfounding, on l’a fait nous même avec les gens qui me soutiennent. J’ai rencontré plein de labels qui ne comprenaient pas vraiment où on voulait aller, ils étaient trop lents à sortir un contrat. Là, il y a des contreparties en fonction des sommes d’argents que les gens ont mis. » explique-t-il.
Je me suis dit que je pouvais faire mieux que les rappeurs en place
Attaché à la culture hip-hop dans son ensemble, Georgio a d’abord été un auditeur assidu de rap avant de petit à petit être amené à pratiquer : « Le rap m’a amené au rap ! J’en écoutais, je kiffais et j’ai souhaité en faire tout simplement. C’était la musique de ma génération au collège, quand tu t’affranchis de la musique de tes parents. J’ai toujours aimé la musicalité dans le rap ce qui m’a amené à écouter des trucs sortis dans le passé. J’ai voulu connaitre toutes les époques et tous les styles. Je ne dirais pas que le rap me soigne de tous mes maux, mais c’est des moments où je m’évade quand j’en écoute ou quand j’écris. A un moment je me suis dit que je pouvais faire mieux que les rappeurs en place et c’est comme ça que je me suis lancé vers 14/15 ans. » raconte-t-il.
En cas de succès, j’ai peur de tomber dans la facilité
En perpetuelle réflexion, Georgio semble appréhender sa carrière avec certaines craintes…Que ce soit celle de réussir, ou celle de subir un échec : « J’y réfléchi beaucoup mais j’ai du mal à avoir du recul. Pour l’instant je suis dans une situation ‘batarde’ où je n’ai pas échoué mais je n’ai pas réussi. Maintenant que le disque est fini, j’attend sa sortie mais avec le crowdfoundfing terminé c’est déjà une demi-victoire. L’échec est improbable parce que je suis déjà à des chiffres supérieurs à mes précédents projets mais je ne sais pas encore si ça sera une vrai réussite. En cas de succès, j’ai peur de tomber dans la facilité et de ne pas me retrouver. L’échec me fait peur parce que je me retrouverais face à moi-même à me demander si je peux vraiment me consacrer uniquement au rap. » ajoute-t-il.
Plus jeune, je trainais beaucoup dans les quartiers
Amené par le passé à souvent être dehors, le jeune homme possède une vision assez lucide de la rue et de son quotidien mais aussi des difficultés de la vie qui pousse à devenir adulte de plus en plus vite : « La vie de rue, je la connais assez bien. Plus jeune, je trainais beaucoup avec mes potes dans les quartiers…Au lycée, je cotoyais des mecs de banlieue mais aujourd’hui, c’est plus du tout ma vie. J’arrive à voir les bons et les mauvais côtés avec un regard extérieur. Dans le cercle privé, très jeune, mes parents ne m’ont plus caché leurs problèmes, du coup j’ai tout de suite capté les difficultés de la vie. A 15 ans, j’ai arrêté les cours et je me suis battu pour ne pas y retourner avec mes propres convictions. Très jeune, je savais ce que je voulais faire et ne pas faire. Aujourd’hui, les jeunes sont plus précoces de manière générale…Les meufs de 16 ans s’habillent sexy et fument des splifs, les mecs sont défoncés, j’ai l’impression qu’ils ont plus de libertés et qu’ils se détruisent encore plus que nous. » analyse-t-il.
Dans le football, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus
A travers la chanson Rêveur, Georgio rend hommage à son petit frère Anatole, âgé de 19 ans, qui a su éviter les pièges de la rue pour se lancer dans une carrière de footballeur : » Les conseils que je lui donne c’est de continuer à garder son mode de vie. Dans le football, il y a beaucoup d’appelés et très peu d’élus mais quand tu as passé le cap des 16/17 ans à ne pas boire, à ne pas trop sortir et à te donner à fond dans le sport…le plus dur est presque fait. Une fois que tu as tenu le coup, c’est que tu es déterminé et tu n’as plus vraiment de conseils à recevoir. » argumente-t-il.
J’emmerde le monde !
Conscient des côtés sombres de la nature humaine, Georgio entretien une certaine méfiance vis à vis du monde qui l’entoure : « Je suis super ouvert, je communique facilement…Tellement j’aime les autres et le monde que je le déteste parce qu’il est con ! Quand sur Twitter je vois un mec qui m’insulte, je me demande comment il peut en arriver à passer du temps à traiter un mec qu’il ne connait pas…Ca me rend ouf, je comprend pas et du coup j’emmerde le monde ! Cet album m’a un peu apaisé mais je me demande aussi s’il n’a pas été responsable de quelques vagues de dépression et s’il ne m’a pas fait un peu de mal également. » conclut-il.