Même si lnvasion n’a pas autant marqué les esprits que Hostile Hip Hop, cette compilation n’en demeure pas moins incontournable. Après l’intro de DJ Cut killer, La Cliqua déboule avec le titre Apocalypse, véritable hymne guerrier.
Nous sommes en 1997. A cette époque le groupe vient de perdre Egosyst (l’homme qui a écrit les premiers couplets de Booba). Rocca, Daddy Lord C, Raphael et Kohndo demeurent les derniers MC’s d’un crew qui existe depuis près de quatre ans et qui a sorti l’opus classique Conçu Pour Durer, en 1995. « Nous étions 24h/24 ensemble, on dormait dans les mêmes chambres, se souvient Rocca. Ça n’arrêtait pas, c’était l’usine. On travaillait à l’américaine ». Plusieurs groupes figurant sur le tracklisting d’Invasion, comme TSN (Tout Simplement Noir) par exemple, sont signés sur Night & Day, label qui produit la compilation. Ce n’est pas le cas de La Cliqua, estampillée Arsenal. Juste avant d’enregistrer le morceau Apocalypse, le groupe part à New-York, pour fêter les dix ans de la Zulu Nation, à Harlem. Initialement, les couplets sont posés sur l’instru de ce qui deviendra la production du titre L’amour d’Ideal J, qui se trouve sur l’album Le combat continue, sorti en 1998.
Influence Wu-Tang
« Quand on est revenu sur Paris, on cherchait le beatmaker Ace pour qu’il nous produise un son dans un esprit plus guerrier. Ça collait beaucoup plus à nos textes, faits de métaphores au service de l’image. Après le départ d’Egosyst, il était important de refaire un morceau du groupe dans cette veine », souligne Rocca. Apocalypse n’a pas été enregistré spécifiquement pour Invasion, il s’agit d’un « morceau parmi tant d’autres ». En 1997, le Wu-Tang Clan atteint son apogée. La Cliqua s’inspire énormément du collectif new-yorkais. « On analysait comment RZA orchestrait l’apparition de chaque MC ». Co-produit par Gallegos et Ace, qui ont utilisé un sample de film, Apocalypse s’ouvre par des rafales de tir. Rocca déclenche les hostilités, suivi par Daddy Lord C et Kohndo. C’est Raphael qui se charge de faire monter encore plus la pression sur le refrain. « Apocalypse, guerre sainte, bataille, révolution, l’État veut ma peau, censure, flippe sur mes propos », hurle le plus jeune membre du crew, seulement âgé de 17 ans à l’époque.
« Leçon de MC-ing »
« Dans ce son, il n’y a que des punchlines, même si ce terme n’existait pas en 1997. C’est une leçon de MC-ing », assure le rappeur franco-colombien. La Cliqua ne se limite pas à quatre MC’s. C’est également une équipe de cinq beatmakers et « plein de soldats derrière ». Originaires de différents départements d’Île-de-France, ses membres possèdent un point de ralliement : le 18e arrondissement de Paris. « Toutes notre activité se situait dans ce secteur ». Pour leur apparition sur Invasion, le groupe francilien n’a pas été rémunéré, si ce n’est « des cacahuètes ». « Même quand on allait en concert, on ne touchait pas gros cachets. On ne pensait même pas à vivre de rap. Chacun se débrouillait comme il pouvait », précise Rocca, qui sortira son premier album solo la même année, Entre deux mondes. Au cœur de cette âge d’or du hip hop français, La Cliqua figure incontestablement parmi les meilleurs groupes de l’époque post-NTM/IAM, au même titre que Lunatic, Arsenik ou les 2 Bal 2 Neg. Malheureusement, l’aventure connaîtra son épilogue trop rapidement. En 1998, Kohndo décide de voler de ses propres ailes. Réduits à trois, Rocca, Daddy Lord C et Raphael sortent l’album éponyme du groupe l’année suivante. Un disque tout aussi classique que le morceau Apocalypse.